LVIII. Mort de saint Platon
Cependant , saint Platon , âgé de soixantedix-neuf ans, n'étoit plus reclus (4), parce qu'il n'avoit plus la force de satisfaire sans le secours d autrui à aucun des besoins du corps. Il étoit tantôt couché sur un lit, tantôt assis, récitant des psaumes , priant mentalement , parlant aux frères pour les instruire, les exhorter, les consoler, ne pouvant plus ni fléchir les genoux , ni lire par lui-même ; et ce qui Taffligeoit le plus , c'étoit de ne pouvoir assister aux offices ni travailler de ses mains. Il rendoit grûce à Dieu des soulagements que l'on donnoit à son infirmité , soit la nourri-
1) Tlicop. p. 424, A.
Id. p 422
(2; Joan. vi, 37.
(3) 1 Tira, v, 8.
(4) Vila, c. 7, n. 41.
ture, soit le bain dont il usoit par obéissance; mais il etoit contristé de relâcher l'austérité de sa vie (1). Il tomba malade pendant le carême de l'année huit cent treize, et quoique ce fût un temps de retraite , plusieurs moines de dehors ne laissèrent pas de le visiter. Le patriarche JNicéphore y vint lui-même avec tout son clergé , lui demanda ses prières , l'embrassa et effaça tout le soupçon; qui pou voit rester de leur division précédente. Le saint malade pardonna à tous ceux qui l'a voient persécuté, et pria pour eux. Comme l'abbé Théodore lui demanda s'il ne vouloit disposer de rien il secoua son habit de la main, et lui dit d'une VOIX très-basse : Je n'ai plus rien , je vous ai tout remis. Ayant la poitrine oppressée il remuoit encore les lèvres, et chantoit un cantique de la résurrection quand il expira. C'étoit le jour où l'église grecque fait mémoire du Lazare ressuscité , c'est-à-dire le samedi devant le dimanche des Rameaux , qui celte année huit cent treize, étoit le dix-neuvième de mars.
On croit que la semaine sainte et celle de Pâques (2), firent remettre la solennité deses funérailles jusqu'au quatrième d'avril, qui estle jour auquel l'Eglise célèbre sa mémoire. Le patriarche fit celle cérémonieavec un grand luminaire et quantité de parfums (3) ; et ce fut apparemment en cette occasion que saint Théodore Studile prononça Toraison funèbre desaint Platon son oncle et son père spirituel , qui est la seule vie que nous ayons de ce saint. A peine puton mettre son corps dans la sépulture, tant étoit grande la foule du peuple qui s'empressoit à l'entour et ne pouvoit se résoudre à le perdre de vue.
Le monastère de Stude demeura donc entièrement sous la conduite de Théodore, dans un état très-florissant (4). On y étudioit l'Ecriture sainte, on y céléhroit les divins offices avec grande solennité ; mais on n'y néo^ligeoit pas le travail des mains. Au contraire "les ouvrages les plus vils en apparence y étoient fort estimés, comme très-propres à conserver l'humilité , et à fournir les choses nécessaires à la vie, sans que les moines fussent exposés par l'indigence à sortir souvent aux dépens de la vertu et de la stabilité d'esprit. On exerçoit donc au dedans tous les métiers ; il y avoit "des maçons , des charpentiers , des forgerons , des lisscTands, des cordonniers, des cordiers ; et en travaillant ils chantoient des hymnes et des psaumes. En sorte qu'à les voir seulement on étoit édifié de leur application et de leur modestie. Leur réputation s'étendoit partout, et plusieurs, dispersés par la persécution et par d'autres occasions, fondèrent des monastères de la même observance , qui prirent aussi le nom de Stude.