XIV. Dissimulation de Léon
Cependant l'empereur envoya sous maîn des soldats insulter à limage de Jésus-Christ, qui étoit à la porte d'airain, la même qui avoit été abattue par Léon Isaurien, et rétablie par Irène, comme il paroissoit par une inscripti(m mise au-dessus (3). Les soldats jetèrent des pierres et de la boue contre cette image , invoquant l'enfer et le diable, et proférant quan tilé de blasphèmes L'empereur feignit d'en être fâché, et dit au peuple : Otons de là cette image, de peur qu'elle ne soit davantage profanée par les soldais. Olte action encouragea encore Antoine , Jean et les autres iconoclastes. La fête de Noël étant proche, le patriarche fit prier l'empereur de ne point troubler l'Eglise, offrant de quitter son siège s'il étoit la cause du scandale. L'empereur repondit : Et qui oseroit penser à déposer le patriarche notre père, ou à troubler l'Eglise? JNous avons examiné cette question à cause de ceux qui en par-
An de J.-C. 815]
(3) II, Ep. 2.
(3 App.adTheopb. Sup.
loient; mais,au reste, je crois comme l'Eglise, et, tirant de son sein un crucifix , il l'adora devant tout le monde, mais ce n étoit que dissimulation pour passer la fête.
En effet, le jour de Noël il vint à l'église, entra dans le sanctuaire, suivant la coutume des empereurs de Constanlinople, et adora l'ornement d'autel, où étoit représentée la nativité de Notre Seigneur ; ce qui contenta tout le peuple. Mais l'empereur découvrit son hypocrisie à la fêle suivante de l'Epiphanie, sixième janvier huit cent quinze, car, étant venu à l'église , il n'adora point les images. Depuisce temps, il se déclara plus ouvertement contre le patriarche, l'empêcha de prêcher, et donna la garde de l'église et des vases sacrés au patrice Thomas, qui avoit été deux fois consul. Alors le patriarche tomba dangereusement malade (1) : ce qui retint un peu l'empereur, espérant après sa mort exécuter plus facilement son dessein ; mais, apprenant qu'il se portoil mipux, il lui envoya Théophane, frère de l'impératrice, pour l'inviter de nouveau à une conférence avec les iconoclastes. Le patriarche le refusa , ayant encore sa maladie pour excuse, outre les raisons qu'il avoit déjà représentées. Il demandoit qu'on lui rendît auparavant le gouvernement libre de son troupeau, que l'on délivrât de prison les évêques catholiques, que l'on rappelât ceux qui éloie.il exilés; que d ailleurs on éloignât ceux dont les ordinations étoient irrégulières , et quon ne s'assemblât que dans l'église. A ces conditions, il acceploitla conférence, quand sa santé seroit rétablie.