XL. Pénitence forcée de Louis
Ce discours préparoit les esprits à ce qui fut exécuté au parlement de Compiégne ; car Lothaire et les chefs de son parfi, voyant qu'en
(2) Vila Vaiae, c. U.
(1) Astron. Vita, c. 16.
Apud Agob. to. 2, 53, tom.
7, Conc.
(2) Aslron. Vita Vala;, c. 17.
(3) Astron. Thcgan. c.
Cl) Tom. 7 , Conc. p.
1571. IMabiil. to, 3. Annal.
(2) Apolog. to.a, p. 61.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
fsette assemblée tout le monde avoil pitié de Louis , craignirent d'être abandonnés , et crurent devoir pousser les cboses à une extrémité sans retour. C'est pourquoi ils résolurent de mettre l'empereur Louis en pénitence publique, aûn qu'il ne pût jamais porter les armes m rentrer dans la vie civile (1). Les auteurs de ce conseil furent Ebbon, archevêque de Reims Agobard de Lyon , Bernard de Vienne , Barthélémy de Narbonne, Jessé d'Amiens, car on Favoit rétabli Elie, de Troyes , Hérébold d'Auxerre.
Lothaire avoit amené son père à Compiî^gne, et on lui envoya des évêques pour lui persuader de se soumettre au jugement qu'ils avoient rendu contre lui sans Tenlondre , de s'enfermer dans un monastère pour le reste de ses jours. Il le refusa d'abord ; mais ces évoques le fatiguèrent tant, qu'entin il consentit à recevoir publiquement la pénitence (2). Donc au jour marqué, qui étoit en ce même mois d'octobre huit cent trente-trois , rindiction douzième étant commencée, Louis fut amené à l'église de Notre-Dame de Soissons, où reposoienl les corps de saint IVIédard et de saint Sébastien. Les évêques y étant assemblés, ayant Ebbon à leur tête, comme métropolitain de la province : il y avoit un grand clergé. Lothaire étoit présent, accompagné de plusieurs seigneurs, et d'autant de peuple que l'église en put tenir. Alors Louis , prosterné par terre, sur un cilice devant l'autel, confessa publiquement qu'il s'éloit indignement acquitté de son ministère, déclarant que, pour l'expiation de ses fautes, il demandoit la pénitence publique. Les évêques l'avertirent de faire une confession plus sincère que celle qu'il avoit faite autrefois, c'est-à-dire en huit cent vingt deux , au parlement d'Attigny (3j.
Louis tenoit en main un papier que les évêques lui avoient donné , et où étoient écrits ses prétendus crimes. 1" Sacrilège et homicide, en ce qu'au préjudice du serment solennel fait à son père, il avoit fait violence à ses frères et à ses parents, et permis de tuer son neveu : c'éloit Bernard, roi d'Italie. 2^ D'être auteur de scandale, et perturbateur de la paix, en changeant le partage fait a ses enfants, du consentement de tous ses fidèles sujets, et faisant faire des serments contraires aux premiers (4). 3" D'avoir sans nécessité fait marcher ses troupes pendant le carême pour une expédition générale, et indiqué un parlement à la frontière de son empire pour le jeudi-saint, ce qui avoit fait murmurer le peuple, et détourné les évêques de leurs fonctions. C'est le voyage que Louis fit en Bretagne Tau huit cent trente, et le parlement qu'il in-
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diqua à Rennes (1). 4** D'avoir maltraité quelques-uns de ses fidèlc^s sujets, qui lui donnoient des avis salutaires , contre les surprises de ses ennemis ; les avoir privés de leurs biens, exilé ceux qui étoient présents, et condamné à mort les absents; violant les privilèges des prêtres et des moines, et induisant les juges a faire injustice. Cet article rejjarde les rebelles punis la même année huit cent trente, au parli»ment de Nimègue (2). 5^ D'avoir été cause de plusieurs parjures, par les serments contraires qu'il avoit fait prêter, les faux témoignages, et la justification de quelques femmes. C'est principalement Judith qui est ici marquée. 6° De plusieurs expc'dilions militaires, nonseulement inutiles, mais nuisibles, et faites sans conseil, qui avoient attiré une infinilede crimes, homicides, parjures, sacrilèges, adultères, pillages, incendies, même d'églises, qui relomboient sur lui , puisqu'il en èloit l'auteur. T Qu'il avoit fait des partages à sa fantaisie contre le bien de l'état, et fait jurer tout son peuple contre ses enfants comme contre des ennemis, au lieu de les mettre en paix par son autorité. 8'^ Enfin, qu'il venoit d'assembler tous ses sujets pour les faire périr ensemble, si Dieu n'y eût pouvu d'une manière inouie. C'est ce qui étoit arrivé en Alsace la même année, car les partisans de Lothaire traitèrent de miracle la prompte défection des troupes qui suivoient son père (3).
