XXXVIII. Le pape Grégoire en France
Le pape étant arrivé en France , on envoya de sa part et des princes avec lesquels il étoit, pour amener de Corbie l'abbé \ ala , comme celui dont les conseils seroient très-utiles pour la paix (2). Il ne vouloil point sortir de son monastère ; mais les moines lui ayant présenté qu'on l'emmèneroit de force , il partit accompagné de Ralbert, et vint en Alsace, où l'empereur Louis s'étoit rendu dès le mois de mai, et où étoient aussi les princes ses enfants avec le pape. Les évêques du parti du père écrivirent aupape une lettre où ils se plaignoient qu'il fût venu sans être mandé, et l'accusoient d'avoir violé le serment qu'il avoit fait à l'empereur. Sur ce que le bruit courut qu'il les menaroit d'excommunication , ils repondirent qu il n'avoit aucun pou voir d'excommunier personne malgré eux dans leurs diocèses, ni d'y disposer de rien , et qu'il s'en retourneroit excommunié lui-même s'il entreprenoit de les excommunier, contre les canons. Ils le menaçoienl même de le déposer, et le pape en étoit 'alarmé. Mais Vala et Ratbert le rassurèrent en lui donnant des passages des pères, pour montrer qu'en vertu du pouvoir qu'il avoit reçu de Dieu il pou voit aller ou envoyer à toutes les nations pour prêcher la foi et procurer la paix des églises , et qu'il pouvoit juger tous les autres sans que personne le put juger. Ce fut apparemment piir leur conseil que le papt- écrivit aux ev(Vques du parti de l'empereur Louis une lettre, où il relève la puissance ecclésiastique au-dessus de la séculière, et soutient qu'en cette oc-
casion ils dévoient lui obéir plutôt qu'à l'empereur (1) ; que, s'il lui a fait serment , il ne peut mieux s'en acquitter qu'en procurant la paix ; qu'étant eux-mêmes coupables de parjure , ils ne peuvent l'en accuser. Enfin, qu'ils ne peuvent se séparer de l'église romaine sans demeurer schismatiques. L'aigreur qui paroît dans ses lettres n'étoit guère propre à réunir les esprits.
L'empereur Louis envoya à ses enfants des députés, dont le chef étoit Bernard ou Bernaire, évêque de Wormes; il demandoit au pape pourquoi il tardoit tant à le venir trouver, s'il étoit dans les mêmes dispositions que ses prédécesseurs ; et, pour exciter les princes ses enfants à revenir à lui, il leur fit donner six articles , où il les exhortoit à se souvenir qu'ils étoient ses enfants et ses vassaux, et lui avoient fait serment de fidélité, se plaignant qu'ils vouloient lui ôter la qualité de protecteur du saint-siège, et qu'ils reteiioientle pape (2). Il se plaignoit en particulier de Lothaire, comme révoltant les autres. Lothaire répondit à tous ces articles avec beaucoup de respect et de soumission en apparence, protestant qu'il n'en voulait point à l'empereur son père, mais au mauvais ccmseil dont il étoit obsédé, et n'étoit armé que pour sa sûreté, suivant le langage ordinaire des rebelles.
Enfin, il envoya le pape à son père, qui ne le reçut point avec les honneurs ordinaires , savoir , des hymnes et des acclamations de louanges, lui disant : J'en use ainsi, parce que vous n'êtes pas venu, comme vos prédécesseurs, vers les nôtres, quand ils étoient appelés. Sachez, dit le pape, que je ne suis venu que pour procurer la paix, que le Sauveur nous a tant recommandée. 11 demeura quelques jours avec l'empereur Louis , et ils se firent de part et d'autres de grands présents , puis le pape retourna vers lothaire , espérant toujours les réunir.