XVII. Vertus d' Alcuin
Le roi Charles avoit invité Alcuin à faire avec lui le voyage d'Italie; mais il s'en excusa , sans être louché du reproche que le roi lui faisoit , de préférer les toits enfumés de Tours aux palais dorés de Rome. Nous jouissons ici , dit il, de la paix que vous nous avez procurée ; et Rome, fondée par la discorde des frères , entretient encore ce mal , et vous oblige pour l'apaiser à quitter votre aimable séjour de Germanie (2). Il prioit souvent le roi de le laisser jouir de la solitude , qu'il avoit toujours aimée; et enfin, s'excusant sur son grand âge et ses infirmités , il ne sortit plus de Tours.
Pour le retenir en France, le roi lui donna deux abbayes, peu de temps après qu'il y fut venu pour la seconde fois , Ferrières au diocèse de Sens, et Saint-Loup de Troyes : il lui donna ensuite Saint-Josse-sur-mer, et enfin la fameuse abbaye de Saint-Martin de Tours, l'an sept cent quatre-vingt-seize, après la mort d'Ithier. Alcuin remit l'observance dans
(1) Anast. Coint. 781 , n. 125, et 796,
(2) Sup. I. XLIV, n. 3.V. u. IM-
(1) Colnl. 798, n. 48.
VitaS Rup. ap. Canis. t. 6.
(2) An. Egin.
(i) Alcuin in Elip. lib. i, (2), Epift- ^3, Î7»J0.:;«3,
Aie. Ep. 13, p. 939. etc. hup I. xiv, n. 54^ V.Ui
*^ C.6. Mab. Elog. c. 7,8, eU.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An de J.-C. 799.
cette maison , dont les religieux vivoient partie en moines , partie en chanoines ; il acheva la fondation du monastère de Corraery , commencée par son prédécesseur, et y envoya vingt moines. Cette abbaye dépend encore de Saint-Martin de Tours, et a dans sa dépendance le prieuré de Ponts-sur-Seine , au diocèse de Troyes,quivientd'unhôpitalfondéparAlcuin.
Il avoit la disposition du revenu des abbayes; et, comme leurs terres étoient peuplées de serfs, Elipand de Tolède lui reprochoit d'en avoir jusqu'à vingt mille. Ces richesses lui étoient à charge ; il s'en plaignoit à ses amis, et il obtint entîn la permission de se démettre de l'abbaye de Saint-Martin en fài(\}^ de Fridugise , et de celle de Ferrières eii u^eur de Sigulfe, tous deux ses disci-
Ï)les (ij. Il éloit tout occupé de Tétude et de a prière: il lisoit, il composoit, il enseignoit. Il célébroit tous les jours la messe, et des messes différentes chaque jour de la semaine ; c'est à-dire qu'il y assistoit ou y servoit comme diacre; car il n'eut jamais de rang plus élevé dans l'Eglise. On lui attribue le don de prophétie et des miracles ; et nous voyons dans ses lettres beaucoup de zèle pour la religion , de tendresse pour ses amis , et une grande modestie pour soumettre ses écrits à la censure d'autrui.