LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME
^t) De Trib Epist. c. 34,35. Y.App. lO.lO. S. ÂUginit.
magnifique, dans laquelle il transféra le corps du saint , en présence de tons les évêques de sa province (1). Il fut trouvé entier, et mis dans une châsse d'argent , avec le linceul dont il etoit enveloppé; mais une partie du linceul, avec le suaire ou mouchoir qui couvroit sa tête, fut mis dans une cassette d'ivoire, et porté à l'église de Notre-Dame, qui est la cathédrale. Hincmar n'osa rien prendre du corps saint j et le roi Louis de Germanie lui en ayant demandé quelque partie, il lui écrivit qu'il regarderoit comme une grande témérité de diviser un corps que Dieu avoit conservé entier durant tant d'années. Au devant du sépulcre il mit un ouvrage d or orné de pierreries, où étoit une petite fenêtre par laquelle on pouvoit voir le tombeau , et sur la châsse même il fit graver une inscription en vers latins , contenant la date de cette translation, l'an huit cent cinquante-deux, huitième de son pontificat, le premier jour d'octobre. De là vient que nous célébrons en ce jour la fête de Saint-Rémy, quoiqu'il soit mort le treizième de janvier.
YII. Capitules d'Hincmar.
Un mois après, et le premier jour de novembre huit cent cinquante-deux, Hincmar tint son synode, et donna à ses prêtres une instruction par écrit de dix-sept articles (2). L'eau bénite et le pain béni y sont marqués en ces termes : Tous les dimanches, chaque prêtre, avant la messe, fera de l'eau bénite, dont on aspergera le peuple en entrant dans l'église , et ceux qui voudront en emporteront pour en asperger leurs maisons, leurs terres , leurs bestiaux, la nourriture des hommes et des bêtes. Tous les dimanches et les fêtes, le prêtre bénira des morceaux de pain , soit du reste des offrandes ou du sien , et après la messe il en distribuera des eulogies à ceux qui n'étoient pas disposés à communier. Après l'ofiice du matin, le prêtre s'acquittera du service qu'il doit, en chantant
f)rime, tierce, sexte et none, à la charge touteois de les dire ensuite publiquement aux heures convenables , par lui-même, s'il est possible, ou par d'autres clercs. Puis, ayant célébré la messe et visité les malades , il pourra travailler à la campagne sans manger avant l'heure réglée selon le temps, c'est-à-dire plus tard les jours de jeûne. On voit ici que , dès lors, la récitation des heures canoniales étoit comptée pour une obligation des prêtres, mais qu'ils pouvoient prévenir les heures en les disant en particulier. On voit aussi que Ton n'estimoit point indigne d'eux de travailler à la terre.
Il leur est défendu de donner en gage les vases sacrés et les meubles de l'église (3) ; de prendre des présents pour ne pas dénoncer à
(1) Flod. lib. I, c. 81; c. 5, 7; 9.
ni, c. 4. (3; C. 1J,13, 14, 15, p,
(2) To. 8, Conc. p. 509, 573; C 10, 17, 21.
tk
Jl .'
■^..Aâ^w I * Itmiiit»
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ Ande J.-C. 853.
l'évoque les pécheurs publics, ou pour différer ou avancer leur réconciliation ; de participer aux excès qui se commelloient aux anniversaires des morts , où, sous prétexte d'un repas, on avoit introduit des jeux et dos mascarades. On défend les festins entre les prêtres qui s'assemblent aux calendes; ou entre les laïques, à l'occasion des confréries. Défense au prêtre de donner l'eucharistie à aucun laïque pour la porter en sa maison, sous prétexte d'un malade; le prêtre doit toujours l'administrer lui-même. Les pauvres immatriculés, c'est-à-dire inscrits au catalogue de l'église, doivent être des invalides du même domaine, ou les parents du curé, s'ils sont vraiment pauvres. Le prêtre ne peut faire des acquisitions du revenu de son église , ni sous son nom ni sous des noms empruntés. La fréquentation des femmes est ici défendue avec tant de soin, qu'il y a sujet de croire que l'on voyoit beaucoup d'abus en cette matière.
YIIL Concile de Soissons.
