X. Mort de saint AIdric, du Mans
Saint AIdric, évoque du Mans, affligé de paralysie, avoit écrit au concile pour s'excuser, de ce qu'il n'avoit pu s'y trouver et se recommander aux prières des évéques pendant sa vie et après sa mort ; ce que le concile lui accorda avec beaucoup de charité, et enjoignit à l'archevêque de Tours son métropolitain, d'aller au Mans, et y faire tout ce qui seroit à l'avantage de cette église. Saint AIdric vécut encore trois ans ; et après avoir rempli le siège vingt-quatre ans , il mourut en huit cent cinquante-six , le septième de janvier, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire (2).
Il fit pour l'util iti de ses prêtres un recueil de canons , tant des anciens conciles et des décrétâtes des papes , que des écrits des pères, des conciles où lui-même avoit assisté et des capitulaires des rois (3). L'an huit cent quarante, avant la mort de Louis le débonnaire, il tint un synode du clergé de son diocèse , où on régla la quantité de messes et d'autres prières que l'évéque devoit faire pour son clergé, elle clergé pour son évéque, tant de leur vivant qu'après leur mort (4). On composa même des messes exprès, qui ont des préfaces propres et dos clauses pour ajouter au canon. Entre plusieurs règlements qu'il fit pour le service divin , relui du luminaire m'a paru le plus remarquable. Il ordonna que dans sa cathédrale il y auroit toutes les nuits quinze lumières , dix d'huile et cinq de cire, pendant matines ; les dimanches trente d'huile et cinq de cire, et ainsi à proportion, en augmentant jusqu'aux fêtes les plus solennelles, qui en dévoient avoir au moins cent quatre-vingt-dix d'huile et de cire. On peut juger par cet exemple comment les autres églises étoient éclairées, et pourquoi dans les fondations et les donations qu'on leur faisoit il est tant parlé du luminaire.
XL Ravages des Normands.
Ce n'étoit pas sans grande raison que Ton
(1) G. 9, to.
(2 Conc. Suess. c. 4.
Sup. liv. XLVUI, n. 10. Mabill. Aoalect. 3, p. i85.
Martyr. R. 7jany.
f8) Costa n. 16, l Baulz. INliac. p. ii.
4; Ibid.n. 58, p UÔ,D 46, p. 111.
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parloit des monastères ruinés par les Normands. En huit cent cinquante-un, le treizième d'octobre , ils entrèrent dans la Seine , sous la conduite d'Hosery, qui avoit brûlé Rouen dix ans auparavant (1). Ils demeurèrent trois mois dans le pays, et ruinèrent entre autres le monastère de Fontenelle. Les moines, qui s'étoient déjà rachetés deux fois, n ayant plus d'argent à leur donner, prirent le parti de fuir; et, ayant déterré les os de saint Vandrille et de saint Ansbert, les emportèrent avec ce qui leur restoit de meubles (2). Ils se retirèrent dans le Ponthieu, et ensuite dans le Boulonois, où ils avoient des terres, et furent reçus charitablement par Hersende, abbesse de Blangy. Cependant les Aormands , trouvant le monastère de Fontenelle abandonné, le brûlèrent jusqu'aux fondements, le neuvième de janvier neuf cent einquante-deux , environ deux C( nts ans après sa fondation (3). Ils brûlèrent aussi Beauvais et le monastère de Flay, ou Saint-Germer, et , après avoir ravagé huit mois les environs de laStMue, ils s'embarquèrent le cinquième de juin, et retournèrent à Bordeaux, doù ils étoient partis (4).
L'année suivante, huit cent cinquante-trois, au mois de juillet, les JNormands vinrent dans la Loire et ravagèrent la ville de JVantes, le monastère de Saint-Florent et les lieux circonvoisins (5). IJelà ils remontèrent la Loire, et, s'étendant dans le pays, ils assiégèrent le Mans, d'où leur chef envoya jusqu'à Tours demander des contributions et faire des prisonniers. Alors, comme on ne doutoit point qu après avoir pris le INIans ils ne vinssent assiéger Tours , les chanoines de Saint-Martin, de l'avis des citoyens, enlevèrent le saint corps et le transportèrent à Cormery, et de là à Orléans (6). Les JNormands vinrent en effet à Tours, et y arrivèrent le huitième de novembre. Le Cher et la Loire débordées ayant inondé le pays, ils ne purent prendre la ville, niais ils ruinèrent et brûlèrent Marmoutier et y tuèrent cent seize moines. Vingt-quatre se sauvèrent dans des grottes avec lléberne, leur abbé, et quoique les IN ormands l'ayant trouvé lui fissent souffrir divers tourments, 'I ne leur découvrit ni ses confrères ni les trésors de l'église. Les JNormands s'étant retirés, les chanoines de Saint-Martin recueillirent jvec grande charité l'abbé de Marmoutier et les vingt-quatre moines , et les logèrent auprès de leur église. IJ Orléans, le corps de saint Martin fut transféré à Saint- Benoît-sur- Loire, ^1 de là à Auxerre, où il demeura trente-un 3ns. Héberne et ses vingt-quatre moines le suivirent et l'accompagnèrent toujours.