‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 676 sur 2407 · XXI. Affaire de RoUiade de Soissons · texte numérisé non relu

XXI. Affaire de RoUiade de Soissons

Rothade, évêque de Soissons, se plaignit à ce concile de la sentence rendue contre lui Tannée précédente par Hincmar, son métropolilain. Il y avoit plus de trente ans que Rothade étoit évêque de Soissons, ayant succédé à un autre Rothade dès l'an huit cent trente-un. \ers l'an huit cent cinquantc»-huit, un curé du diocèse ayant été surpris d'un crime avec une femme, et mutilé honteusement en cette occasion, Rothade le jugea dans un concile de trente-trois évêques, le déposa, et en mit un autre en sa place. Mais l'archevêque H incmar, depuis long-temps mal content de Rothade, voulut, trois ans après, rétablir ce prêtre. Il m enlever le successeur dans l'église , un dimanche, comme il étoit prêt à célébrer la messe pour le peuple, se le fit amener, l'excommunia, le mit en prison, et nmit en possession l'ancien curé, prétendant que Rothade Tavoit déposé injustement. Rothade s'en plaignit, et nJncmar, dans un concile provincial tenu à ^int Crépin de Soissons,ran huit cent soixanteun, le priva, comme désobéissant, de la comniunion épiscopale, jusqu'à ce qu'il obéît (3). C'est de ce jugement que Rothade se plaignoit à Pistes; et comme Hincmar, au contraire, ^n demandoit la confirmation, Rothade ap- P^'a au sain; siège (4). Tout le concile déféra 3 1 appel, et Hincmar, obligé d'y consentir , fit jjiarquer un jour précis à Rothade pour son Qepart. Il se pressa de retourner à Soissons, et, Jjant tout disposé pour sou voyage de Rome, il ^rivitau roi Charles son maître, et à Hincmar, *^n métropolitain, leur recommandant son ^'•se pendant son absence. II écrivit aussi au Pjjeire, dont la déposition lui avoit attiré cette •^^re, afin qu'il vînt a Rome pour y être jugé

(3) Sup. I. XLIX, Q.

3) P. lîU, E.

(4j Tom. 8, p. 755, 770.

Ann. Berr. 80a.

'-0'm.au.83i,n,a^Xil)ell.

Rolh.t.8,Conc.p.787,E.An.

Bert. 861,1. 8,(;onc. p. 736.

(4) Lit)ell. Rolh. to. 8, Conc p. 785.

avec lui. Il envoya par le même porteur à un évêque de ses amis un mémoire , contenant ce qu'il de voit représenter aux évêques , qui ne vouloient point participer à sa condamnation , afin qu'ils fussent prêts à la défendre.

L'évêque, ami de Rothade, ne se trouva point auprès du roi ; mais Hincmar, qui y étoit, eut avis que le prêtre porteur des lettres avoit un mémoire pour les évêques, et persuada au roi d'assembler ce qui restoit d'évêques auprès de lui , et en leur présence pressa ce prêtre de montrer les lettres qu'il avoit pour le concile. Il eut beau dire qu'il n'étoil point envoyé au concile, le roi l'obligea à montrer le mémoire. Hincmar prétendit que par-là Rothade renonçoit à son appel , et se soumeltoit de nouveau au jugement des évêques. C'est pourquoi il persuada au roi d'envoyer à Soissons Trasulfe, abbé de Corbie, qui fit telle diligence qu'il arriva avant que Rothade fût parti pour Rome. Il vint dans le parvis de l'église , et défendit publiquement, de la part du roi et de l'archevêque , que personne suivît Rothade en ce voyage. Rothade, ne voyant point la cause de ce changement , protestoit qu'il vouloit partir et poursuivre son appel. Mais on l'arrêta , et on lui donna des gardes. Aussitôt on assembla un concile à Sainl-Médard de Soissons, et le roi y vint lui-même. Hincmar envoya trois évêques ordonner à Rothade de se présenter au concile. Il répondit qu'il n'osoit le faire au préjudice du saint-siège, auquel il avoit appelé et appeloit encore. Les évêques, ayant rapporté sa réponse au concile, furent renvoyés le citer de suite une seconde et une troisième fois. Comme il demeuroit ferme, ils lui proposèrent de venir au moins parler au roi , en un lieu proche du concile lui donnant leur parole qu'on ne lui feroit point de mal. Ceux du clergé de Soissons qui Taccompagnoient lui conseillèrent d'accepter ce parti. Il y consentit, et passa au lieu où on le conduisoit, revêtu de ses habits sacerdotaux , et portant sur sa poitrine l'Evangile et le bois delà croix, ce qu'il faisoit peut-être autant par respect pour le roi que par précaution pour sa sûreté.

On le fit entrer seul dans une chambre à la porte du concile, et il y envoya un diacre, nommé Luidon, prier le roi qu'il pût lui parler. Le roi vint, Rothade le supplia instamment de ne lui pas ôter la liberté d'aller à Rome qu'il lui avoit accordée. Le roi répondit : Cela regarde particulièrement votre métropolitain et le concile, je ne fais qu'obéir aux évêques , et aussitôt il rentra dans le concile. On envoya encore trois évêques de suite , qui pressèrent fortement Rothade de venir au concile , tantôt par prières, tantôt par menaces ; et, comme il persista dans son refus, on renferma dans la chambre où il étoit , et le concile, où présida Hincmar, le jugea et le déposa del'épiscopat. On lui envoya trois évêques , qui lui déclarèrent ce jugement en pleurant. Il se jeta par terre, les conjurant au nom de Dieu de ne pas préten-

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dre le juger, et de lui laisser la liberté d'aller à Rome. Aussitôt on Fenleva et on le mit en prison dans un monastère , ensuite on élut un autre évéque à sa place.

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