Louis se confessa coupable de tous ces crimes, et remit le papier entre les mains des évêques, qui le mirent sur l'autel. Ensuite il ôta sa ceinture militaire et ses armes, et les jeta au pied de l'autel, et , se dépouillant de l'habit séculier, il en prit un de pénitent : les évêques lui imposèrent les mains, on chanta les psaumes, et on dit les oraisons pour l'imposition de la pénitence. On ordonna que chacun des évêques qui avoient assisté à celle cérémonie en drcssiToil une relation qu'il souscriroit de sa main, et la remettroit à Lothaire, en mémoire de l'action, et que de toutes ces relations on feroit un sommaire, qui seroit souscrit de tous les évêques (4).
Nous avons la relation particulière d'Agobard, et lacté commun, qui commence par une préface, où l'on relève le ministère dt»s évêques et le pouvoir qu'ils ont de lier et de délier, comme vicaires de Jésus-Christ. Ensuite on représente l'état florissant du niyaume sous Charlemagne, et sa décadence sous Louis, son fils : on dit que la puissance impériale lui a été soustraite tout d'un coup, par un juste jugement de Dieu , c'est-à-dire par la défection arrivée trois mois auparavant. Toutefois, ajoutent les évêques, nous souvenant des commandements de Dieu et de notre ministère , nous avons cru devoir envoyer à Louit», par
(1) Astron. Theg. c. 4*.
(3) AcU depos. to. 7,
(3) Sup. XLVI, n. 40.
(4; Sup. \LVI, D. 35.
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la permission de l'empereur Lothaire , pour l'avertir de ses fautes et l'exhorter à penser à son salut, afin qu'il ne perdît pas encore son âme, puisqu'il étoit déjà privé de la puissance terrestre. Ils disent ensuite qu'il s'est réconcilié avec l'empereur Lothaire, son fils , et racontent la cérémonie de sa pénitence, comme elle vient d'être rapportée. Il faut remarquer sur cet acte que les évêques assemblés à Compiègne ne prétendirent point y déposer l'empereur Louis : ils le supposoient
{)rivé de l'empire depuis trois mois : aussi ne e nomment-ils que le seigneur Louis , ou cet homme vénérable , et ils ne lui ôtèrcnt ni la couronne , ni les autres marques d'empereur. Ils ne le tenoient plus que pour un simple particulier portant les armes, qu'ils lui firent quitter, comme ne lui étant plus permis de les p)rter, suivant les lois de la pénitence. C'étoit le douzième canon de JNicée, et le cinquième article de la décrètale de saint Sirice à liimérius, dont le vrai sens est de défendre l'exercice des armes pendant le cours de la pénitence seulement (1). Les évêques de France l'avoient jugé eux-mêmes en la personne de Louis, puisqu'ils ne lui avoient point interdit l'exercice d€»s armes après la pénitence publique, à laquelle il s'étoit soumis en l'assemblée d'Attigny. A plus forte raison ne pouvoient-ils prétendre que cette seconde pénitence lui ôlât la puissance souveraine, qu'il avoit exercée librement depuis la première : aussi ne le disoient-ils pas, et ils supposoient que Louis n'éloit plus roi ni empereur. Mais cette pénitence d'Altigny délruisoit le premier article de la confession, qu'ils lui avoient dressée. Car ils avoient mis la mort de Bernard , et les autres fautes, pour lesquelles il avoit fait cette première pénitence ; or, toutes les lois divines et humaines défendent de punir deux fois un même péché. Aussi tout ce qui fut fait en cette assemblée de Compiègne fut cassé peu de temps après, et a été détesté par toute la postérité. Il semble que les évêques et les seigneurs qui y assistèrent en eussent honte euxmêmes, car aucun n'osa se nommer dans l'acte qu'ils en dressèrent. Au reste, on peut compter cet exemple pour le second d'une entreprise notable des évêques sur la puissance temporelle, sous prétexte de pénitence ; le premier est celui des évcH^ues d'Espagne, au douzième concile de Tolède, contre le roi Yamba, ainsi que j'ai dit en son lieu (2).