XLI. Schisme à ConstantiDOple
Cependant Téglise de Constantinople étoit en trouble. Le patriarche Taraise a voit déposé le prêtre Joseph, comme il a été dit, pour avoir donné la bénédiction nuptiale à l'empereur Constantin en son mariage illicite avec Théodote (3). Mais Joseph gagna les bonnes grâces de l'empereur INicéphore, en se rendant médiateur de raccommodement entre lui et Bardane le Turc , qui a voit pris le titre d'empereur (4). INicéphore se mit donc en tète de faire rétablir Joseph dans ses fonctions. Le patriarche Nicéphore le refusoit, ne pouvant se résoudre à casser le décret de son prédécesseur ; mais l'empereur soutenoit qu'il n'éloit pas nouveau de rétablir celui quun autre avoit déposé, et qu'il y a voit de la charité à pardonner. Enfin il pressa tant le patriarche qu'il crut devoir céder , craignant que sa fermeté ne portât l'empereur à quelque violence contre l'Eglise. Le patriarche INicéphore assembla donc un concile d'environ quinze évéques , où par condescendance et par dispense il rétabfit le prô-
a ) V. Coiot. an. 812, n.
29, 30, etc.
(2) Vit. Ben. n. 43.
(3) Sup. n. 1,7.
(l) Sup. n. 19. Lib. Synod. tom, 7, Conc. p. 1192.
Vila Th. Stud. n. 43.
tre Joseph dans ses fonctions. On croit que c'étoit lan huit cent six.
Saint Théodore Studile, qui assistoit à co concile , s'opposa à son décret , comme il s'étoit opposé au mariage de Constantin (1) ; et lendemain il le déclara au patriarche INicéphore, par une lettre écrite en son nom et de saint Platon , où ils disent (2) : Nous sommes orthodoxes en tout , nous rejetons toutes les hérésit»s , et recevons tous les conciles généraux et particuliers approuvés , et leurs canons; nous recevons aussi les dispenses légitimes , dont les saints ont usé selon l'occasion. Cette lettre même, par laquelle nous vous saluons, fait voir que nous usons de dispense. Ils veulent dire que, s'ils agissoient à la rigueur, ils n'auroient aucun commerce, même de lettres, avec le patriarche. Ils continuent (3) : C'est ainsi que nous avons reçu le patriarche, votre prédécesseur, au retour de notre exil , après la dissolution du mariage illicite, et la déposition de l'économe. Nous ne voulûmes point communiquer avec lui, tandis qu'il donnoit la communion au prince adultère , quoiqu'il dit qu il le faisoit par condescendance, et qu'on lui eût plutôt coupé les mains que de faire la cérémonie de ce mariage. Ce fut à ces conditions que nous communiquâmes avec lui jusqu'à sa mort.
Nous avons reçu aussi votre sainteté pour patriarche, et nous faisons mémoire d'elle tous les jours au saint sacrifice.
11 n'y a donc entre nous aucun différent qu'au sujet de l'économe, déposé par les canons en plusieurs manières, qui recommencée exercer ses fonctions après neuf ans d'interdiction. Et ce n'est pas en cachette, on le pourroi t souffrir puisque nous n'y aurions pas de part; mais on veut qu'il exerce continuellement avec un prélat de votre mérite, dans la source du sacerdoce de celte église , c'est-àdire qu'il assistoit à l'office solennel de la cathédrale. 11 étoit donc juste , pour ne point scandaliser le p(^uple de Dieu , principalement ceux de notre ordre, il entend les moines, de le priver du sacerdoce, ou du moins de ne rien faire contre nous irrégulièrement : nous ne le disons pas par crainte , mais par compassion pour le public. Car nous souffrirons tout moyennant la grâce de Dieu ; mais nous vous déclarons, devant Jésus-Christ et les anges, que vous faites un grand schisme dans notre église. Les hommes peuvent se servir de leur puissance , mais quand ils ne le voudroient pas , ils sont soumis à la puissance des canons (4).
Après cette protestation, Théodore se sépara de la communion du patriarche avec tous ses moines ; ce qui en sépara une grande partie du peuple, c'est-à-dire les plus ver-
tueux (1). Toutefois la séparation de Théodore ne fut pas connue d abord ; et par discrétion il la tint secrète autant qu'il put, ce qui dura deux ans , considérant que, comme il n'étoit pasévêque , il lui suffisoit de se conserver luimôme , et ne prendre point de part à ce mal. Mais enfin le logothètedu drome, c'est-à-dire l'intendant des voitures publiques, officier considérable à la cour , dit à Joseph , archevêque de Thessalonique , frère de Théodore : Pourquoi avez-vous laissé passer tant de fêtes sans communiquer avec nous et avec le patriarche? dites-en hardiment la raison (2). L'archevêque répondit : Nous n'avons rien contre les empereurs ni contre le patriarche , mais seulement contre l'économe déposé par les canons. Les empereurs éloient Nicéphore et son fils Staurace , qu'il avoit fait couronner au mois de décembre huit cent trois. Le logothète répondit : Les empereurs n'ont pas besoin de vous, ni à Thessalonique ni ailleurs. Ils n'en dirent pas davantage alors ; mais , la chose étant devenue publique dans Constantinople, plusieurs prirent le parti de Théodore, sans toutefois oser se déclarer (3).