‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 64 sur 2407 · IX. Saint Vllfrid justifié à Rome · texte numérisé non relu

IX. Saint Vllfrid justifié à Rome

Cependant saint Yilfrid passa la mer avec quelques-uns des siens, et alla à Rome, où ils se présentèrent au pape Jean YI et lui demandèrent à genoux de recevoir leur mémoire, déclarant qu'ils ne venoient accuser personne , mais seulement se défendre contre ceux qui pourroient les accuser. Le pape et le clergé de Rome les reçurent charitablement ; tandis qu'ils attendoient la réponse du saint-siège , il arriva des députés de la part de Berthuald, archevêque de Cantorbéry, chargés d'une accusation par écrit contre saint Yilfrid (2). Le pape assembla un concile de plusieurs évêques avec son clergé. Saint Yilfrid s'y présenta, et on y lut sa requête, par laquelle il demandoit l'exécution des décrets du pape Agathon et de ses successeurs , Benoît .t Sergius , pour lui conserver son évêché d York et ses monastères dans les royaumes des Merciens et de Northumbre, offrant de rendre à l'archevêque de Cantorbéry le respect qui lui étoit dû selon les canons (3). Après la lecture de cette requête , on le renvoya, et on flt entrer les députés de l'archevêque Berthuald, qui proposèrent leurs accusations , et le concile promit de les entendre à loisir les uns et les autres.

On les lit venir ensemble, saint Yilfrid d'un côté avec les prêtres et les diacres qui l'accompagnoient ; de l'autre , les députés de l'archevêque Berthuald , qui dirent que l'évêque Yilfrid avoit méprisé en plein concile les décrets de l'évêque de Cantorbéry, établi par le saint-siège sur toutes les églises britanniques (4). Saint Yilfrid se leva , et sa vénérable vieillesse donnant plus de poids à ses paroles, il dit : Comme j'étois au concile, on m'envoya un évêque demander si je voulois me soumettre au jugement de l'archevêque. Je répondis qu'il falloit auparavant savoir quel étoit ce jugement. Il me dit que l'archevêque ne le vouloit point déclarer avant que j'eusse promis par écrit de m'y soumettre. Quelqu'etrange que fût cette proposition, je promis de me soumettre au jugement de l'archevêque en tant qu'il seroit conforme aux canons et au concile du pape Agathon et de ses successeurs.

Après cette réponse, le concile de Rome dé-

clara que l'évêque Yilfrid s'étoit défendu canoniquement ; puis les évêques qui le composoient se mirent à parler grec , en souriant et dirent plusieurs choses entre eux que les Anglois n'entendoient point. Enfin ils dirent : Yous savez, mes frères, que, suivant les canons, celui qui ne prouve point le premier chef d'accusation n'est pas admis à prouver les autres. Toutefois, pour le respect de l'archevêque et de l'évêque Yilfrid , nous examinerons à loisir tous les articles. Ils renvoyèrent ainsi les parties , et, continuant à s'assembler , ils tinrent, pendant quatre mois , soixante-dix congrégations. Saint Yilirid y fut pleinement justifié, et les actes de ce concile furent lus à haute voix devant tout le peuple , suivant la coutume des Romains. Ceux qui avoient vu saint Yilfrid du temps du pape Agathon le reconnoissoient et s'étonnoicnt avec indignation qu'on l'accusâtde nouveau. Enfîn,le pape Jean le renvoya absous, et écrivit une lettre aux deux rois Ethelred des Merciens, et Alfrid de Northumbre , où il parle ainsi : Nous admonestons Berthuald, évêque deCantorbèry, d'assembler un concile avec l'évêque Yilfrid , qu'il y fasse venir les évêques Boza et Jean, et qu'après les avoir ouïs il termine, s'il se peut, leur différent dans son concile , sinon qu'il les renvoie au saint-siège pour être jugés par un concile plus nombreux , sous peine à celui qui refusera de s'y trouver d'être rejeté, non-seulement de tous les évêques , mais de tous les fidèles (1). Le pape exhorte ensuite les deux rois à procurer l'exécution de ce décret (2). Boza avoit été intrus dans le siège d'York à la place de saint Yilfrid , et Jean , dans le siège d'Hagustad, à la place d'Eata , tous deux par l'autorité de l'archevêque Théodore (3).

Saint Yilfrid, après un jugement si favorable, vouloit demeurer à Rome et y finir sa vie déjà fort avancée, dans le détachement de toutes les choses du monde. Mais le pape et tout son concile lui commandèrent, en vertu de l'obéissance qu'il avoit promise, de retourner en Angleterre pour la consolation de ses peuples et la joie de ses amis. Il emporta de Rome des reliques , et des étoffes de pourpre et de soie pour l'ornement des églises , et repassa en France. Mais il fut attaqué d'une grande maladie ; en sorte qu'après avoir marché quelque temps à cheval il faUut le porter dans un brancard jusqu'à Meaux, où il arriva réduit à l'extrémité. Après avoir resté quatre jours sans pouvoir prendre aucune nourriture, saint Michel lui apparut, et lui promit encore quatre ans de vie. Il guérit en effet peu de jours après , et repassa heureusement en Angleterre (4).

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