XVI. Le jeuoe Louis à Rome
L'empereur Lothaire, ayant appris que Sergius avoit été non-seulement élu , mais consacré pape sans sa participation, le trouva mauvais, et envoya à Rome i/>uis, son tils aîné , accompagné de son oncle Drogon , évéque de Metz , pour empêcher qu'à l'avenir on ordonnât de pape que par sa permission et en présence de ses envoyés , comme on en avoit usé du temps de son père et de son aïeul, et particulièrement à l'éleclion de Grégoire IV (1). Lothaire déclara dès lors son (ils Louis roi d'Italie, et à sa suite il envoya un grand nombre d évêques, d'abbés et de comtes. Quand le papt» Sergius sut que le jeune roi étoit près de Rome, il envoya tous les magistrats à neuf milles au devant de lui , et à un mille toutes les écoles ou compagnies de la milice avec leurs chefs, qui chautoieut en l'honneur du roi des acclama-
(1) Ana. Bertm. J44. LuUpr. Vila PoaUf.
lions de louanges, et des Grecs mêlés avec eux en chantoient pour l'empereur. Le pape envoya aussi les croix et les bannières comme à la réception d'un empereur, ce qui rejouit fort le jeune roi. Ainsi il marcha vers Saint- Pierre avec toute sa suite, le dimanche d'après la Pentecôte, huitième de juin huit cent quarante-quatre. Le pape, avec son clergé, attendoit sur les degrés de l'église. Quand le roi les eut montés, il embrassa le pape; et, le tenant par la main droite , il entra dans la cour intérieure , et vint à la pi)rte de l'église, qui étoit d'argent. Le pape tit fermer toutes les portes, et dit au roi : Si vous venez ici avec une volonté sincère pour le salut de l'état et de l'Eglise , je vous ferai ouvrir ces portes ; sinon je ne le permettrai pas. Le roi l'assura qu'il n'avoit aucune mauvaise intention Alors les portes s'ouvrirent , ils entrèrent tous ; on chanta : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, et d autres acclamations en l'honneur du roi ; ils se prosternèrent devant la confession de Saint-Pierre ; et , après que le pape eut prononcé une oraison , ils se retirèrent.
L'armée du roi étoit campée autour de Rome, et faisoit le dégât des moissons et des prairies, apparemment pour punir les Romains de rélection précipitée du pape. Celte affaire fut agitée dans la ville pendant plusieurs jours, et les évêques qui avoient suivi le roi s'assemblèrent pour examiner si l'ordination de Sergius devoit subsister. Il y en a vingt-trois de nommés, tous d'Italie, excepté Drogon, qui les présidoit ; ensuite étoient deux archevêques, Grégoire de Ravenne et Angilbert de Milan, on y nomme aussi sept comtes. Après plusieurs contestations, l'ordination de Sergius fut confirmée, et on lui demanda que tous les grands de Rome lissent serment de fidélité au roi Louis; mais le pape représenta que c'étoit à l'empereur Lothaire, son père, que ce serment devoit être prêté, ce qui fut fait solennellement dans l'église par les seigneurs romains et françois. Ainsi l'empereur Lothaire étoit reconnu souverain de Rome(l). L'affaire pour laquelle le roi Louis étoit venu étant finie, le pa\)e le couronna le dimanche quinzième de juin, dans l'église de Saint-Pierre, il lui fit fonction de l'huile sainte, lui donna la couronne et l'épée, et le proclama roi des Lombards. Mais ce n'étoit qu'une simple cérémonie, et Anastase, bibliothécaire de l'églist^ romaine, qui la raconte, donne toujours à Louis le titre de roi devant comme après. Le pape accorda aussi à Drogon, évcV^ue de Metz, oncle de f empereur, des lettres par lesquelles il f établissoit vicaire apostolique dans toutes les provinces au deçà des Alp<^s (:2), avec autorité sur tous les métropolitains, et pouvoir d'assembler des conciles généraux, dont toutefois on pourroit appeler au pape.
Ebbon, archevêque de Reims, et Rarthélemy , archevêque de Narbonne, tous deux déposés pour avoir suivi le parti de Lothaire contre l'empereur Louis , son père , étoient venus à Rome avec le jeune roi Louis et l'évêque Drogon. Ils demandèrent au pae Sergius de les rétablir et leur rendre le pallium ; mais le pape le refusa, et ne leur accorda que de communier entre les laïques. On trouve que Réraire, successeur de Rarthélemy, etoit dès lors archevêque de Narbonne; mais le siège de Reims ne fut rempli que l'année suivante. Tandis que le roi J^uis étoit à Rome, Siconulfe, duc de Bénévent, l'y vint trouver avec une Ifrande suite, et se soumit à lui, ce qui réunit tous les peuples de ce duché sous l'obéissance de Siconulfe, et les excita à chasser du pays ce qui y restoit de Sarrasins (1).