L'année suivante huit cent cinquante-trois , troisième du régne de Charles , indiction première, Hincmar assista au concile tenu à Soissons le vingt-sixième d'avril, dans l'église de Saint-Médard. 11 s'y trouva en tout vingt-six évêques de cinq provinces, dont les plus connus sont : Hincmar, archevêque de Reims, Yénilon de Sens, Amauri de Tours, Rotade, évêque de Soissons, Loup de Chàlons, Pardule de Laon, Agius d'Orléans, Prudence de Troyes, Hériman de Nevers, Jonas d'Aulun. Après les évêques éloient Ri bold,chorévêque de Reiras, Loup, abbé de Ferrières , Odon de Corbie, Bavon d'Orbais. Dès l'an huit cent cinquante-un , Pascase Ratbert avoit quitté le gouvernement de l'abbaye de Corbie pour passer le reste de ses jours en repos, dans l'élude de la philosophie chrétienne. 11 choisit pour son successeur Odon, qui avoit à peine achevé son noviciat, mais en qui il voyoit beaucoup de vigueur d'esprit et de corps. Le roi Charles assistoit en personne à ce concile. En huit sessions, on y traita plusieurs affiiires, dont la première fut celle des clercs ordonnés par Ebbon , prédécesseur d' Hincmar , qui étoient environ quatorze, tant prêtres que diacres (1). A la première session, Sigloard, tenant la place de l'archidiacre de Reims, dit, qu'il y avoit des enfants de la même église qui demandoient à entrer. Hincmar dit : Lisez leurs noms; et Sigloard nomma quatre chanoines de l'église de Reims , un moine de Saint-Thierry et huit de Saint-Rémy. On les fit entrer par ordre du concile et du roi , et Hincmar leur dit : Quelle est votre demande,
(1) To. 8, Conc. p. 808.
Ann. Berlin. 853; to. 6, Act. Ben. p. 121. Narr.
Cler. Rom. p. 343, to. 2 , Duch.
mes frères ? Ils répondirent : Nous vous demandons la grâce d'exercer les ordres, auxquels nous avons été promus par le seigneur El>bon, et dont vous nous avez suspendus. Avez- vous une requête? dit Hincmar. lis répondirent que non ; et Hincmar reprit : ]j^ lois de TEglise demandent que tous les actes soient écrils : celui qui se présente au baptême doit donner son nom, celui qui est promu à l'épiscopat doit avoir le décret de son électi(m et les lettres de son ordination ; l'excoramunié est chassé de l'Eglise ou réconcilié par écrit, les accusations se font de même; et, comme dit saint Grégoire (1), une sentence prononcée sans écriture ne mérite pas le nom de sentence. C est pourquoi, mes frères, il faut présenter votre requête par écrit.
Ils la dressèrent et la présentèrent à Hincmar et aux deux aulres archevêques qui présidoient au concile. Hincmar en la lisant trouva que dans les souscriptions manquoit le nom de Vulfade, un des chanoines que Sigoalde avoit nommés. 11 en demanda raison , et Sigoalde répondit qu'il étoit malade. Hincmar renvoya Sigoalde avec Lindon, archidiacre de Laon, et Isaac diacre de Reims, qui firent souscrire la requête à Vulfade, et la rapportèrent au concile.
Alors Hincmar dit : Cette requête me regarde manifestement. Si on se plaignoit d'un évêqne, on appelleroit à moi; mais puisque ces frères se plaignent de mon jugement, il faut qu'ils appellent par une requête à des juges choisis. Sur quoi il cita deux canons du recueil des conciles d'Afrique, et un article descapitulaires, suivant la collection d' Angise , pour montrer que l'on ne [)eut plus appeler des ju;es que l'on a choisis. C'est pourquoi, ajouta-t-il, nous devons choisir des juges de part et d'autre. Et il présenta son libelle, où il choisissoit, pour cette cause seulement, les deux archevêques de S(^ns et de Tours , et Pardule, évêque de Laon, pour représenter le siège de Reims. Sauf ajoula-t-il , l'autorité de ma métropole et le res|>ect du saint-siège. Aussitôt il quitta sa place et y fit asseoir Pardule. Ensuite il permit à ses parties de choisir des juges, soit les mêmes, soit d'autres. Ils convinrent des mêmes, seulement ils ajoutèrent Prudence , év<Hïue de Troyes , apparemment pour tempérer l'autorité de Pardule, ami déclaré d'Hincmar. 11 consentit à ce choix, et l'on en écrivit l'acte, qui fut envoyé à Vulfade , pour le souscrire. C'est ce qui se passa en cette affaire dans la première session. Les clercs ordonnés par Ebbon réclamèrent depuis celte procédure , prétendant qu'ils n'avoient point été libres en donnant leur requête, ni en choisissant les juges (2).
Dans la seconde session, les juges choisis dirent (3) : Il faut voir si la déposition d'Eb-
An de J.-C. 853.] LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME. 349
ceplé l'administration du baptême , étoit nul • et que ceux qu'il avoit ordonnés, mielnup
(1) 2, Ep. 5*.
(2) Narr. Cler. Rem.
bon a été canonique, et s'il a été rétabli : pour savoir si ceux qu'il a ordonnés depuis sa déposition doivent exercer leurs fonctions c'est à ceux qui ont ordonné Hincmar d'en répondre. Alors Théodoric, évêque de Cambrai, se leva, et présenta un écrit au concile, eiî disant : Je déclare de vive voix, et par cet écrit ce que j'ai vu et ouï de la déposition canonique d'Ebbon. Loup, abbé de Ferrières, en fit la lecture, et il contenoit comment Ebbon s'étoit reconnu coupable, et avoit été jugé tel par les évêques, qu'il avoit choisis pour juges et pour témoins, dont Thœdoric étoit; etqu'il avoit renoncé à l'épiscopat, suivant le jugement de quarante-trois évêques (1). On lut encore des actes, qui prouvoicnt que sa déposition avoit été confirmée par le pape Sergius (2) , et qu'il n'avoil pas laissé de reprendre irrégulièrement les fonctions de l'épiscopat. C'est ce qui fut fait en la seconde session.
