I. Bardas rétablit les études à Constanlinople
Bardas César, oncle de l'empereur Michel , gouvernoit cependant à Constanlinople , sous ce jeune prince abandonné à ses plaisirs (1). Bardas releva les études tombées depuis longtemps , et presque anéanties par la rusticité et l'ignorance des empcTcurs précédents , et établit dans le palais de Magnaure des écoles de mathématiques et de philosophie , dont le chef fut Léon , surnommé le philosophe. Il étoit cousin germain du patriarche Janés, c'est-à-dire Jean Lecanomante , et a voit été lui-même archevêque de Thessalonique ; mais il faut parcourir la suite de sa fortune.
Léon étudia la grammaire et la poétique à Constanlinople, la rhétorique, la phih>sophie et l'arithmétique dans l'ile Antros, où il en apprit les principes. Mais, voulant en savoir davantage, il revint en terre ferme et parcourut les monastères, d'où, ayant tiré des livres, il se retira sur le haut des montagnes et se donna entièrement à l'étude (2). S'élant ainsi rendu le plus savant homme de son temps dans la philosophie et les mathématiques, c'est-à-dire l'arithmélique , la géométrie et la musique, il revint à Constantinople, où il menoit une vie tranquille et retirée dans un petit logement , recevant ceux qui venoient le trouver, et leur enseignant telle science qu'ils vouloient.
Entre plusieurs qui profltèrent de ses leçons, un jeune homme très-savant en géométrie se fit secrétaire d'un capitaine, le suivit à la guerre , fut pris par les musulmans , et devint esclave d'un des plus illustres d'entre eux. Le calife Almamon, qui régnoit alors, étoit, comme j'ai dit, très-curieux des sciences des anciens Grecs, particulièrement des mathématiques (3). Le jeune captif, ayant oui-parler chez son maître de la curiosité du calife pour la géométrie , dit qu'il voudroit bien l'en entendre parler lui et ses maîtres, parce que lui-même en avoit quelque connoissance. Le calife le fit venir en sa présence avec ses mathématiciens, à qui le jeune captif montra qu'ils ne savoient que les définitions et les axiomes , et non pas les démonstrations. Ils
(1) Post.Theoph.Iib.lv, n. 26. Cedren. to. 2, p. 547.
(3) Sup. I. XLVII, n. 42.
l'admirèrent , et lui demandèrent combien il y avoit à Constanlinople d hommes aussi savants que lui. Il répondit qu'il n'éloit qu'au raiii,' des disciples, leur parla de son maître, et leur décrivit sa vie pauvre ot retirée.
Almamon renvoya aussitôt le captif avec une lettre pour le philosophe Léon, où il l'inviloil à le venir trouver, promettant de le combler d'honneurs et de richesses ; mais Léon , craignant de se rendre susp(»ct si l'on savoit qu il eût reçu une lettre de l'ennemi de l'empire, la donna au logothète Théoctiste, qui en parla ;i l'empereur. C'étoit Théophile qui régnoit alors, et qui, ayant ainsi c(mnu le mérite de Lwn, le fil venir, l'enrichit et le logea prés de Icglise des Quarante-Martyrs pour enseigner publiquement. Le calife Almamcm, voyant quil ne pou voit le tirer de son pays, lui projX)sa par lettres plusieurs questions de géométrie el d'astronomie , et fut si satisfait de ses répoMse> qu'il écrivit à l'empereur Théophile, le priant de le lui envoyer pour un peu de temps, el offrant pour cet effet cent centenaires, c'est-àdire dix mille livres d'or, el une paix perpétuelle (i). Théophile ne jugea pas à pn)|K)S d'envoyer Léon ; au contraire , il le fit ordonner archevêque de Thessalonique par le patriarche Jean Lecanomante.
Léon se fit aimer de son peuple, particulièrement à l'occasion d'une grande famine, dont ils crurent qu'il les avoit délivrés, en leur marquant le temps auquel ils dévoient semer, qu'il prétendoit connoitre par les astres 2). Ayant occupé trois ans le siège de Thessalonique, il fut déposé avec k»s autres iconoclastes, et revint à Constanlinople, où tardas lui donna l'école de philosophie au palais de Magnaure (3). Théodore, son disciple, enseigna la géométrie, Théodège l'astronomie, H Cométas la grammaire. Bardas s'appliquoil lui-même en la jurisprudence, et assistoil continuellement aux jugements qui se rcndoienl à l'hippodrome (4).