IX. Adrien II, pape
Son successeur fut Adrien II , né à Rome et flls de Talare , qui fut depuis évêque. Il étoit de la famille des papes Etienne VI et Sergius II (1). Grégoire IV le fltsous-diacre, ensuite 11 fut admis dans le palais patriarcal de Latran , et ordonné prêtre du titre de saint Marc, pape. Il étoit fort aumônier, et on dit qu un jour , distribuant aux pauvres quarante deniers qu'il avoit reçus du pape Sergius, avec les autres prêtres , ils se multiplièrent entre ses mains ; en sorte qu'après en avoir donné chacun trois à un grand nombre de pauvres et autant à chacun de ses domestiques , il en resta encore six. Il n'étoit pas moins charitable a exercer l'hospitalité. On l'élut pape tout d une VOIX après la mort de Léon IV , et encore après Benoît III ; mais il sut si bien s'excuser qu'il l'évita. Enûn, après la mort de Nicolas I»'' le concours de tout le peuple et de tout le clergé fut si unanime, les cris et les instances si pressantes , qu'il fut obligé d'accepter, quoiqu'âgé de soixante -seize ans. Il étoit marié sa femme, Stéphanie, vivoit encore, et il avoit une liUe. Plusieurs personnes pieuses, moines, prêtres et laïques, disoient avoir eu depuis longtemps des révélations qui promettoient à Adrien cette dignité. Les uns l'avoient vu dans le siège pontiGcal orné du pallium ; d'autres célébrant la messe revêtu de la chasuble , d'autres distribuant des pièces d'or dans la basilique, d'autres enfln marchant en cérémonie à Saint-Pierre sur le cheval du pape Nicolas.
On le tira donc de l'église de Sainte-Marie- Majeure, où il étoit souvent en prière, et on le porta avec empressement au palais patriarcal de Latran. Les envoyés de l'empereur Louis, l'ayant appris, trouvèrent mauvais, non pas qu'on l'eût élu pape, car ils le souhaitoient comme les autres, mais qu'étant présents, les Romains ne les eussent pas invités à l'élection. Les Romains répondirent qu'ils ne l'avoient pas fait par mépris de l'empereur , mais par prévoyance pour l'avenir, de peur qu'il ne passât en coutume d'attendre les envoyés du prince pour lélection du pape. Ils furent satisfaits de cette réponse, et vinrent eux-mêmes saluer Adrien. Le peuple vouloit qu il fût consacré sur-le-champ , et le demandoit à grands cris; mais il fut retenu parle sénat. On attendit donc la réponse de 1 empereur Louis , qui, ayant vu le décret de celte élection avec les souscriptions . écrivit aux Romains , les louant de l'avoir faite, et déclarant qu'il ne prétendoit point que l'on donnât rien pour la consécration d'Adrien , et que loin d'ôter quelque
.;ii.
mm
(1) VU. lo. 8, Conc. p. 882.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
chose à l'église romaine , il enlendoit que ce qu'on lui avoit ôté lui fût rendu.
Après donc que l'on eut fait , selon la coutume, les prières, les veilles et les aumônes, le samedi treizième de décembre huit cent soixante-sept, le lendemain dimanche, Adrien fut conduit à Saint-Pierre, et sacré solennellement par Pierre , évéque de Gabu , ville à présent ruinée, près de Palestrine, Léon de la Fôret-Blanche et Donat d Ostie. On prit ces trois évéques , parce que celui d'Albane étoit mort , et celui de Porto absent , savoir , Formose , envoyé par le pape Nicolas prêcher les Bulgares. A la messe que célébra le nouveau pape , tout le monde s'empressoit à recevoir de sa main la communion, et il la donna a quelques-uns. que ses prédécesseurs en avoient exclus. Car il admit à la communion ecclésiastique Theutgaud, archevêqne de Trêves, et Zacharie, évéque dAnagnia, excommunies par le pape Nicolas et le prêtre Anastase , que Léon et Benoît avoient réduits à la communion laïque. Toutefois, il ne les reçut qu'aprés la satisfaction convenable. Etant de retour au palais de Latran , il refusa les présents que les papes avoient accoutumé de recevoir, excepté ce qui pouvoit servir aux Uibles , disant : Il faut méprisiT ce honteux commerce d'argent, donner gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement , selon le précepte de Notre ScMgneur (1) , et partager les oblations des fidèles avec les pauvres , pour qui elles nous sont données.
Mais tandis qu'on sacroit le pape , Lambert, duc de Spolette, entra dans Rome a main armée , et l'abandonna au pillage aux gens de sa suite (2). Les grands rachetèrent leurs maisons par de grosses sommes ; on n epargna ni les églises ni les monastères, et plusieurs filles nobles furent enlevées. Les plaintes en étant portées devant l'empereur , Lambert perdit son duché, et encourut la haine de tous les François , comme ennemi du saint-siège. Le pape, de son côté, excommunia ceux qui avoient commis ce pillage , et nommément cinq des principaux , jusqu'à ce qu'ils fissent restitution et satisfaction, et il y en eut deux qui satisfirent. ,,. , .
Incontinent après l'ordination d Adrien , Anastase, bibliothécaire, en donna avisa Adon, archevêque de Vienne, en ces termes (3). Je vous annonce une triste nouvelle, helas! notre père Nicolas a passé à une meilleure vie le treizième de novembre , et nous a laissés fort désolés. Maintenant, tous ceux qu'il a repris pour des adultères ou d'autres crimes travaillent avec ardeur à détruire tout ce qu'il a fait, et à abolir tous ses écrits : on dit que l'empereur les appuie. Avertissez-en donc tous les frères , et faites pour l'église de Dieu ce que vous croirez qui puisse réussir. Car si on
(3) Tom. 8,Conc. p. 568.
(l) Math. X, 8% C8) P. 887.
[An de J.-C. 8C7.
casse les actes de ce grand pape , que deviendront les vôtres ? Mais , quoique nous ayons peu de gens qui n'aient fléchi le genou devant Baal , je sais qu'il y en a beaucoup chez vous. Nous avons un pape, nommé Adrien , homme zélé pour les bonnes mœurs ; mais nous ne savons encore s'il voudra se charger de toutes les affaires ecclésiastiques, ou seulement d'une partie. Il a une confiance entière à mon oncle Arsène votre ami , dont toutefois le zèle pour la réformation de l'Eglise est un peu refroidi , à cause des mauvais traitements qu'il a reçus du défunt pape , et qui l'ont attaché à l'empereur. Je vous prie de le ramener par vos sag(>s avis, afin que l'Eglise profite du crédit qu'il a auprès de l'empereur et du pape. Anastase ajoute par apostille : Je vous conjure d'avertir tous les métropolitains des Gaules, que si on tient ici un concile ils ne doivent pas travailler à déprimer le défunt pape , sous prétexte de recouvrer leur autorité. Vu principalement que personne ne l'a accusé, et qu'il n'y a plus personne qui le puisse défendre; qu'il n'a jamais consenti à aucune hérésie, comme on le suppose faussement, et n'a agi que par un bon zèle. C'est pourquoi je vous conjure, au nom de Dieu de résister à ce qu'on veut faire contre lui; ce seroit anéantir l'autorité de cette église.