‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 63 sur 2407 · LIVRE QUARANTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-UNIÈME

VIU. ConciledcNcslerfeld.

En Angleterre , Tan sept cent trois , le roi Alfred assembla un concile à Neslerfeld, à cinq lieues de Ripon , où se trouvèrent presque tous les évéques de Bretagne, et Berthuald, archevêque de Cantorbéry, y présida (1). Saint Yilfrid fut invité à s'y présenter avec promesse de lui faire raison suivant les canons. Il y "vint, mais on ne lui tint point parole, caries évéques et les abbés qui avoient usurpé les biens de son monastère , soutenus par le roi , excitèrent de grandes contestations, voulant l'obliger à se soumettre aux décrets de l'archevêque Théodore. Saint Yilfrid répondit humblement qu'il vouloit obéir en tout aux canons.

Ensuite il leur reprocha fortement leur obstination, et leur demanda de quel front ils osoient préférer aux décrets des papes Agathon, Benoît et Sergius, ceux que Théodore avoit faits pendant la discorde. Ils ne lui répondirent rien de raisonnable ; mais un des serviteurs du roi , qui l'avoit nourri dés l'enfance , sortit de sa tente secrètement et vint trouver saint Yilfrid, car ce concile se tenoit dans une plaine où ils campoient. Cet homme avertit le saint évéque qu'on vouloit le surprendre en exigeant de lui une souscription dont il ne pût se dédire, aûn de le dépouiller de ce qu'il avoit, tant en Northumbre que dans le pays des Merciens. On le pressa en effet de le faire , et l'archevêque et le roi l'avoient ainsi décidé ; mais ses ennemis même trouvèrent que c'étoit trop maltraiter un homme si célèbre que de le priver de tous ses biens sans qu'il fût coupable d'aucun crime , et conclurent de le réduire à son monastère de Ripon, à la charge qu'il promit par écrit d'y demeurer en repos, de n'en point sortir sans permission du roi , et de n'exercer aucune fonction épiscopale. Saint Yilfrid , élevant sa voix, leur répondit hardiment -. Pourquoi me voulez-vous réduire à cette extrémité, que je me condamne moi-même? Ne scandaliserai-je pas sans sujet ceux qui savent que, depuis près de quarante ans , je porte , tout indigne que je suis, le nom d'évêque? Après la mort des grands hommes envoyés par saint Grégoire , j'ai déraciné le premier l'erreur des Ecossois, en ramenant toute la nation des Northumbriens à l'observation de la vraie pâque et de la tonsure en forme de couronne. Je leur ai appris les répons et les chants alternatifs , et j'y ai établi la vie monastique selon la règle de saint Benoît, que personne n'y avoit encore apportée. Quant à cette nouvelle question que vous formez contre moi , j'en appelle hardiment au siège apostolique, et j'invite quiconque d'entre vous me veut déposer à venir aujourd'hui avec moi y recevoir le jugement. L'archevêque et le roi dirent : Il se rend dès là digne d'être condamné , en préférant le jugement

(1) Vita per Eddi. c. 44. Sup. 1. xi^ d. 40.

des Romains au nôtre. Le roi offroit de le contraindre à main armée, mais les évêques le tirent ressouvenir de la sûreté qu'il lui avoit promise. Ainsi le concile se sépara , et saint Yilfrid retourna librement chez Ethelred , roi des Merciens. Ses ennemis déclarèrent les moines de Ripon excommuniés , en sorte que , si quelqu'un du peuple leur avoit fait bénir des viandes par le signe de la croix , on les jetoit comme si elles eussent été offertes aux idoles (1).

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