‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 485 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-SEPTIÈME

conféré avec ses confrères , on croit que ce fut dans le même temps du concile de Lyon, tenu en huit cent vingt-neuf , dont il ne nous reste rien (1). Dans cet écrit, intitulé, de l'insolence des juifs , Agobard dit: Les juifs sont venus m apporter une lettre de votre part, et en ont donné une autre au vicomte de Lyon , portant ordre de leur prêter secours contre moi. Quoique ces lettres portassent votre nom et votre sceau, je n'ai pas cru qu'elles vinssent de vous toutefois les juifsen étoient fort insolents, et me'naçoientde nous faire maltraiter par les commissaires, qu'ils avoient obtenus pour les venger des chrétiens. Evrard est venu après eux répétant la même chose, et disant que votre majestéétoit fort irrité econtremoi à cause des juifs. Ensuite sont arrivés Guerric et Frédéric, vos commissaires, ayant en main leur commission et un prétendu capitulaire. Les juifs se sont alors excessivement réjouis ^ plusieurs chrétiens ont fui ou se sont cachés , d'autres ont été arrêtés, tous étoient dans une grande consternation; car les commissaires disoient que vous n'avez point d'aversion des juifs , comme l'on croit, mais que vous les aimez et les estimez , plus que vous n'estimez beaucoup de chrétiens.

La cause de cette persécution est ([ue nous avons défendu aux chrétiens de vendre aux juifs des esclaves chrétiens , de souffrir que les juifs vendent des chrétiens pour envoyer en Espagne, et qu'ils tiennent des chrétiens chez eux à leurs gages. Nous avons aussi défendu d'observer le sabbat avec eux , comme font quelques femmes , travailler le dimanche, dîner avec eux en carême , c'est-à-dire rompre le jeûne , car alors on ne mangeoit que le soir, d'acheter d'eux de la chair ou du vin, car ils ne vendent aux chrétiens que ce qu'ils croient immonde.

Et ensuite : Ils se vantent d'être aimés de vous, à cause des patriarches, d'être admis honorablement à votre audience ; que les personnes du premier rang demandent leurs prières et leurs bénédictions. Ils disent que vos conseillers trouvent mauvais que nous les empêchions de vendre du > in aux chrétiens, et leur ont donné plusieurs livres d'argent pour en acheter. Ils montrent des lettres en votre nom, avec les sceaux d'or, et des habits qu'ils prétendent être envoyés à leurs femmes, par vos parentes et d'autres dames du palais. On leur permet contre la loi de bâtir de nouvelles synagogues ; enfin , les choses en sont à tel point , que les chrétiens ignorants disent que les juifs prêchent mieux que nos prêtres. Vos commissaires , pour ne les pas empêcher de célébrer le sabbat, ont ôté les marchés du samedi , quoique ce jour soit utile aux chrétiens pour mieux solenniser le dimanche. Ces lettres et ces commissaires en faveur des juifs étoient l'effet de la foiblesse de l'empereur

(1; Tom. 1, p. 9.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

Louis , p^ouverni^ par sa femme Judith et par ceux qui renvironnoient.

Agobard ajoute : Après cette lettre écrite , il est arrivé un homme qui vient de Cordoue en Espagne. 11 dit avoir été dérobé par un juif à Lyon il y a vingt-quatre ans , étant encore enfant, et s'être sauvé avec un autre qu'un juif avoit aussi dérobé à Arles, il y a six ans. Nous avons cherché les connoissances de celui de Lyon, et les avons trouvées ; et on nous a dit que le même juif en avoit dérobé, acheté et vendu d'autres , et qu'un autre juif' cette année, avoit dérobé et vendu un autre enfant. Enûn, nous avons trouvé qu'ils achètent plusieurs chrétiens , que des chrétiens mêmes leur vendent , et commettent plusieurs abominations trop infâmes pour l(»s écrire.

Dans cette lettre, Agobard promet d'écrire à l'empereur plus amplement, touchant les superstitions des juifs et le soin qu'on doit avoir de séparer d'eux les chrétiens. CY'st ce qu'il exécuta par un écrit que l'on croit du même temps, et qui porte, avec le nom d'Agobard, ceux de Bernard, archevêque devienne, et de Faova, évêque de Châlons. On y rapporte phisieurs autorités des pères et des conciles de France, qui défendent aux chrétiens tout commerceavecles juifs (1). Ensuite on décrit ainsi leurs erreurs et leurs superstitions : ils disent que leur Dieu est corporel , et composé de divers membres comme nous , pour ouïr , voir parler, et ainsi du reste: par conséquent que le corps humain est fait à son image. Qu'il est assis dans un grand pahiis, sur un trône que quatre bêtes portent de côté et d'autre. Qu'il a uneinûnité de pensées qui , ne pf m vaut être exécutées, se changent en démons. Ils croient que les lettres de leur alphabet sont éternelles et que la loi de Moïse a été écrite plusieurs années avant la création du monde. Qu'il y a plusieurs terres, plusieurs enfers et plusieurs cieux, que Dieu a sept trompettes, dont une est longue de mille coudées, et plusieurs autres rêveries,] particulièrement touchant Jésus- Christ. Le soin que prend le fameux Rabin Moïse, fils de Maïmon , de montrer que Dieu n'est point corp)rel, et d'expliquer les métaphores de l'Ecriture sur ce sujet , montre assez combien cette erreur étoit enracinée chez les juifs encore trois cents ans depuis Agobard (2).

[An de J.-C. 8îo. ■ An de J.-C.

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