‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 307 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-QUATRIÈME

pand , archevêque de Tolède, assembla un concile, où il condamna Terreur de iMcgèce touchant la pàquc ; mais il continua d enseigner la sienne touchant l'adoption do Jesus-Chrisl ( I ). Celui qui lui résista le plus fut Béat , prêtre et moine dans les montagnes des Asturies, nommées Liévanes. Il fut aidé dans ce travail par Ethérius , son disciple , depuis évéque d'Osma, et ils ramenèrent à l'Eglise plusieurs de ceux qu'Elipand avoit séduits. Celui-ci en fut extrêmement irrité, et écrivit contre eux à uo abbé, nomme Fidèle , une lettre où il disoit entre autres choses : Qui ne confesse pas que Jésus-Christ est adoplif selon Ihumanité et non selon la divinité , est hérétique (2). Au lieu de me consulter, ils veulent m'enseigner, montrant qu ils sont serviteurs de l'anlechrist. Je vous envoie la lettre de l'évêque Ascaric, qui m'interroge modestement, atin que vous voyiez la difîérenceet rhuinilité des serviteurs de Jesus-Christ On n'a jamais oui-dire que des Livaniens aient instruit ceux de Tolède. Tout le monde sait que ce siège a toujours été illustre par sa foi, et qu'il n'en est rien sorti de schisraatique. Mes frères et moi , nous avons réprimé à Séville l'hérésie des migétiens touchant la pàque, et leurs autres erreurs, et ceux-ci prétendent nous reprendre. Si vous agissez mollement et ne les corrigez , je le ferai connoitre à nos frères, c'est-à-dire aux autres évéques , et vous en aurez la confusion. Instruisez notre frère Elhérius, qui est encore jeune , et n'a conféré qu'avec des ignorants et des schismatiques. Il compare ensuite Béat à Bonose le fautinien et à Fauste le manichéen, et ajoute (3) : Je vous prie, excitez votre zèle pour ôter cette erreur d'entre vous, atin que , comme le Seigneur a déraciné par ses serviteurs 1 hérésie migélienne dans la la province Bélique , ainsi il se sert de vous pour arracher de la province d'Asturie l'hérésie béatienne. Ainsi parloit Elipand. Sa lettre fut écrite au mois d'octobre, ère huit cent vingt -trois, qui est l'an sept cent quatrevingt-cinq ; et Béat étant venu avec Ethérius trouver l'abbé Fidèle à cause de la reine Abosinde, ils virent celte lettre le vingtsixième de novembre suivant, et apprirent qu'elle étoit répandue par loutel'Auslrie(4;.

Abosinde étoit fille du roi Alphonse le catholique, et veuve de Silo, qui succéda à Vurélius l'ère huit cent douze, c'est-à-dire l'an sept cent soixante -quatorze, et régna neuf ans (5). 11 apporta de Mérida le corps de sainte Eulalie, vierge et martyre, et le mit dans le monastère de Saint -Jean de Pravia, qu'il fonda , et où il fut enterré , et son épouse aussi. Cette pi incesse , avec tous les officiers du pa-

(t) Vita S. Beati, to. 5, Act. Ben. p. 739.

(3) Sup. l. IX, n. 27; XX, n. 4i.

(4) Elher. 1. i, adv. Elip.

init. tom. 13, bibl. PP.

Lu;;d. p. :i55.

(5j Sela^l. Salmand. p.

19; et Saiidoval.

lais, donnèrent pour successeur à Silo Alphonse, fils du roi Froïla, son frère, 1ère huit cent vingt-un, l'an sept cent quatre-vingt-trois. Mais Mauregat, son oncle, Qls d'Alphonse I" et d'une esclave, le chassa et s'empara du royaume, qu'il tint six ans. Après sa mort , ère huit cent vingt-sept, l'an sept cent quatre-vingt-neuf , Yérémon , neveu d'Alphonse I"' , régna pendant trois ans , au bout desquels , se souvenant qu'il avoit été ordonné diacre, il remit la couronne à Alphonse, que Mauregat avoit chassé , et vécut avec lui plusieurs années en grande amitié. Alphonse 11, surnommé le chaste, fut donc rétabli l'ère huit cent Irenle, l'an sept cent quatre-vingt-douze, et régna cinquante ans. Pendant l'usurpation de Mauregat , la reine Abosinde S(i retira et prit Ihabit de religieuse, suivant l'ordonnance du troisième c(mcile de Sarragosse , et vécut sous la conduite de l'abbé Béat (1).

