VIII. Ebbon rétabli à Reims
Aussitôt" après la mort de Louis le débonnaire, Lothaire, son lils aîné, roi et empiTCur, vint d'Italie à Wormes, et y demeura quelque temps (2) Ebbon, archevêque de Reims, sortit alors de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-lxjire, où il étoit prisonnier, et avec Roson, qui en étoit abbé, il vint trouver Lothaire, qui ordonna qu'il rentreroit dans son siège, par un acte so- Lnnel donné à Ingelheim le vingt-quatrième de juin, indiction troisième, la première année du règne de Lothaire , depuis la mort de son père , c'est-à-dire l'an huit cent quarante. Cet acte porte, qu'Ebbon est rétabli à la prière de son église, et par le jugement des évêques. En effet, vingt y souscrivirent, dont It^ plus connus sont DrogondeMetz, à qui sa dignité d'archichapelain donne le premier rang, puis quatre archevêques, Otgar de lAIayence, Hetti de Trêves , Amaiouin de Resancon , Audax de Tarantaise, Badurad évêque de Paderborn, Joseph d'Evreux, aussi abbé de Fontenelle. Ces évêques éloient la plupart Italiens, les autres Gaulois, du parti de Lothaire. En vertu de cet acte, Ebbon se tit remettre solennellement dans son siège le sixième de décembre par quatre de ses suffragants, Rothade de Soissons, Siméon de l^on, Erpuin de Sentis, et Loup de Chàlons ; les cinq autres ne s'y trouvèrent pas , parce que, comme l'on croit, ils tenoient le parti du roi Charles (3).
Comme Ebbon, dans son acte de renonciation, avoit promis de ne revenir jamais con-
(l) Lib. I, p. 649. Mabill. Prœf. to. 5, Ad n 36.
Coinl. an. 843, n. 39.
(2; Karr. Cleric, Rem.
tom. 2 Duchesne, p. 341.
Flod. lib. M, c. 20.
(3) Conc. Suess. 12 , Acl. 5.
tre (1) ; il voulut justiûer sa conduite, et publia une apologie, où il soulenoit qu'il n'avoit pu être canoniquemenl déposé en vertu de cette renonciation, parce qu'il ne l'avoit faite que par force, étant dépouillé de tous ses biens, prisonnier, et actuellement malade, qu'il n'y avoit déclaré aucun crime particulier, pour lequel il dut être déposé, et que son peuple n'y avoit point consenti. Enfin , que les sept années de prison, qu'il y avoit souffertes depuis, étoient une pénitence suffisante pour les péchés qu'il avoit confessés en secret. Il concluoit que, trouvant son siège encore vacant, il avoit pu y rentrer légitimement. Je laisse au sage lecteur à juger de la solidité et de la bonne foi de cette apologie.
Dans le dernier partage que Louis le débonnaire avoit fait entre ses enfants, la Meuse devoit séparer les étals de Lothaire et de Charles* Mais Lothaire, qui, comme l'ainé, prètendoit tout réunir , passa la Meuse , et même la Seine, et vint jusque sur la Loire. Ce fut alors qu'Ebbon rentra dans le siège de Reims, dont il demeura en possession une année entière, pendant laquelle il ordonna quelques clercs. Mais ensuite le roi Charles, s'étant relevé , rentra dans la Relgique. Ebbon fut obligé de sortir de Reims pour la dernière fois, et se retira près de l'empereur Lothaire.
Depuis désespérant de rentrer dans son siège, il accepta celui d'Hildesheim en Saxe, qui lui fut donné par le roi Louis, du consentement des évêques et du pape , et y fit les fonctions d'évêque jusqu'à sa mort, qui arriva l'an huit cent cinquante-un. 11 travailloit à la conversion des païens, et encourageoit souvent saint Anscaire , archevêque de Hambourg , contre les difficultés qu'il trouygit à sa mission de Suéde.