XIII. Remontrances des éyéques
Alors on fit entrer les autres évêques et les
r^^l ^1\^- Nicephor. (2) Vita Nicelœ. Gr. BolL or. to. 7. BoU. p. 71â. to. 1, n. 32.
(3)To.7,Conc.p.lw,B4
HISTOIRE DU CHRISTIAINISIVIE.
abbés, et d'un autre côté entrèrent les chefs des iconoclastes, qui logeoient da ns le palais ( 1 ) . L'empereur ûl aussi venir les grands, tout le sénat , et plusieurs de ses officiers l'épée nue à la main, pour intimider les catholiques. Quand ils furent tous entrés , le patriarche Nicéphore dit aux grands : Dites-moi , ce qui ne subsiste point peut-il tomber? Et comme ils se regardoient l'un l'autre, n'enlendant pas ce qu'il vouloit dire, il ajouta : Les images ne tombèrent-elles pas sous Léon Isaurien et Conslantin, son fils? Ils en convinrent, et ilconcluoit qu'elles subsistoient donc auparavant. Alors l'empereur dit : Sachez . mes pères, que je suis de votre sentiment ; et il tira un reliquaire orné de figures qu'il portoil , et le baisa ; mais puisqu'il y en a qui sont d un autre avis, et que la question a été portée devant moi , je ne puis ra'empécher de la faire examiner.
Les catholiques, qui connoissoient sa mauvaise intention, refusèrent d'entrer en conférence, et Emilien de Cyzique dit : Si c'est une affaire ecclésiastique, qu'on la traite dans l'église, suivant la coutume, et non pas dans le palais. Mais , dit l'empereur, je suis enfant de l'Eglise, et je veux vous écouter comme médiateur. Michel de Synnade dit • Si vous êtes médiateur, pourquoi n'en tenez- vous pas la conduite? Vous cachez les uns dans le palais, vous les rassemblez , vous les nourrissez délicatement , vous les excitez et leur donnez toute la liberté d'enseigner l'erreur ; toutes les bibliothèques leur sont ouvertes, il y a défense de nous fournir des livres ; nous n'osons même parler dans les rues, vos ordres nous intimident partout. Mais pourquoi , dit lempereur, refusez-vous de parler, sinon parce que vous manquez de preuves? Nous n'en manquons pas , dit Théophy lacté de I\ icomédie , mais nous manquons d'auditeurs disposés à les entendre. Pierre de Nicée ajouta : Comment voulez-vous que nous conférions avec eux , tandis que vous les soutenez ? i\e savez-vous pas que les manichéens mêmes l'emporteroient si vous étiez de leur côté? Euthymius de Sardes prit la parole, et dit : Ecoutez, seigneur ; depuis plus de huit cents ans que J"sus-Christ est venu au monde, on le peint (( on l'adore dans son image ; qui sera assez hardi pour abolir une si ancienne tradition? Elle a été confirmée par le second concile de JNicée, tenu sous Irène et Constantin ; et quiconque ose s'élever contre soit analhème ! Saint Théodore Studite parla après lesèvèques, et dit entre autres choses : Seigneur, ne troublez pas l'ordre de l'Eglise (2). L'apôtre dit que Dieu y a mis des apôtres , des prophètes , des pasteurs et des docteurs ; mais il n'a point parle des empereurs (3). Vous êtes chargé de l'état et de l'armée; prenez -en soin , et laissez fèglise aux pasteurs et aux docteurs.
[AndeJ.-Csu,
(1. VilaS. NicetiB, c. 5, n. 33.
(2) VilaTheod. c. 74.
(3; Eph.iv, 11, li.
L'empereur, irrité, les chassa de sa présence, leur défendant de plus paroitre devant lui , ni de parler davantage; et, quand ils furent retirés, chacun reçut un ordre du préfet de Constant inople de se tenir chez soi, sans avoir aucun commerce les uns avec les autres , ni parler de la foi en quelque manière que ce fût. Les porteurs de cette défense étant venus à saint Théodore Studite, il leur dit: Voyez vous-mêmes s'il est juste d'obéir à Dieu ou à VOUS; car nous nous ferons plutôt couper la langue que d'abandonner la défense de la foi (1 ). En effet, il ne cessa point d'appeler les uns, d'aller trouver les autres, ou de leur écrire; et il voyoit souvent le patriarche pour le soutenir dans l'abattement où il étoit.
Il écrivit sur ce sujet aux moines une lettre, qui commence ainsi (2) . En ce temps où Jésus-Christ est persécuté en son image, ce n'est pas seulement ceux qui sont en place et distingués par leur savoir qui doivent combattre pour la vèrilè, mais les disciples mêmes. Quand les abbés retenus par l'empereur sont demeurés dans le silence, et, ce qui est bien pis, ont promis par écrit de ne se point assembler et ne point enseigner, ils ont trahi la vérité, aimant mieux vivre à leur aise dans leurs monastères que de souffrir pour la bonne cause. Ils disent: Qui sommes-nous? Je réponds: Premièrement, des chrétiens qui doivent absolument parler en cette occasion ; ensuite des moines qui ont tout quitté pour être hors des atteintes du monde; enfin, des abbés qui doivent même réparer le scandale des autres; si quelqu'un vient à eux pour s'instruire, que lui diront-ils ? J'ai ordre de ne point parler, et de ne vous pas recevoir dans ce monastère.