Celui-ci, ayant donc vu la lettre d'Elipand à l'abbé Fidèle, y ht une réponse en son nom et de son disciple Ethérius, déjà èvêque d'Osma. Elle est divisée en deu\ livres, et écrite avec peu d'ordre et de méthode; mais elle fait voir une grande étude de l'Ecriture et des pères. On y rapporte le symbole ou confession de foi d'Elipand , où , parlant de la trinité , il dit que les trois personnes sont Dieu , le principe et le Saint-Esprit, et compare leur union à celle du mari et de la femme, et de plusieurs âmes unies par la charité (2). En quoi il semble n'admettre qu'une union morale. Ensuite , parlant de l'incarnation, il exprime nettement son erreur, en disant que Jésus-Christ n'est que fils adoptif de Dieu selon son humanité, et que ce n'est pas par celui qui est ne de la vierge , et fils par adoption et par grâce, que Dieu a créé les choses visibles et invisibles, mais par celui qui est fils par nature. Ce qui est nestorien. Béat écrivit encore un commentaire sur fapocalypse , que nous n'avons plus , et se relira au monastère de Valca\ado, où il mourut en paix le dix-neuvième de février sept cent quatrevingt-dix-huit (3). Il y est honoré comme saint , sous le nom de saint Biéco.

LU. Concile de Narbonne.

Comme le roi Charles avoit étendu ses conquêtes jusqu'en Espagne , Urgel se trou voit dans son obéissance ; c'est pourquoi, étant averti des erreurs de Félix , il fit assembler un concile à Narbonne le vingt-septième de juin , la vingt-troisième année de son règne , qui est l'an sept cent quatre-vingt-onze (4). l^acte porte que les évêques s assemblèrent pour plusieurs et diverses affaires ecclésiastiques, principalement pour le dogme pernicieux de Félix d' Urgel, étant exhortés par les lettres du pape

(1) Sup. 1. XI, n. 48. Vita (3) V.BoIl. tom. 5, p.liô. S. Beat. n. 8. (4; Tom. 7, Conc. p. 904

(2) Lib. I, p. 363. V. Coint. an. 791, n. 11, 12-

tance de falTaire y ni assemmer aes eyêq sept provinces voisines , d'Arles , d'Aix, d'Embrun, de Vienne , de Bourges , de Bordeaux et d'Eauseou Auch. Ils étoient en tout vingt-six évêques , et deux députés absents. A la tête étoient les deux archevêques Daniel de Narbonne et Elifant d'Arles, dont le nom est le même qu'Elipand. On ne voit point ce qui s'y passa touchant l'affaire de Félix , qui y étoit présent, et y souscrivit le treizième; et les cx)nciles suivants , où on le jugea , font croire qu'il ne fut rien décidé à son égard ep celui-ci. L'acte qui nous en reste marque seulement la décision de quelques différents particufiers entre l'èvcH^ue de JNarbonne et les évêques d'plne et de Béziers, pour les limites de leurs diocèses et les préte^tjo^s de l'archevôqqe au delà des Py^qpees.

LUI. Concile de Frioul.

La même année sept cent quatre-vingt-onze, vingt-troisième de Charles , l'erreur de Félix et d'Elipand fut aussi condanmée dans le concile de Frioul, tenu par Paulin, patriarche d'Aquilèe. Le roi Charles avoit fait la guerre celte année avec avantage contre les Avares qu les Huns ; car Jes historiens confondent ces deux peuples (1). Il ne pouvoit plus souffrir les insultes que ces barbares faisoient aux église^ et aux chrétiens, qui s'en étoient plaints sans en avoir eu aucune satisfaction. Ainsi , après avoir fait célébrer des prières accompagnées de jeunes et de processions nu-pieds pendant trois jours pour implorer le secours de Dieu , il fit marcher ses troupes contre eux des deux cotés du Danube , et leur donna une telle épouvante , qu'ils se retirèrent dans les lieux inaccessibles. Les Frangoisravagèrentle pays , firent un grand butin, et" emmenèrent une infinité de captifs. D'un autre coté , l'armée d Italie coipballit les Avares , et en fit un grand carnage (2). Le roi Charles donna avis de ces heureux succès à la reine Fastrade , son épouse , qui étoit demeurée à Uatisbonne , pour faire observer les mêmes dévotions qu'il spécilie en détail.

