‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 473 sur 2407 · XXII. L'empereur Louis ordonne quatre conciles · texte numérisé non relu

XXII. L'empereur Louis ordonne quatre conciles

Sur la fin de l'an huit cent vingt-huit, l'empereur Louis tint une assemblée à Aix-la-Chapelle (1). On y chercha les causes des maux de l'état et les remèdes qu'on y pouvoit apporter, et Vala, abbé de Corbie, vénérable par son âge , sa naissance et son mérite , y parla fortement, et se plaignit que les deux puissances , l'ecclésiastique et la séculière , entreprenoient l'une sur l'autre ; que l'empereur quittoit souvent ses devoirs pour s'appliquer aux affaires de la religion, qui ne le rcgardoient point, et que les évéques s'occupoient aux affaires temporelles. Qu'on abusoit des biens consacrés à Dieu, et qu'on les donnoit à des séculiers. Sur cet article, les seigneurs laïques dirent : L'état est tellement affoibli qu'il ne peut plus subsister sans le secours des biens et des vassaux de l'Eglise. Dites-moi, je vous prie, leur dit Vala, si quelqu'un a mis son offrande sur l'autel , et qu'un autre vienne la prendre, comment appellorez-vous cette action? Un sacrilège, dirent-ils. Seigneur, répartit Vala s'adressant à l'empereur , que personne ne vous trompe ; il est bien dangereux de détourner à des usages profanes les choses une fois consacrées à Dieu, contre l'autorité de tant de canons et au mépris de tant d'ana thèmes. C'est pourquoi , s'il est vrai que l'état ne puisse subsister sans le secours des biens ecclésiastiques, il en faut chercher modestement les moyens , sans nuire à la religion ; si les évoques doivent quelque service de guerre , qu'ils s'en acquittent , sans déroger à la sainteté de leur profession. C'est-à-dire qu'on les dispensât de servir en personne, comme Charlemagne avoit fait (2). Vala représenta ensuite les périls où on exposoit les monastères en les abandonnant à des laïques; il se plaignit que les évéchés n'étoient point donnés selon les canons , ni les élections observées. Enfin il parla contre les chapelains du palais, ou clercs, suivant la cour, qui n'étoient ni moines vivant sous la règle , ni clercs soumis à un évêque , et ne servoient que par intérêt ou par ambition. Car il soutenoit que tout chrétien de voit être chanoine , c'est-à-dire clerc observant les canons , ou moine ou laïque; autrement, disoit-il, il est sans chef, et par conséquent hérétique acéphale.

La conclusion de ce parlement d'Aix fut que l'empereur ordonna quatre conciles ; et , pour en préparer la matière, il résolut d'envoyer des commissaires par tout le royaume , qui dévoient partir à l'octave de Pâques de

(1) To. 7, Conc. p. 158, Act. p. i92. Vita Vala lib. ii, c. 2, to. 5, | (8) Sup. liv. xlv, n. 20.

[AndeJ.-C. 828.

l'année suivante, huit cent vingt-neuf. Les conciles doivent s'assembler à l'octave de la Pentecôte, et dans le même temps on devoit observer un jeûne général de trois jours (1). Les commissaires dévoient s'informer de la conduite des évéques , savoir, à quoi ils s'appliquoient le plus, au spirituel ou au temporel. Quels étoient leurs ministres, chorévêques , archiprêtres , archidiacres , vidâmes , curés : quel soin ilsavoient d'instruire, et quelle réputation. Si l(»s évéques dans leurs visites eloientà charge aux curés et au peuple, et faisoient des exactions ; de l'état des monastères et de toutes les églises données en bénéfices par autorité du prince, c'est-à-dire dont le revenu étoit attribué à d'autres qu'aux titulaires. Tout cela se voit dans une lettre de l'empereur à tous ses sujets.

Dans une autre lettre générale il marquoit plus expressément la cause de sa crainte. Qui ne voit, disoil-il, que Dieu est irrité de nos péchés par tant de fléaux dont il frappe notre royaume depuis tant d'années? La famine continuelle, la mortalité des animaux, la peste sur les hommes, la stérilité des fruits, diverses maladies, et l'indigence des peuples (2). D'ailleurs les révoltes des séditieux et les incursions des ennemis du nom chrétien, qui l'année dernière ont brûlé des églises, emmené des chrétiens en captivité, tué des serviteurs de Dieu. Les rebelles, dont il est ici parlé, sont Aizon et Yillemonde, sur la frontière d'Espagne, et les infidèles qui attaquèrent le royaume , les Sarrasins qui vinrent au secours de ces rebelles , et les Bulgares qui entrèrent en Pannonie.

La lettre continue : Nous avons donc ordonné, pour apaiser la colère de Dieu, qu'il se tienne quatre conciles , savoir, à Mayence , à Paris, à Lyon et à Toulouse, où les métropolitains se trouveront avec leurs suffragants (3). Les résolutions de ces conciles seront tenues secrètes, jusqu'à ce qu'elles nous soient rapportées. La lettre nomme tous ces métropolitains, qui sont : Aufgar, archevêque de Mayence, Iladabald de Cologne, Hetti de Trêves, et Bernouin de Besançon. L'archevêché de Sens venoit de vaquer par la mort de Jérémie. Ebbon étoit archevêque de Reims Ragnoard de Rouen , Landran de Tours. Ago^ bard étoit archevêque de Lyon, Bernard de Vienne, André de Tarantaise, Benoit d'Aix Agéric d'Embrun. Enfin, pour le concile de Toulouse, Nothon étoit archevêque d'Arles, Barthélemi de Narbonne, Adelelme de Bordeaux, et Agiulfe de Bourges. Ainsi ces quatre conciles renfermoient tout le royaume.

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