XLV. Violences contre Platon , Théodore , etc
Comment peut-on dire qu'ils n'enseignent pas ce qu'ils publient par leurs œuvres (1)? Pourquoi donc suis-je enfermé ici ? Pourquoi mon père le reclus , c'est saint Platon , a-t-il été maltraité, séparé de tous les autres, puis jeté au lieu où il est maintenant? Pourquoi l'archevêque a-t-il été déposé, comme ils prétendent, enfermé étroitement avec ordre de ne lui donner à manger que par mesure , et depuis peu exilé en pays étranger? Pourquoi vous-même ^ avec vos frères , êtes-vous gardé à Thessalonique? l'abbé Théososte chassé de la même ville avec ses disciples, et un autre abbé du même lieu fouetté avec excès? Pourquoi Naucrace et Arsène sont-ils étroitement gardés, aussi bien que Basile et Grégoire? Pourquoi Etienne, ce vertueux abbé, a-t-il été chassé de son monastère avec cinquante disciples? Pourquoi le pieux abbé Antoine est-il prisonnier à Amorium ? Pourquoi Emilien et les siens ontils été emmenés par ordre de l'évêque de Nicomédie, après avoir été fouettés et traités indignement, et leur monastère pillé? Pourquoi l'évêque Léon a-t-il été persécuté à Chersone, et l'abbé Antoine emprisonné avec deux autres ? Pourquoi à Lipari , au delà de la Sicile , nos frères sont-ils en prison ? Pourquoi à Chersone Létoius a-t-il été arrêté , puis envoyé à l'empereur, et emprisonné à Constantinople ?
Joseph ayant été déposé, on mit à sa place unautre archevêque à Thessalonique (2), qui y fit arrêter Anastase, et chasser l'abbé Théososie avec dix-sept autres, et fit donner deux cent soixante coups de fouet, et ensuite deux cents coups de nerfs de bœuf à un saint moine, nommé Euthymius, parce qu'il ne vouloit pas le nommer au saint sacrifice comme évêque. Il fut ainsi traité dans une église, où on le laissa demimort : mais un homme charitable l'ayant couvert de la peau d'un agneau fraîchement tué,
AndeJ.-C SW)
lui sauva la vie. Théodore écrivit à l'archevêque, son frère, pour le consoler de ces violences.
XLVl. Secondes noce».
En une lettre à Naucrace, son disciple, il traite la matière des secondes noces (1). Elles sont permises, dit-il, par l'apôtre et par Jésus- Christ même ; mais ce n'est pas une loi, comme dit saint Grégoire le théologien, ce n'est qu'une indulgence : or, l'indulgence suppose une foiblesseet une action répréhensible. L'apôtre le marque en disant (2) : S'ils ne se contiennent pas, qu'ils se marient, car l'incontinence est une foiblesse. C'est pourquoi les nères ont soumis à la pénitence les bigames : le concile de Laodicée n'en marque point le temps, saint Basile le détermine à un an , et pour les troisièmes noces et au delà à deux ans (3). De là vient que le concile de Néocésarée défend à un prêtre de prendre part au festin des secondes noces. Donc il est juste de couronner le premier mariage, qui est proprement légitime et victorieux de l'incontinence. Il parle suivant l'usage des Grecs , qui nomment couronnement la bénédiction nuptiale. 11 est, ditil, suivi de la sainte conununion, et les prêtres prennent part au festin, à l'exemple de Jésus- Christ même. Mais le second mariage n'est point couronné, parce qu'on y succombe à la foiblesse, et on n'y communie point, parce qu'on doit être privé de la communion une année ou deux ; il n'y a point de bénédiction, parce qu'il n'y en a qu'une seule pour les premières noces. Il s'ensuit donc, selon l'Ecriture et les pères, que le prêtre ne fait point de célébration des secondes noces, et ne reçoit ceux qui les ont contractées qu'après la pénitence accomplie, lorsqu'il leur est permis de communier. Alors il leur donne une espèce de bénédiction nuptiale. Que si vous demandez comment donc ils habitent ensemble ? je dirai que c'est en vertu du contrat civil, comme dans la trigamie et la polygamie : car les pères ont ainsi nommé les mariages au delà du troisième. Peut-être demanderez- vous encore , quand l'une des parties est vierge, s'il faut lui mettre la couronne sur la tête , et à l'autre sur l'epaule , cx)mme disent quelques-uns ? Cela me paroit ridicule, car où mettra-l-on la couronne pour les troisièmes noces? J'estime donc que la partie vierge mérite de perdre son privilège en s'unissant par son choix à celle qui ne l est pas, et qu'elle se soumet par-là à la peine de la
bigamie. , .
Entre les lettres de Théodore écrites pendant sa prison , on trouve le chiffre qu'il donnoit à ses amis (4). Ce sont les lettres de l'alphabet grec, qui signiûoient vingt-quatre per-
sonnes. Alpha saint Platon, bêtha Varchevéque Joseph , gamma Calogère , delta Athanase; et ainsi des autres jusqu'à oméga , qui est Théodore lui-même. On y voit les noms de plusieurs de ceux à qui ses lettres sont adressées : savoir, Athanase, Nicolas, Arsène, Basile, Euprépien, et de ceux dont il parle dans ses lettres.