‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 707 sur 2407 · XLVIII. Fin de Golhescalc · texte numérisé non relu

XLVIII. Fin de Golhescalc

Le courrier d'Hincmar pour Egilon étoit sur le point de partir, quand il apprit que Gombert , moine de Hautviiliers, en éloit sorti secrètement avec des livres, des habits, des chevaux et tout ce qu'il avoit pu emporter. On disoit qu'il alloit en Italie porter au pape un appel de Gothescalc , enfermé dans le même monastère , avec lequel il avoit conféré secrètement, lui avoit rendu des lettres et en avoit reçu de lui (2). Hincmar, ayant appris cette nouvelle, écrivit aussitôt à Egilon une lettre qu'il le prie de tenir secrète , où il dit , parlant de Gombert : Il voit que le pape écoute les mauvais rapports qu'on lui a faits de moi, et qu'il a écrit au roi Charles qu'il ne peut pas toujours me protéger. Je ne sais pas en quoi le pape prétend m'a voir soutenu; s'il s'agit de Gothescalc, j'en ai rendu compte au légat Arsène, et j'en ai écrit au pape, pour savoir s'il vouloit que je le lui envoyasse ou que je le donnasse en garde à quelqu'autre. Que s'il veut l'entretenir lui-même, il faut que le roi l'envoie , car je n'ai pas assez de gens pour lui donner une escorte. Et ensuite : On dit que Gothescalc a beaucoup de partisans, tels qu'a été l'évêque Prudence , comme témoignent ses écrits, particulièrement les annales de nos rois, où il dit, lan huit cent cinquante-neuf : Le pape Nicolas confirme par sa décision la doctrine catholique, touchant la grâce de Dieu , le libre arbitre , la vérité des deux prédestinations , et le sang de Jésus-Christ répandu pour tous les fidèles. Hincmar ajoute : Ces annales sont entre les mains de plusieurs personnes : le roi en a un exemplaire qu'il m'avoit prêté , et que je lui ai rendu en votre présence. Hincmar nous apprend ici l'auteur de ces annales , connues à présent sous le nom de saint Berlin, à cause du monastère où elles ont été trouvées , et nous y lisons à la fin de l'an huit cent cinquante-

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[Ande J.-C. 866.

,(1) Sup. n. 33.

(2) Sup. I. XLVIII, n. 49.

Opusc 2i,to. â,i, p.290.

neuf les mêmes paroles. La suite est d'Hincmar ou de quelqu un de ses amis , qui , rapportant la mort de Prudence, dit (Ij : Quelquos années auparavant il avoit résisté à Gothescalc ; ensuite sa bile s'étant échauffée contre quelques évêques qui résistoient avec lui à cet hérétique, il devint le défenseur très-ardent de la même hérésie, et fit plusieurs écrits opposés entre eu\ et contraires à la foi. Hincmar ajoute dans sa lettre à Egilon : Si on vous demande comment Gothescalc est gardé , vous pouvez dire qu'il est nourri comme les frères de la communauté, qu'on lui donne suffisamment des habits et du bois pour se chauffer , et qu'il y a dans son logement une cheminée et tout ce qui est nécessaire. On ne lui refuse point le bain, mais depuis qu'il est entré dans ce logis il n'a pas même voulu laver ses mains ni son visage, en sorte que, s'il sortoitde prison, il feroit horreur. A cette leltre secrète, Hincmar en ajouta une qu'Egilon pouvoit montrer , où il explique au long les erreurs qu'il attribue à Gothescalc (2).

On ne sait si le moine Gombert alla jusqu'à Rome , et il n'en est plus parlé depuis ; mais il est certain que Gothescalc mourut dans cette prison peu de temps après , c'est-à-dire vers Tan huit cent soixante-huit (3). Hincmar, étant à Hautviiliers, fut averti par les moines que Gothescalc étoit à l'extrémité. Il lui envoya une formule de foi, qu'il devoit souscrire pour recevoir l'absolution et le viatique , mais Gothescalc la rejeta avec indignation. Hincraar, s'étant retiré , écrivit aux moines , que si Gothescalc se convertissoit ils le traitassent comme il leur avoit dit de bouche, sinon quils ne lui donnassent ni sacrements ni sépulture ecclésiastique, appuyant cet ordre de plusieurs autorités des pères (4). Gothescalc refusa jusqu à la fin de se rétracter, et l'ordre d'Hincmar fut exécuté.

Le roi Charles n'attendit pas la réponse du pape pour faire ordonner Vulfade archevêque de Itourges , mais il envoya son fils Carloman, abbé de Saint-Médard , pour le mettre en possession de cette église (5). Quand ils furent arrivés à Bourges, incontinent après la fin du concile de Soissons , et au mois de septembre huit cent soixante-six , Carloman fit consacrer Vulfade par Aldon de Limoges , suffragant de Bourges, et quelques autres évêques. Aldon fut saisi de fièvre pendant la cérémonie, et mourut peu de temps après : ce que les ennemis de Vulfade ne manquèrent pas de remarquer.

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