XXXIX. L'empereur Louis abandonné
C'étoit à la fin du mois de juin. Lothaire et ses enfants avec leurs armées étoient en présence, campés dans une grande plaine entre Bàle et Strasbourg. Lothaire fit tant de présents par promesses , par menaces, que presque toutes les troupes de son père passèrent de son côté la nuit qui suivit le retour du pape, à qui il ne permit plus de retourner vers son piTC (3). L'empereur Louis, se voyant abandonné , congédia le peu de gens qui lui étoient demeurés fidèles , disant qu'il ne vouloit pas qu'ils périssent pour lui ; ensuite il passa au camp de ses enfants , qui le reçurent avec de grandes démonstrations de respect ; mais sitôt qu'il fut arrivé, on lui ôta Judith,
son épouse, qui fut mise entre les mains de Louis, roi de Bavière. Lothaire fit mènera son quartier l'empereur, son père, avec le jeune Charles, son frère, âgé de dix ans, elles fit garder dans une tente particulière. En mémoire de cette perfidie, on nomma cette plaine le champ du mensonge.
Alors , de l'avis du pape et de tous les seigneurs , on regarda Louis comme déchu de la dignité impériale, et on la déféra à Lothaire, qui l'accepta, et se fit prêter serment. Puis on partagea de nouveau l'empire entre les trois frères , Lothaire, Pépin et Louis. Vala n'approuva ni la déposition de Louis ni le partage; et, voyant que ses conseils n' étoient plus écoutés, il se retira en Italie, au monastère de Bobio. Le pape retourna à Rome très-affligé de la manière dont le père étoit traité par ses enfants. Après son départ , les trois frères se séparèrent. Judith fut menée à Tortone en Lombardie , l'empereur Louis à Soissons , et enfermé dans le monastère de Saint-Médard, et Charles dans celui de Prom , mais sans lui couper les cheveux (1). L'empereur Lothaire indiqua un parlement général à Compiégne, pour le premier jour d'octobre.
Alors Agobard publia un manifeste pour Lothaire, où il soutenoit que lui et ses frères avoient eu raison de s'élever pour purger le palais de leur père des crimes dont il étoit infecté (2). Il rejette la cause de tous les maux sur Judith, qu'il accuse d'avoir été infidèle à l'empereur, son époux, et d'avoir persécuté le fils du premier lit. Il dit que l'on avoit eu raison , trois ans auparavant , de chasser du palais les complices de ses crimes, et de l'enfermer elle-même dans un monastère. Après quoi il soutient qu'il n'a pas été permis à Louis de la reprendre. Il se plaint des nouveaux serments que l'on a fait prêter, particulièrement en faveur du jeune roi Charles, et des armées que l'empereur a fait marcher contre ses sujets et ses enfants , au lieu de les employer contre les nations barbares pour procurer leur conversion, suivant l'intention de l'Eglise ; car c'est ainsi qu'il explique l'oraison que nous disons encore pour le roi le vendredisaint. Il dit toujours : Louis, jadis empereur, comme supposant qu'il ne l'est plus, et conclut qu'il doit faire pénitence de tant de maux causés par sa négligence, et sa complaisance excessive pour sa femme; qu'il doit s'humilier sous la main de Dieu, et aspirer à la gloire éternelle , puisque la grandeur temporelle ne lui convient plus.