Dans la troisième, les juges dirent : Nous voulons maintenant que les ordonnateurs dHincmar montrent qu'il a été canoniquement ordonné. Rothade, évêque de Soissons, se leva, et présenta les canons suivant lesquels un évêque métropolitain doit être ordonné; et que s'il n'est pas pris de l'église même , le clergé et le peuple de cette église doivent le Dostuler d'une église voisine. 11 produisit aussi les lettres canoniques d'Erchanrad, évêque de Paris (3) , du diocèse duquel Hincmar avoit été tire, confirmées par l'archevêque de Sens et ses autres sulTragants , par lesquelles il accor- (loit Hincmar au clergé et au peuple de Reims, dont il produisit aussi le décret de postulation! Par la lecture de toutes ces pièces, il fit voir quil avoit ordonné Hincmar amoniquement , ('n présence de tous les évc^iues de la province! ensuite, Hincmar seleva et produisit les lettres qu'il avoit reçues de ses ordonnateurs, suivant les canons, datées du jour et de l'année : plus, une lettre des évêques de toute la Gaule au pape, pour la confirmation de son ordination , parce que le pape Sergius avoit «onOrmé la condamnation d'Ebbon. 11 montra aussi au roi , qui étoit présent, et au confie, les lettres du roi, adressées au saint-siège pour l'approbation de son élection.
. En conséquence de ces lectures, le concile jugea, dans la quatrième session, qu'Hincmar 3voit été ordonné canoniquement , d'autant plus, qu'il avoit reçu du saint-siège le pallium. Puis les juges* demandèrent , ce que le concile décidoit touchant ceux qu'Ebbon avoit ordonnés depuis sa déposition. Alors Immon, <*vêque de JNoyon, se leva et produisit un rôle contenant les canons et les décrets des papes , F^ur montrer qu'Ebbon n'avoit pu donner à Personne ce qu'il n'avoit plus. Ainsi le concile décida, dans la cinquième session , que tout ce qu Ebbon avoit fait depuis sa déposition, ex-
V.?ÏP '»^- x'^vn, 11.47. (3) Sup.Uv.xLvin,n.28 (*) Sup. I. Lxvni, n. 8.
que ceux quil avoit ordonnés, quelque part qu'ils fussent , étoient privés à jamais des fonctions de leurs ordres. Un d'eux, nommé Frédebert , chanoine de l'église de Reims , dit qu'il s'étoit laissé ordonner par Ebbon, parce qu'il avoit vu que trois de ses suffragants, Rothade de Soissons, Siméon de Laon et Erpuin de Sentis, s'étoient assemblés dans l'église métropolitaine de Reims, avec les lettres de Tempereur Lothaire, et l'avoient rétabli. On produisit pour ce fait de prétendues lettres des neuf évêques de la province de Reims, qui furent manifestement prouvées fausses. Au contraire, Immon, évêque de Noyon, produisit un rôle, qui détruisoit ce que les complaignants avoient avancé, et montroit qu'ils avoient communiqué avec Ebbon depuis sa déposition. C'est pourquoi ils furent jugés calomniateurs , et comme tels excommuniés suivant les canons ; car leur ordination ayant été déclarée nulle, ils n'a voient point d'ordres ecclésiastiques pour être déposés.
Dans la sixième action , Hincmar reprît sa place, par le décret du concile , pour y présider avec les deux autres archevêques,'^dans ce qui restoit à terminer. Alors on examina l'affaire de Halduin ordonné diacre par Ebbon, et depuis ordonné prêtre par Loup, évêque de Chàlons. Loup se leva et produisit un écrit, contenant que pendant la vacance du siège de Reims , le roi Charles lui avoit commandé d'y faire le saint-chrême et les autres fonctiims nécessaires ; et en particulier d'ordonner prêtre Halduin et le consacrer abbé de Hautvilliers , et qu'il lui avoit été présenté avec les autres à l'ordination par l'archidiacre de Reims. Le concile jugea qu Halduin, ayant été ordonné prêtre par surprise, et sans être diacre, de voit être déposé. Dans la septième session on traita de ceux qui avoient communiqué avec Ebbon, dans la prière ou l'oblation. On trouva qu'ils étoient excommuniés suivant les canons , mais qu'Hincmar à son ordination les avoit réconcilies. Enfin , dans la huitième sessi<m , le concile, à la prière du roi Charles, leva l'excommunication prononcée dans la session cinquième contre les clercs , qui avoient prétendu être ordonnés par Ebbon. C'est ce qui reste des actes de ce concile : mais on y traita plusieurs autres affaires, comme on voit par les canons. '