‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 681 sur 2407 · XXVII. SuUe de raffaire de Rothado · texte numérisé non relu

XXVII. SuUe de raffaire de Rothado

Le concile qui de voit se tenir à Metz, pour Taffaire du roi Lothaire, étoit d'abord indiqué au jour de la puriûcalion, second de février huit cent soixante- trois (1). On le voit par une lettre d'Adventius de Metz à Theutgaud de Trêves , où il l'exhorte à soutenir le roi dans sa bonne résolution, de se soumettre à tout ce qui sera jugé meilleur selon Dieu. Le concile fut ensuite remis au quinzième de mars; et enfin il se tint à la mi-juin. C'est que Lothaire eut au commencement de cette année des affaires plus pressantes (2). Les Normands entrèrent en Frise, remontant le Rhin vers Cologne, et vinrent jusqu'à une île près de Nuitz. Le jeune roi Charles, frère de Lothaire, mourut, et il fut obligé d'aller en Provence partager ce royaume avec l'empereur Louis. Ces délais donnèrent le temps à Lothaire de corrompre les légats du pape • car il ne tint pas ferme dans sa bonne résolution.

Cependant les légats allèrent à Soissons trouver le roi Charles le chauve, qui les reçut honorablement dans l'abbaye de Saint Médard , et les retint quelque temps auprès de lui (3). Ils lui demandèrent le pardon du compte Baudouin de la part du pape , et, quoiqu'il ne l'accordât pas encore , il les renvoya avec des lettres et des présents. Désormais je nommerai ce roi simplement Charles, depuis la mort de son neveu, le roi de Provence

Tandis que les légats Rodoalde et Jean étoient à Soissons , le peuple vint leur demander à grands cris la liberté de Rothade, toujours prisonnier , et son rétablissement : quoiqu'Erchanrad , évéque de Chàlons, joignant les coups aux menaces, leur défendit de la part du roi et de l'archevêque de crier ainsi. Ce fut apparemment ce qui obligea les évêques de plusieurs provinces du royaume de Charles à tenir près de Senlis un concile, d'où ils écrivirent au pape, le priant de confirmer la déposition de Rothade, dont ils lui envoyèrent les actes (4). Ils demandoient aussi la confirmation des privilèges de leurs églises; et soutenoient que Rothade n'avoit pas du appeler à Rome, au préjudice des lois impériales qui le défendoient : et parce que sa cause étoit mauvaise dans le fond. Enfin, ils prioient le pape de prendre de meilleurs sentiments au sujet des femmes de Lothaire : supposant que ses légats, qu'ils savoient être favorables à Yaldrade, n'agissoient que suivant ses ordres, et ils lui demandoient la convocation d'un nouveau concile de toutes les provinces pour cette affaire. Odon, évoque de Beauvais , fut chargé de cette lettre , et d'autres d'Hincmar en particulier, et du roi Charles pour le pape.

(1) Ap. Baron, an. 862, (3) An, Bert. 863.

*n fine. (i) To. 8, Couc. p 761.

^ (2) Ep. ad. Hinc. t. 8, Kic. Ep. 32. Conc. p. Ï62, D.

Cependant les év<^ues du royaume de Lothaire, où llincmar u'étoit pas aimé, écrivireni aux évéques du royaume de Louis vu faveur de Rothade (1). La lettre porte en têu» les noms des cinq archevêques, Theulgaud de Trêves, Gonthier de Cologne, Ardui( de Besançon, Roland d'Arles et Thadon de Milan. Ils exhortent les évêques de Germanie à se joindre à eux pour ôter le scandale que cause la division entre ces deux prélats, l'un vénérable par sa dignité et sa science, l'autre par son grand ûge; et de s'informer exactement de l'affaire, pour ne condamner témérairement ni l'un ni l'autre. Toutefois, ils ne disent rien pour Hincmar, et rapportent au long les plaintes de Rothade, et les canoiLs qui semblent le favoriser.

Avant qu'Odon de Beauvais fût arrivé à Rome, le pape Nicolas étoit déjà instruit de l'affaire de Rothade, et en avoit ainsi écrit à Hincmar (2) : Nous avons appris, par le rapport de plusieurs personnes fidèles, quà votre poursuite notre frère Rothade, nonol)stant son appel au saint-siège, a ètè dépose absent et enfermé dans un monastère. C'est pourquoi nous voulons qu'il vienne à Rome incessamment avec ses accusateurs, et le prêtre qui a été le sujet de sa déposition; et si dans un mois après la réception de celle lettre vous ne rétablissez Rothade , si vous ne venez à Rome avec lui , ou un député de votre part , nous vous défendons de célébrer la messe , à vous et à tous les évêqutîs qui ont eu part à sa déposition , jusqu'à ce que le présent ordre soit exécuté. Le pape écrivit en même temps au roi Charles (3) , le priant de donner à Rothade la liberté de venir à Rome.

