XXXI. Normands à Hambourg
Les Normands attaquèrent aussi le royaume de Louis cette même année huit cent quarantecinq (:2). Ils donnèrent trois combats en Frise. Dans le premier ils furent battus , mais ils eurent 1 avantage dans les deux autres. Ils entrèrent dans l'Elbe avec six cents bâtiments, sous la conduite de Roric, leur roi , descendirent à Hambourg, et surprirent tellement les habitants en l'absence du comte, qu'on n'eut pas le loisir d'assembler les gens du pays. L'archevêque saint Anscaire , qui y résidoit , voulut d'abord défendre la place en attendant un plus grand secours; mais, voyant qu'il ne pouvoit résister aux ennemis qui assiégeoient déjà la ville, il songea a sauver les reliques : ses clercs se dispersèrent de coté et d autre, et luimême échappa à peine sans manteau. Le peuple s'enfuit de tous cùtés, quelques-uns furent pris, la plupart tués. Les barbares étant arrivés le soir à Hambourg, y demeurèrent un jour entier et deux nuits, pillèrent et brûlèrent tout. Cet incendie consuma léglise , que le saint évéque avoit fait bâtir avec grand soin , le monastère et la bibliothèque , composée entre autres de livres très-bien écrits donnés par Louis le débonnaire. Enfin il ne resta que ce que chacun trouva sous sa main et put emporter avec lui. Saint Anscaire ayant ainsi perdu en un moment tout ce qu'il avoit amassé depuis son épiscopat, ne témoigna aucun chagrin , mais répéta souvent ces paroles de Job : Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a ôté.
Pendant qu'il étoit ainsi errant avec ses moines, portant leurs reliques de côté et d'autre sans avoir de demeure assurée, pour surcroît d'affliction l'évêque GauslwTt, qu'il avoit envoyé en Suède, en fut chassé. Lue partie du peuple conjura contre lui, vint à sa maison, tua son neveu JNilhard, le lia lui-même avec ses autres compagnons , pilla tout ce qui se trouva , et les chassa honteusement du pays. Tout cela se fit sans ordre du roi, par une conspiration populaire. Mais Dieu fit éclater sa vengeance sur ceux qut en étoient coupa-
(i) Ann. Fuld. et Meens. H'kîi. Chr. Ducli. t. 2,
p. 52i. VitaS. Anse, n.22, t. 6, Act. p. 8'.).
bles , et ils furent tous punis en peu de temps de mort, de maladie ou de perte de leurs biens, en sorte que tout ce peuple demeura persuadé de la puissance de Jésus-Christ. La Suède fut sept ans sans prêtres.
Après le pillage de Hambourg, les Normands furent vigoureusement repoussés par les Saxons (1), et leur roi, Roric ou Oric, ayant appris le désastre de ceux qui a voient pillé la France par la Seine, en fut tellement touché, qu'il envoya des ambassadeurs au roi Louis pour lui demander la paix, offrant de délivrer les captifs et rendre ce qu'il pourroil de butin. Ces ambassadeurs se trouvèrent à Paderborn , où le roi Louis tint un parlement général pendant l'automne de celte année huit cent quarante-cinq. Il y vint aussi des ambassadeurs des Sclaves et des Rulgares. Les Sclaves éloienl encore païens ; mais quatorze de leurs ducs ou capitaines s'éloient adressés au roi Louis avec leurs vassaux , désirant de se faire chrétiens, et il les avoit fait baptisera l'octave do l'Epiphanie , la même année huit cent quarante-cinq.