‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 376 sur 2407 · XLVII. Lettres de Théodore au pape · texte numérisé non relu

XLVII. Lettres de Théodore au pape

Théodore, étant ainsi persécuté, ne manqua pas d'avoir recours au pape Léon JIJ. I| lui écrivit avant^ son exil une lettre qu'il effaça par la crainte de l'empereur ; mais l'abbé Epiphane, qui en étoit porteur et qui en savoit le contenu , la refit et la porta au pape, après que Théodore fut exilé : nous n'avons point celte lettre. La première qui reste fut envoyée par Eustalhe, et commence ainsi (1) : Puisque Jésus-Christ a donné à saint Pierre la dignité de chef des pasteurs, c'est à saint Pierre ou à son successeur qu'il faut porter la plainte de toutes les nouvelles erreurs qui s'élèvent dans l'Eglise, comme nous l'avons appris de nos pères. Il se plaint ensuite de deux cobgi-» les tenus à Constantinople, le premier pour le rétablissement de l'économe , le second pour la condamnation de ceux qui ne vouloient pas y consentir , et ajoute que 1 on veut justifier ces conciles en établissant une hérésie : Car, dit-il, on déclare que ce manage adultérin a été contracté par dispense , qjie les lois divines n'ont point de pouvoir sur les empereurs , que ceux qui combattent jusqu au sang pour la vérité et la justice, ne sont point les imitateurs du précurseur et de samt Chrysostôme ; et que chaque évêque est maître des canons, pour rétablir quand il lui plaît les wêtres déposés. Il ajoute: Nous pouvons dire avec l'apôtre (2), qu'il y a maintenant plusieurs antechrists,si tous les hommes ne sont pas sujets aux canons. Ensuite : S'ils n'ont pas craint de tenir un concile hérétique de leur autonte, quoiqu'ils n'eussent pas dû en tenir un, même orthodoxe , à votre insu , suivant l'ancienne coutume , combien est-il plus convenable et plus nécessaire que vous en assembliez un , pour condamner leurs erreurs ? Il ajoute a ia fin , que la lettre est de lui seul ; parce que le reclus, c'est-à-dire saint Platon et l'archevêque de Thessalonique, son frère, sont dans d'autres îles: Mais, dit-il, ils parlent par ma bouche, et se jettent avec moi aux pieds de votre sainteté. Le pape fit réponse par une lettre que nous n'avons pas (3); et Théodore, au no» de saint Platon et au sien, l'en remercia par une seconde lettre dont Eustathe fut le porteur. Il y nomme ses adversaires méchiens , comme su disoit adultérins, car moicAos, en grec, signme adultère; et il soutient qu'ils sont hereUques , en ce qu'ils prétendent autoriser par dispense

(1) Ep. 50.

(2) l,Cor. vn, ©.

(3) AdAmphil.c.i. Sup.

H?. XVII, n. 45. Gan. 9.

(f j 1, Ep. 41.

(1) 1, Ep. 33.

(3) 1, Jo. n, 10

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.C.sio

un mariage adultérin contre la défense expresse de la loi et de l'Evangile, et en ce qu'ils se mettent au-dessus des canons. 11 remercie le pape des riches présents qu'il leur avoit envoyés, et se purge de la calomnie qu'on lui imposoit, de recevoir les hérétiques Barsanuph, Esaïe et Dorothée. lUeur ditanathcme, comme anathématisés par saint Sophrone, et à tous les hérétiques en général (1). Le prétexte de cette accusation pouvoit être qu'il avoit un ami, nommé Barsanuph. Théodore écrivit en même temps à l'abbé Basile, qui étoit à Rome, et du conseil du pape, le priant de continuer à appuyer la bonne cause.

XLVIU. Conférence avec le pape sur \tJiUoque.

Au mois de novembre de la même année huit cent neuf, l'empereur Charles tint un concile à Aix-la-Chapelle, où on traita la question si le Saint-Esprit procède du fils comme du père, qui avoit été premièrement agitée à Jérusalem, par un moine , nommé Jean (2). Pour la décider, l'empereur envoya à Rome Bernard ou Bernaire, évéque de Wormes , et Adélard, abbé de Corbie, chargés d'une lettre composée par Smaragde, abbédeSaint-Michel, au diocèse de Verdun , aujourd'hui Saint-Michel (3) , où il avoit recueilli les passages de l'Ecriture et des pères , qui prouvent que le Saint-Esprit procède du lils comme du père. Les pères de l'Eghse qu'il cite, sont saint Grégoire, pape, saint Cyrille, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin.

