XXX. Treizième concile de Tolède
Environ trois ans après, c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt-trois, le quatrième de novembre , la quatrième année du règne d'Ervige, ère sept cent vingt-un, on tint encore un concile, qui fut le treizième de Tolède. Il commença à l'ordinaire par la confession de foi , c'est-à-dire le symbole de Nicée , que dés lors on chantoit à la messe dans les églises d'Espagne ; puis on lit treize canons, dont environ la moitié regardent des intérêts temporels (2). On rétablit dans leurs droits, leurs biens et leurs dignités, tous ceux qui avoient été condamnés comme complices de la révolte de Paul contre le roi Yamba (3) : tant on prenoit soin de révoquer les ordonnances de ce prince. On défend cle mettre aux fers ou à la question les officiers du palais et les clercs, quand ils sont accusés , ni de procéder contre eux avec trop de rigueur (4). On remet tous les arrérages des tributs, jusqu'à la première année du règne d'Ervige. On défend sous peine d'anathénae de faire aucun mal à la postérité du roi Ervige, ni de la reine Liubigotone, son épouse. On défend aux veuves des rois de se remarier, ni à personne, même à un roi, de les épouser, comme si c'étoit un crime. Défense aux serfs et aux affranchis, excepté à ceux du Ose, d'avoir aucune charge dans le palais, ou dans les terres royales. Il n'y a que la volonté du roi et le consentement des seigneurs qui peut autoriser les évéques à faire de tels règlements. Ceux qui suivent sont plus ecclésiastiques. On défend aux évéques et aux ministres de l'Eglise de dépouiller les autels, les couvrir de cilices, éteindre les luminaires, ou mettre dans les églises d'autres marques de deuil, pour satisfaire leurs passions et leurs ressentiments particuliers (5). Nous avons vu que c'étoit la manière d'interdire les églises. Gaudence, évêque de Yalérie, fit représenter au concile, par son député, qu'étant dangereusement malade il avoit été soumis aux lois de la pénitence par l'imposition des mains. Il demandoit s'il lui étoit permis de célébrer la messe et de faire ses autres fonctions. Le concile répond qu'il les peut exercer , après avoir reçu la réconciliation. Parce que, suivant les canons, ceux qui étant en péril de mort reçoivent la pénitence
LIYRE QUARANTIEME.
An d0 J.-C. 684. ]
sans se confesser coupables d'aucun crime, peuvent même être promus aux ordres. C'est la disposition d'un canon du quatrième concile de Tolède (1) : et il est remarquable qu'à la mort on donnât la pénitence publique par précaution , même aux évéques. Ce treizième concile confirma tous les canons du précèdent, et l'on voit l'intérêt qu'y avoit le roi (2). Il dura trois jours ; et quarante-huit évéques y assistèrent , dont les quatre premiers éloient métropolitains. En suite des évéques sont cinq abbi's ; puis les trois chefs du clergé de Tolède, l'archiprêtre, l'archidiacre et le primicier : ensuite vingt-sept députés d' évéques absents, et enfin vingt-six seigneurs. Le roi confirma le concile par deux édits.
A peine ce concile étoit fini , et les évéques retournés chez eux , quand Pierre , notaire de l'église romaine, arriva en Espagne, apportant les lettres du pape Léon , et la définition du concile de Constantinople (3).