Ces victoires donnèrent occasion à Paulin de tenir un concile avec ses suffragants , qu \\ convoqua par ses lettres canoniques (3). tls sas-

long-temps de teoir des conciles , quoique les canons les ordonnent deux fois l'année. Il est vrai qu'on supplée en quelque manière par les conciles généraux convoqués par le prince , où j'ai souvent assisté. Il entend les conciles que le roi Charles assembloit presque tous les ans de tous les pays de son obéissance. Il continue : Maintenant , nous trouvant en repos après la défaite des barbares , nous nous sommes presses de vous assembler, suivant les canons. Il propose ensuite de commencer par la foi , et combat deux erreurs. La première, que le Saint-

sinûblèrent à Frioul, dans l'église de la Sainte- Yierge ; et, après la lecture de l'èpître et de l Lvaugile et plusieurs prières , les portes étant fermées, et le peuple en foule au dehors, larchidiacre appela sur une liste les évêques qui entrèrent en sileni:e par une porte secrète. Quand ils furent tous assis , Paulin dit : Vous savez que les désordres des guerres , dont nous étions environnés, ne nous ont pas permis depuis

eussent raison de ne le pas mettre, employant simplement l'expression de l'Evangile (2). L'autre erreur est de diviser Jésus-Christ en deux, l'un naturel et l'autre adpptif, qu'il condamne sans en nommer les auteurs.

Ce concile fit aussi quatorze canons (3), dont le premier est contre la simonie, les suivants touchant la vie exemplaire que doit mener le clergé , à qui on défend de loger avec quelque femme que ce soit , même celles que permettent \qs canons. On défend aux clercs les chansons profanes , les instruments de musique et les grands divertissements. Aucun évéque ne condamnera à la déposition un prêtre , un diacre ou un abbé , sans consulter Je patriarche d' Aquilée. Les mariages clandestins sont défendus j mais on fera des contrats , on donnera le temps de s'informer de la parenté , et le curé en aura connoissance. Les contractants ne seront po^nt d'un âge trop inégal pour éviter les occasions d'adultère. L'homme qui se sépare de sa femme pour cause d'adultère ne peut se remarier tant qu'elle est vivante -, mais la femme coupable ne peut se remarier, même après la mort de son mari. Les filles ou les veuves, qui ont une fois pris l'habit noir en signe de continence, doivent en garder le vœu, (quoiqu'elles n'aient point été consacrées par l'evéque. La clôture des religieuses sera exactement observée. Personne n'entrera chez elles sans la permission de l'évêque qui n'ira lui-même qu'accompagne de clercs. Ni les abbesses ni les refigieuses n^ sortiront point , sous prétexte d'aller, à Rotpae ou aiUeurs , en pèlerinage. On observera le dimanche , depuis les vêpres sonnées le samedi au soir, et lesmariés garderont la continence (4). 3Iais on ne fêtera pas le samedi , comme faisoient encore les paysans. Le dernier canon recommande le payement ,des dîmes et des

prémices. ., ,^ .^ ^

Paulin, qui présidoit à ce cqncile, etoit fameux par sa doctrine , et avoit été maître de grammaire (5). Le rqi Charles, qui favorisoit les arts libéraux , lui (Jonna une terre en Lom-

(1) Ann. Loisel. Lauresh. Berlin. Metens. an.

(2) Epist. ad Fast. lo. 1,

Capil. p. Ttbb.

(3;Tom. 7,Conc. p.99l.

(2) Joan. XV, 20, n. 999, c. 1001, B.

9, 11, 12, 13. 14, il janu. to. 1, p.

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