Mais après cpie l'évêque Odon fut arrivé, le pape, mieux instruit de l'affaire, écrivit plus fortement. Premièrement il répondit à la lettre synodique du concile de Senlis, refusant absolument d'approver la condamnation de Rothade (4). i\ous ne pouvons, dit-il, ju^er sans connoissance de cause. Odon n'a point voulu se rendre accusateur contre lui, et, quand il l'auroit fait, il n'y auroit personne pour le défendre. Nous trouvons fort mauvais que vous l'ayez déposé et enfermé au préjudice de son appel au saint-siège, comme il paroit par vos propres actes. Vous dites que, suivant les lois des empereurs , Rothade n'étoit point recevable en son appel , mais, quand les lois sont contraires aux canons, ils doivent l'emporter. Or, les appellations au saint-siège sont établies par le concile de Sardique; et il suffit que l'appelant prétende avoir bonne cause quand il ne l'auroit pas en effet. Le pape se plaint ensuite de ce qu on a ordonné un évéque en la place de Rothade, et ajoute les mêmes menaces qu'il avoit faites

à Hincmar; puis il dit (1) : Si vous continuez dans la désobéissance, nous relèverons Rothade de votre condamnation, et vous condamnerons vous-mêmes en plein concile.

Kous défendrons jusqu'à la mort les privilèges de notre siège, et vous y avez vousmême intérêt. Car que savez-vous s'il n'arrivera pas demain à quelqu'un de vous ce qui arrive aujourd'hui à Rothade? et, en ce cas, à qui aurez- vous recours?

Il s'excuse ensuite sur l'affaire de Baudouin, puis, venant à celle de Lothaire, il dit : Vous pourrez voir ce que nous en avons jugé par les lettres et les instructions dont nous avons chargé Rodoalde et Jean, nos légats. Vous y verrez que nous n'avons rien plus à cœur que de faire absolument cesser ce scandale, in sorte que si Lothaire n'obéit pas à cette fois, nous le retrancherons de l'Eglise. Et, pour désabuser les simples, il est bon que vous fassiez part à tous vos confrères de ce que nous pensons sur ce sujet, et que vous en instruisiez le peuple publiquement dans vos églises. Quant au concile que vous proposez , nous ne pouvons en délibérer qu'après que nos légats seront revenus , et nous auront rapporté ce qu'ils ont fait.

Le pape écrivit aussi par Odon à Hincmar , mêlant ses reproches de marques d'estime , et le renvoyant à la lettre précédente (2). Vous deviez, dit-il, ayant examiné tant de fois Ro thade , honorer la mémoire de saint Pierre en nous écrivant, et attendre notre jugement, quand même Rothade n'eût pas appelé. El ensuite : Vous nous demandez la confirmation des privilèges de votre éghse, et vous voulez alToiblir les nôtres autant qu'il est en vous. En effet , cette même année huit cent soixantetrois, Hincmar obtint du pape la confirmation des prérogatives de sa métropole et du concile de Soissons , tenu le vingt-quatrième d'avril huit cent cinquante-trois, où son ordination fut jugée canonique (3).

Le roi Charles et les évêques de son conseil avoient été choqués de la lettre du pape en faveur de Baudouin, rendue par les légats à Soissons. Ils croyoientque le pape n'avoit pas dû l'absoudre de leur excommunication , et trou voient qu'il parloit au roi en termes trop inipérieux. Le pape s'en excusa par la lettre dont il chargea Odon pour le roi. Nous n'avons point , dit-il (4) , délié Baudouin de Fanathème, et ne l'avons point reçu à notre communion. Nous avons aétesté son crime et pris part à votre juste douleur; mais, comme ïî s'étoitmis sous la protection de saint Pierre, nous n'avons pu lui refuser notre intercession , lisant toutefois de prières et non de commandenient. Il lui marque ce qu'il écrit aux évéques touchant Rothade , le priant et même lui en-

(1) Tom.8,Conc.p.702. (3) Epist. 31. (8) Epist. 29.. (i) Epist. 3a.

(2) Epist. 28.

(3) Tom. 8,Conc. p. 488.

Sop. 1. XLix. n.8.

(4) Epist. 301.

joignant de l'envoyer à Rome , et ajoutant encore des excuses des termes un peu durs dont il avoit usé dans les lettres précédentes.

Odon fut aussi chargé par le pape d'une lettre pour Rothade , où il le console et l'exhorte à venir à Rome sitôt qu'il en aura la liberté (1). Si on ne vous le permet pas, ajoutet-il , ayez soin de nous le mander , et ne cessez de recourir au saint-siège. Cette lettre est datée du vingt huitième d'avril , indiction onzième , qui est l'an huit cent soixante-trois, par où l'on peut juger que les autres dont Odon fut chargé sont de même date. Il demeura deux mois à Rome, et était de retour en France le vingttroisième de juillet, puisque Hincmar reçut ce jour-là les lettres du pape.

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