‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 678 sur 2407 · XXIV. Assemblée de Sabloniéres · texte numérisé non relu

XXIV. Assemblée de Sabloniéres

Leroi Charles, son oncle, futtrès-malcontenl de ce procédé, 11 avoit donné retraite à Thietberge, dont il prenoit ouvertement la protection, et cette même année, huit cent soixantedeux, il donna Vabbaye de Saint- Martin de Toursà Hubert, frère de cette princesse. Charh s avoit encore deux autres sujets de plainte contre Lothaire. La protection qu il donnoit à Ingeltrude, femme de Boson, fugitive depuis cinq ans (2) ; et ce qui le touchoit de près, à Judith, sa fille, enlevée par le comte Baudouin. Car Judith, étant veuve d'Edilulfe,roi des Anglois, étoit revenue en France; et ayant écouté les propositions de mariage que î audouin lui faisoit à linsu du roi Charles, son père, le suivit en habit déguisé , etse retira avec lui dans le royaume de Lothaire ; mais Charles fit condamner Baudouin et Judilh par les seigneurs de son royaume , et par les évéques , qui les excommunièrent. C'est de Baudouin que descendirent les anciens comtes de Flandres. Charles le ehauve ne vouloit donc point voir son neveu Lothaire, et le regardoit comme un excommunié.

Mais son frère Louis, roi de Germanie , lui envoya des ambassadeurs qui l'adoucirent , et lui persuadèrent de se trouver avec lui à Sabloniéres , près de Toul , où Lothaire devoit aussi se rendre (3). Charles, avant que de voir Lothaire, donna à Louis un écrit, contenant les causes de son mécontentement, et marquant qu'il craignoit de communiquer avec lui , à moins qu'il ne promit de se soumettre au jugement du pape et des évéques ; Charles envoya cet écrit a Lothaire par Louis et par

3uatre évéques, Alfrid d'Hildesheim , Salomon e Constance , Adventius de Metz et Hatton de Verdun. Ils rapportèrent que Lothaire promettoit de faire ce que désiroit Charles , qui le reçut et l'embrassa , étant accompagné aussi de quatre évéques : Hincmar de Reims, Ilincmar de Laon , Odon de Beauvais et Christian d'Auxerre. Cette assemblée de Sabloniéres fut terminée le troisième de novembre huit cent soUante-deux.

XXV. Le pape envoie des légats en France. Lothaire et Thietberge , chacun de leur côté,

HISTOIRE DU CHRISTIAMS;ME

[An de J.-C. 8C2.

(1) Ann. Mett.864. Ann.

Berlin. 863.

(2)Sup.n. 18. Ann. Ber-

lin. 862.

(3) lbid.Capiiul.Tit.35, tom. a^ p. 162.

avoient envoyé au pape Nicolas; Lothaire lui avoit envoyé deux comtes avec des lettres, portant que les évéques de son royaume, h quelques autres , lui avoient déclaré qu'il pouvoit quitter Thietberge et épouser Yaldrade, mais que pour garder l'ordre il vouloit avoir l'autorité du pap<î même, et attendoit son conseil , demandant pour cet effet des légats qui vinssent tenir un concile dans son royaume (1). Le pape lui manda qu'il lui en verroit certainement des légats , mais qu'il ne pouvoit sitôt , défendant de f;>ire cependant aucune délibération sur cette aifaire. Le pape, ignorant ce que Lothair ' avoit fait depuis au préjudice de sa défense, lui envoya, sur la fin delà même année huit cent soixante-deux, Rodoalde , évéquc de Porto , le même qui avoit été à Constaiilinople, et Jean, évêque de Ficole, aujourd hui Cervia dans la Romagne. Il manda au rui Louis de Germanie , et aux deux rois Charles, l'oncle et le neveu, d'y envoyer chacun deux évéques de leurs royaumes (2). Enfin il pria l'empereur Louis de faire conduire ses légats en sûreté au royaume de Lothaire, son frère. Le pape écrivit aussi aux évéques de Gaule et de Germanie de se» trouver à Metz, où se devoit tenir le concile, et d'y faire venir leroi Lothaire pour s'y défendre en personne. Le pape marque dans cette lettre qu il vient d'apprendre, comme il étoit prêt à envoyer ses légats, que Lothaire s'étoit déjà remarié, sans attendre le jugement du saint-siège. Dans une autre lettre, qui devoit être rendue aux évéques quand ils seroient assemblés à Metz (3) , le pape les exhorte à faire justice , et à lui envoyer les actes du concile , afin qu'il en puiss(>

Avec ces lettres , il y en avoit deux en faveur du comte Baudouin , l'une au roi Charles le chauve, l'autre à la reine Ermentrude, son épouse (4). Car Baudouin étoit allé h Rome se mettre sous la protection de saint Pierre et du pape, témoignant un grand repentir de sa faute. Le pape représ<'nte au roi que ce seigneur a gagné l'affection de Judith, et que si on le met au désespoir il est à craindre qu'il ne se joigne aux Normands. Les légats furent donc chargés de ces sept lettres, toutes datées du même jour, vingt -troisième de novembre huit cent soixante-deux.

Le pape leur donna aussi des instructions, portant que, si le concile de Metz ne s'assenibloit pas, ou si Lothaire différoit d'y venir, ils iroient le trouver , et lui dénonceroient ses ordres (5). Ensuite, ajoutoit-il, vous irez trouver le roi Charles , pour l'affaire de Baudouin, et vous ferez voir , en présence de tout le monde , les lettres synodiques et le mémoire que nous vous envoyons. Ce mémoire étoit tel : Lothaire soutient qu'il a reçu Yaldrade de sou

An de J.-C. 863.]

père , et qu'ensuite il a épousé la sœur de Hubert. Informez-vous soigneusement s'il a épousé Taldrade dans les formes et en présence de témoins, et pourquoi il l'a répudiée pour épouser la fille de Boson , c'est-à-dire Thietberge. Comme il dit que c'est par crainte , vous lui représenterez qu'un roi comme lui n'a pas dû craindre un particulier au péril de son âme. Que s'il n'est point prouvé qu'il eût épousé légitimement A aldrade , exhortez-le à se réconcilier avec Thietberge si elle est trouvée innocente. Car vous devez savoir qu'elle a réclamé jusqu'à trois fois le saint-siège , et que , quand elle y envoya son acte d'appel , elle déclara qu'on la vouloit contraindre à s'accuser d'un faux crime , protestant que si ou la pressoit davantage elle seroit obligée , pour sauver sa vie , à dire ce que l'on voudroit. Quand donc elle sera revenue au concile , examinez soigneusement ce qui en est.

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