LIVRE QUARANTE-CINQUIÈME
L'empereur est-il plus qu'un ange, à qui saint Paul dit anathème s'il ébranle quelque partie de l'Évangile ? Ou ils croient que nous résistons à la loi de Dieu en n'approuvant pas leur prétendue économie, ou , s'ils conviennent que nous observons la loi, ils se condamnent euxmêmes. Et encore : Que dirons-nous du troisième article ? Ceux qui vont tête levée contre lÉvangile se mettent-ils en peine des canons , quoiqu'ils aient aussi été scellés par le Saint- Esprit, et que de leur mépris s'en suive la perte de tout ce qui sert à notre salut? car sans les canons il n'y a plus ni sacerdoce , ni sacriûce, ni autre remède pour les maladies des Ames. Mais pourquoi fais-je différence entre les canons et l'Évangile de Jésus-Christ ? C'est lui-même qui a donné les clefs à saint Pierre, avec la puissance de lier et délier, et à tous les apôtres celle de remettre et de retenir les péchés (1 ) ; et conséquemment il a donné la même puissance à leurs successeurs , pourvu qu'ils marchent sur leurs pas. C'est pourquoi les canons de saint Basile et des autres saints ont été reçus comme ceux des apôtres, parce qu'ils les ont suivis sans rien innover.
Dans une lettre à un abbé Théophile, il dit (2) : Si vous me demandez pourquoi nous ne vous avons pas ditceci avant la persécution, et pourquoi nous faisions encore alors mention dans nos prières de ceux de Constantinople, considérez que le concile n'avoit point encore été tenu , et que Ton n'avoit encore prononcé ni le mauvais décret ni l'anathème. Avant cela , il n'étoit pas sûr de se séparer entièrement des coupables, ou même d'éviter ouvertement leur communion : il falloit les souffrir avec la discrétion convenable (3).
Pour traiter à fond la matière d^ la dispense, Théodore en (it un écrit, où il ne disoit rien de lui-même, mais c'étoit un tissu des autorités de l'Ecriture et des pères. Il l'envoya à l'archevêque Joseph, son frère, le priant de l'examiner. Un évêque, nommé Athanase, apparemment disciple de Théodore, puisqu'il le nomme son fils, ayant lu ce traité, l'admira ; mais ensuite il changea d'avis , et écrivit à Théodore pour prouver que ses adversaires ne dévoient point être traités d'hérétiques puisqu'ils n'enseignoient point, qu'il fût permis de commettre des adultères et d'absoudre les sacrilèges. Théodore lui répondit II est vrai qu'ils ne l'enseignent pas de paroles : les païens même ne disent pas que l'aclultére soit indifférent (4). Aussi ne disons-nous pas qu'ils l'aient dit ouvertement , mais qu'ils ont autorisé un mariage adultérin arec ses suites ; qu'ils ont qualifié cette conduite d'indulgence salutaire , sous peine d'ana thème à ceux qui la désapprouvent, et qu'ils exécutent ce décret par les exils et les prisons. Car ils ont prononcé en ces
(1) Mattà. XVI, W. Joan. (3) Ep. 43. XX, it. (4) 1, Ëp. 48, p. 343, G.
(«) l,Ep. 39, p. 322, C.
termes : Anathème à ceux qui ne reçoivent pas les dispenses des saints! Il éloil question de ce mariage; ils soutiennent donc qu'il est couforme aux dispenses des saints ; elles sont donc contre la loi : mais s'il est impossible que les saints aient agi contre la loi , ceux-ci sont anathématisés en ne voulant pas abandonner cette conjonction adultérine. Et ensuite :
N'est-ce pas déclarer les commandements de Dieu sujets au changement, suivant les occasions et les circonstances? Qui donnera la dispense ? les évêques seuls, ou les prêtres? en concile, ou chacun à part? JNe sera-t-elle que pour les empereurs et au sujet de l'adultère , ou de toutes sortes de crimes? Je laisse au\ nouveaux évangélistes à décider ces questions. Dans cette même lettre il marque ainsi ceux qui a voient eu part à cette persécution.