Les envoyés , étant arrivés à Rome , lurent cet écrit au pape, qui, en ayant écouté attentivement tous les passages, dit: Je crois ainsi conformément aux autorités des pères et de l'Ecriture (4). Les envoyés dirent : Puisque vous reconnoissez qu'il faut croire ainsi, ne faut-il pas l'enseigner à ceux qui l'ignorent, et y conûrmer ceux qui le savent ? Le pape en convint. Les envoyés lui demandèrent : Peuton être sauvé sans croire cette vérité ? Le pape répondit : Celui qui pourra l'entendre , et ne voudra pas le croire, ne pourra être sauvé ; car il y a des mystères , comme celui-ci , que plusieurs peuvent entendre et que plusieurs autres n'entendent pas à cause de leur bas âge, ou de leur peu de pénétration. Cela étant , reprirent les envoyés , il est permis d'enseigner, et par conséquent de chanter, ce qu'il n'est pas permis de ne pas croire. Il est permis de le chanter, dit le pape, mais non d'ajouter ce qui est défendu.

Les envoyés répondirent: Nous savons pourquoi vous dites qu'il n'est pas permis de rien ajouter au symbole, c'est que ceux qui l'ont fait n'y ont pas mis ceci : ils veulent dire le

(1) 1, Ep. il. 1, Ep. 35. (3) To. 7, Conc. p. 1199

(8) Egin. an. 809. Ado. (4) Tom. 7 , Conc. p

Chr. 119i. ^

mot filioque , et que les conciles généraux qui ont suivi, savoir celui de Chalcédoine,etle cinquième , ont défendu de rien ajouter au symbole. IVlais ne seroit-il pas bon de le chanter s'ils l'y avoient inséré ? Il seroit fort bon, ditle pape. Les envoyés reprirent : N'auroientils pas bien fait de faire connoître aux siècles suivants un mystère si important , en ajoutant seulement quatre syllabes? l^e pape répondit : Je n'ose dire qu'ils n'eussent pas bien fait; mais je n'ose dire non plus qu'ils ne l'aient pas vu aussi bien que nous. Ils ont défendu même d'examiner pourquoi ils l'avoient omis. Voyez quelle opinion vous avez de vous: pour moi, loin de me préférer à eux, je n'ose pas même m'y égaler. Dieu nous garde, reprirent les envoyés , d'avoir une autreopinion de nous-, nous cherchons seulement à être utiles à nos frères, selon le temps où nous sommes. C'est pourquoi, ayant trouvé que quelques-uns chantent ainsi le symbole , et que par-là plusieurs ont été instruits de ce mystère , nous croyons qu'il est mieux de le chanter que de les laisser dans l'ignorance ; car si vous saviez combien de milliers de personnes l'ont appris ainsi , vous seriez peut-être de notre avis. Dites-moi , répondit le pape , croyez-vous qu'il faille insérer au symbole toutes les vérités nécessaires à la foi catholique , qui n'y sont pas contenues ? Non, dirent les envoyés, parce qu'elles ne sont pas toutes également nécessaires. Le pape reprit : Si elles ne le sont pas toutes, il y en a du moins plusieurs sans la créance desquelles on ne peut être catholique. Pouvez-vous, dirent les envoyés,nous direquelque vérité semblable à celleci, qui manque au symbole?!^ pape demanda la nuit pour y penser, afin de ne rien avancer légèrement sur une matière si importante; et la conférence fut ainsi terminée pour lors.

Le lendemain, le pape dit : Est-il plus nécessaire de croire que le Saint-Esprit procède du fils comme du père , que de croire que le fils est la sagesse engendrée par la sagesse , et la vérité engendrée par la vérité ; et que l'un et l'autre est toutefois essentiellement une seuh» vérité? Nous pourrions donner plusieurs autres exemples , non-seulement touchant l'es- Si»nce de la divinité , mais louchant le mystère de l'incarnation. Les envoyés répondirent : Nous savons, grâce à Dieu , sur ce sujet, tout ce que savent les autres , ou nous le pouvons apprendre. C'est ce que nous admirons, dit le pape», que vous vous donniez tant de peine inutile pouvant vous tenir en repos. Nous craignons, dirent les envoyés, de perdre une grande récompense faute de prenare un peu de peine , et nous estimons un plus grand bien d'instruire par-là ceux qui le désirent, que le mal n'a été grand de faire celte addition , puisque ce n'a été ni par arrogance , ni par mépris des décrets de nos pères. Le pape répondit : Quelque bonne intention que l'on ait, il faut prendre garde de ne pas gâter ce qui est bon par soi-même, en quittant la manière

AndcJ.-C.810.]

permise d'enseigner, ce qui ne se peut faire sans présomption ; caries pères, en défendant de ne rien ajouter au symbole, n'ont pas distingué la bonne ou la mauvaise intention, ils l'ont défendu absol iment.

Les envoyés reprirent : N'est-ce pas vous , qui avez permis de chanter le symbole dans l'Eglise? cet usage est-il venu de nous? J'ai

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