XXIX. Traité d'Agobard contre les juifs
Agobard, archevêque de Lyon, s'étoit attiré la haine des juifs, qui étoient en grand nombre dans sa ville, à l'occasion du baptême de leurs esclaves. Quatre ou cinq ans avant le concile de Lyon, il en écrivit à trois seigneurs des plus considérables du palais , Adalard , Vala, son frère, et Hèlisachar (3). Je vous demande, dit-il, votre conseil sur ce que je dois faire touchant les esclaves païens achetés par les juifs. Etant nourris chez eux, ils apprennent notre langue; ils entendent parler de la foi , voient la célébration des fêtes , sont touchés, viennent à l'église, et demandent le baptême, devons-nous les refuser? Les apôtres et leurs disciples n'ont jamais attendu le consentement des maîtres pour baptiser leurs esclaves.
La dilBculté étoit que plusieurs lois défendoient aux juifs d'avoir des esclaves chrétiens ; ainsi on les leur ùtoit en leur donnant le baptême, et plusieurs pouvoient feindre de se convertir pour obtenir la liberté. Mais les canons y avoient pourvu, en permettant à l'évêque et à tout hdèle de les racheter. C'est-
(1) Sap. 1 XIX, n. 22. (3) De Bapt, Jud. Manc.
(2) C. 1, 2,3,4,5,6,7, to. >, p. U8. 8. Coint. ai). 831, n. 25.
An de J.-C. 826.]
pourquoi Agobard ajoute : Nous ne prétendons pas que les juifs perdent le prix qu'ils ont donné pour ces esclaves; nous l'oflrons suivant les anciens règlements ; mais ils ne veulent pas les recevoir, croyant que la cour leur est favorable. C'est que les juifs comptoient pour une perte de ne pas gagner sur leurs esclaves , et d'être forcés à les vendre. Agobard se plaint ensuite du maître des juifs, c'est-à-dire du magistrat conservateur de leurs droits, nommé Everard, qui prenoit leurs intérêts au préjudice de l'Eglise.
Ce fut lui apparemment qui obtint quelque temps après un ordre de l'empereur portant défense de baptiser malgré les juifs leurs esclaves païens. Agobard en écrivit aux deux abbés, qui avoient alors le plus de crédit à la cour, ililduin et Yala. Il montre fort bien par l'Ecriture que l'on ne doit refuser à personne la grâce du baptême, et se plaint encore du maître des juifs, qui menaçoit de faire venir de la cour des commissaires pour l'exécution de cet ordre. Il offre de payer le prix des nouveaux convertis, et reconnoît qu'il n'est pas permis doter aux juifs par force leurs enfants ou leurs esclaves, mais seulement de les recevoir quand ils viennent d'eux-mêmes.
Vers le même temps, Agobard écrivit à Nébridius , archevêque de Narbonne , l'un des plus anciens et des plus vénérables évcV}ues de France , le priant de se joindre à lui pour résister aux entreprises des juifs (t). Cette année, dit-il, en visitant mon diocèse, j'ai dénoncé à tout le monde de se séparer du commerce des infidèles , non des païens, car il n'y en a point parmi nous, mais des juifs : ayant trouvé que quelques-uns observent le sabbat avec eux , travaillent le dimanche et rompent les jeûnes commandés. Plusieurs femmes , qui les servent comme esclaves ou comme mercenaires , se laissent corrompre le corps ou l'âme, car ils disent qu'ils sont la race des patriarches et des prophètes, et plusieurs du petit peuple se laissent abuser, jusqu'à dire que les juifs sont le seul peuple de Dieu, et qu'ils gardent la véritable religion. Je leur ai donc défendu de boire , manger ou loger avec les juifs. Mais quelques commissaires de l'empereur, principalementEverard, à présent maître des juifs , se sont opposés à ma défense , sous prétexte des édits de l'empereur. Je n'y ai pas eu égard , ne croyant pas qu'un prince si religieux ait pu donner des ordres contraires à la loi de Dieu ; et je vous prie , vous qui êtes maintenant regardé comme la colonne de l'Eglise , de demeu er ferme dans l'observance des canons, et d'écrire aux évêques , vos voisins, qu'ils s'unissent à nous pour délivrer l'Eglise d'un si grand mal.
Enfin Agobard écrivit sur ce sujet à l'empereur, et comme il dit que c'est après en avoir
(1) Tom. 1, p. 102.