LIVRE QUARANTE-SIXIÈME
ne pouvoit suffire à tous ceux qu'on lui portoit a la fois. Lnûn, un des conjurés de taille gigantesque lui porta un si grand coup qu'il lui abattit le bras avec l'épaule, et un autre lui coupa la tête. Telle fut la fin deLéon l'Arménien , après qu'il eut régné sept ans et cinq mois. Son corps fut traîné par la ville et jeté dans l'hippodrome. Ses quatre fils furent embarqués avec leur mère , et envoyés à l'île Protée, où on les fit eunuques.
Michel sortit de la prison du papias, et, ayant encore ses fers aux pieds, il s assit sur le trône, et fut salué empereur par tous ceux qui se trouvèrent dans le palais. Vers le midi, ayant à peine fait rompre ses fers à coups de marteau sans s'être lavé, ni avoir fait aucun autre préparatif , il vint à la grande église se faire couronner par le patriarche, et reconnoître par tout le peuple. Il étoit né à Amorium en Phrygie , et on le nomme Michel le bègue à cause de sa difficulté de parler.
Peu de temps après, Fortunat, patriarche de Grade, se réfugia à Constantinople étant accusé, auprès de lempereur Louis, de favoriser la révolte de Liudevit, duc de Pannonie (1). On croit à Venise que le corps de saint Marc y fut apporté d'Alexandrie vers ce temps-là, sous Ursus, évêque d'Olivolo, et le duc Justinien. Il s'en trouve une histoire assez circonstanciée, mais dont l'antiquité est suspecte , et à Venise on ne sait point le lieu précis où repose cette relique ; mais il est certain que la ville et la république regardent saint Marc comme son patron (2).
XLL Invention de sainte Cécile.
A Rome, on trouva le corps de sainte Cécile, martyre. Dèsl'ancinq cent, ily avoit une église de son nom , qui étoit un titre de prêtre. Etant tombée en ruine , le pape Pascal commença à la rebâtir de nouveau, mais il étoit en peine de trouver le corps de la sainte , parce que l'on croyoil que les Lombards I avoient enlevé, comme plusieurs antres, des cimetiéresde Rome, lorsqu'ils l'assiègeoientsous le roi Astolfe, en sept cent cinquante-cinq (3). Un dimanche le pape Pascal, assistantà matines à Saint-Pierre
suivantsa coutume, s'endormit, et viten songe sainte Cécile , qui lui dit que les Lombards
avoientinutilementcherchéson corps, etqu'il le trouveroit (4). 11 le trouva en effet dans le cimetière de Prétextât en la voie Appienne , revêtu d une robe tissue d'or, et à ses pieds des linges pleins de son sang. Avec elle on trouva Valérien, son époux , et le pape les fit transférer à Rome, dans l'église de Sainte-Cécile, aussi bien que ceux de Tiburce et di; Maxime, martyrs, et des papes Urbain et Lucius. Il est
(1) Eginh. an. 821.
(2 Ap. Baron, lo. 9, Ap.
820, n. 2y. Ijo I. 2.Î ap. lo.
11, p. 353. Tillemoxit. to.
(3 Conc. to. i, p. 136, A Anast. in Pasch.
ii*) aup. liv. xuii, n. lô,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[AndeJ.-C.821.
An deJ-C. 821 ]
parlé de tous ces saints , hormis du dernier , dans les actes de sainte Cécile, qui paroissoient plus anciens que cette translation , mais non pas assez pour y donner une entière créance (1). Ainsi on ne sait certainement ni le temps ni le lieu du martyre de celte illustre vierge (2). En l'honneur de ces saints, le pape Pascal fonda un monastère prés de l'église de Sainte-Cécile, afin que les moines y célébrassent l'oflice jour et nuit. Il orna magnifiquement cette église, et y mit des vases d'argent, dont le poids montoit à plus de neuf cents livres , entre autres un ciboire ou tabernacle de cinq cents livres, et grand nombre de voiles ou parements , d'étoffes précieuses, en l'un desquels étoit représenté l'ange couronnant sainte Cécile, Yélerien et Tiburce : ce qui marque que l'on croyoit l'histoire contenue dans les actes.