XXIX. Douzième concile de Tolède
Le pape Léon, ayant reçu les actes du sixième concile , se hâta d'en faire part aux évéques d'Espagne, où il étoit arrivé un grand changement depuis deux ans. Le roi Vamba étant tombé malade, en sorte qu'il avoit perdu la mémoire), l'archevêque de Tolède lui donna la pénitence, et le revêtit de l'habit monastique (1). Etant revenu à lui , il se crut obligé à demeurer en cet état, et renonça au royaume, déclarant son successeur Ervige, parent du roi Chindasuinte. Celte déclaration se fit en présence des seigneurs par un acte solennel, où ils souscrivirent le dimanche quatorzième d'octobre, ère sept cent dix-huit, c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt, et le dimanche suivant Ervige fut couronné roi des Yisigoths (2). Mais on dit qu'il avoit fait donner à Vamba un breuvage empoisonné, pour s'attirer la couronne par cet artifice.
Incontinent après , il assembla un concile à Tolède, que l'on compte pour le douzième, où se trouvèrent trente-cinq évêques, et à leur tête Julien de Tolède , avec trois autres métropolitains, savoir, ceux de Séville, deBrague et de Mérida. On y voit aussi quatre abbés et quinze seigneurs (3). Le concile commença le neuvième de janvier , et finit le vingt-cinquième , la première année du règne d'Ervige, ère sept cent dix-neuf, c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt-un. Le roi y présenta un écrit, par lequel il prioit les évêques de lui assurer le royaume qu'il tenoit de leurs suffrages. Il demandoit la confirmation des lois faites contre les juifs, et l'abrogation de celle qui condamnoit à perdre leur dignité ceux qui avoient déserté ou manqué de se trouver à l'armée.
Le concile fit treize canons, dans le premier desquels il dit : Nous voyons évidemment , et par écrit, comment notre sérénissime prince est venu à la couronne. Nous avons vu la notice souscrite par les seigneurs du palais, devant lesquels Vamba a reçu l'habit de religion et la tonsure; son décret où il désire qu'Ervige lui succède ; et une instruction à notre vénérable frère Julien, évêque de Tolède, où il lui marque avec quel soin on doit célébrer l'onction d'Ervige : et cet écrit est souscrit de la main de Vamba. Ayant lu toutes ces pièces, nous avons cru y devoir donner notre confirmation. C'est pourquoi nous déclarons que la main du peuple est délivrée de toute obligation du serment , par lequel il étoit engagé à Vamba; et qu'il doit reconnoître pour seul maître le sérénissime prince Ervige, que Dieuachoisi, que son prédécesseur a institué,etcequi est plus, que
(3) Aiiasl in Léo.
ri) Ep. i, ad SImpl. p.
1260, G. Luc. Tul. lib. 3.
(2) Clir. Reg. Visig.
(3) T. 6, Conc. p. 1221 hid. Pac. p. 9.
tout le peuple a désiré. Quiconque s'élèvera contre lui sera frappé d'anathème.
Le second canon dit en substance : Souvent ceux qui étant en santé ont désiré la pénitence, se trouvent hors d'état de la demander dans la maladie, ayant perdu la parole et la connoissance. On ne laisse pas toutefois do leur donner le dernier viatique, et on ne croit pas leur pénitence infructueuse. Par le viatique, j'entends ici l'absolution , comme en d'autres canons. Le concile continue: Il y en a qui ,étant revenus en santé, prétendent quitter la tonsure et l'habit de religion, assurant impudemment qu'ils ne se sont point tenus de ce vœu , parce qu'ils n'ont point demandé la pénitence. Mais comme le baptême que les enfants ont reçu sans connoissance ne laisse pas de les engager, ainsi ceux qui ont reçu la pénitence sans le savoir l'observeront inviolablement, et nous leur interdisons le retour à toute fonction militaire. Nous n'approuvons pas toutefois que les évoques donnent légèrement la pénitence à ceux qui ne la demandent pas , et nous leur défendons, sous peine d'un an d'excommunication. On voit bien que ce canon est fait exprès pour exclure Yamba de toute espérance de remonter sur le trône. Aussi il ne parott pas qu'il y ait pensé, il demeura dans le monastère , et y mourut au bout de sept ans. Au reste , c'est le premier exemple d'une pareille entreprise des évéques , de dispenser les sujets du serment de ûdéliié fait à leur prince, et d'interdire l'exercice de la puissance tempo^ relie sous prétexte de pénitence.
On ordonne encore en ce concile que les évoques rendront la communion ecclésiastique à ceux que le princeaura reçus en grâce, et que ceux qui auront manqué de se trouver à l'armée ne perdront point le droit de porter témoignage, nonobstant la loi du roi Vaniba qui est abrogée. Il semble que le nouveau roi Ervige cherchoit à décrier le gouvernement passé (1). Car dans ce même concile Etienne, évoque de Mérida, se plaignit que Vamba l'avoit contraint par violence à établir un évêque de nouveau dans un village. On lut plusieurs canons contre les érections d'évêchés dans les lieux trop petits, et on cassa l'érection, sans touteiois déposer le nouvel évêque ; mais on lui destina le premier évéché vacant. Au reste, on défendit sous peine d'anathème de mettre un évêque dans le lieu qui n'en a jamais eu , comme s'il ne pouvoit pas y avoir des causes d'en ériger de nouveau. Il est dit que l'évéque de Tolède aura le pouvoir d'ordonner tous les évoques d'Espagne, suivant le choix du prince, pourvu que lui-môme les juge dignes ; mais le nouvel évé(jue après son ordination sera tenu dans trois mois de se présenter à son métropolitain pour recevoir ses instructions. Ainsi on ôte aux comprovinciaux le droit d'élire les évéques , et au métropolitain le droit
[An de J.-C. ftS3.
de le sacrer pour attribuer tout au roi et à l'évéque de Tolède. On condamne l'usage de quelques évéques. qui, offrant plusieurs fois lesacriflce en un jour, ne communioient qu'au dernier; et on déclare qu'ils doivent communier à chaque sacrifice. On renouvelle les lois contre les juifs. Le roi Ervige donna un édit en coniirmation de ce concile (1),