LIVRE CINQUANTE-UNIEME
vous engagez davantage devant celui qui voit le cœur. Ne vous laissez pas tromper à ceux qui vous flattent, et sachez que la vérité no peut demeurer cachée. A cette lettre, le pape enjoignit une poiu- les évêques de Germanie, où il leur donne part de l'absolution de Valdrade (1). Elle est du douzième de février huit cent soixante-huit , aussi bien que celle qui est adressée au roi Louis de Germanie , et où il parle ainsi :
Notre cher ûls , fempereur Louis, combat, non contre les chrétiens , comme quelques-uns, mais contre les ennemis du nom chrétien, pour la sûreté de l'Eglise , principalement pour la nôtre, et pour la délivrance de plusieurs fidèles qui étoient en un extrême péril dans lo Samnium ; en sorte que les Sarrasins étoient prêts à entrer sur nos terres. Il a quitté son repos et le lieu de sa résidence , s'exposant au chaud , au froid , à toutes sortes d'incommodités et de périls. Il a déjà fait de grands progrès , plusieurs infidèles sont tombés sous ses armes victorieuses, et il en a converti plusieurs à la foi. C'est de quoi nous avons cru vous devoir avertir, aûn qu'il ne vous arrive pas d'attaquer rien de ce qui lui appartient , et non-seulement à lui , mais à Lothaire, car qui touche son frère le touche. Autrement , sachez que le saint-siége est fortement uni à ce prince, et que nous sommes prêt à employer pour lui les puissantes armes que Dieu nous met en main, par l'intercession de saint Pierre. 11 y avoit des lettres pareilles pour le roi Charles, et pour les évêques de son royaume, qui furent rendues à ce prince par l'évêque de Metz et le chancelier de Lothaire , le mardi des rogations , vingt-quatrième de mai , la même année huit cent soixante-huit (2).
Dès la fln de l'année précédente , le roi Lothaire avoit envoyé à Rome Thietberge , son épouse , pour demander elle-même la dissolution de son mariage (3). Mais le pape Adrien ne donna pas dans cet artifice , non plus que son prédécesseur, comme il paroit par une lettre vigoureuse qu'il écrivit à Lothaire, et dont apparemment l'évêque et le chancelier furent aussi chargés. Le pape y parle ainsi : La reine Thietberge , votre épouse , nous a expliqua* ses peines de sa propre bouche , et nous a di qu'à cause de quelqu'inûrmitè corporelle, e de ce que son mariage n'a pas été légitimemenl contracté, elle désire se séparer de vous, r«jnoncer au monde et se consacrer à Dieu. Ce»<' proposition nous a surpris; et, quoiqu'ell*^^"^ votre consentement , nous n'avons pu lui donner le nôtre : au contraire , nous lui avons enjoint de retourner avec vous, et de soutenir '* droit de son mariage. Quant aux raisons qu eli« prétend avoir de se séparer , nous avons renii?^ à les examiner mûrement avec nos frères daib un concile. C'est pourquoi nous exhortons votrt
(1) Regin. an. 868. Met- 867.
(2^ Gh. Caw. c. 30. An. (3) Adr Ep. U.
excellence à ne point écouter les mauvais con- S(mIs, mais recevoir cette reine avec l'aflection qui lui est due, comme une partie de vousmême. Que si la difficulté du chemin, ou quelqu'infirmité corporelle l'oblige à demeurer dans quelqu'une de ses terres en attendant le concile, elle doit y demeurer en sûreté, sous votre protection royale, et disposer des abbayes que vous lui avez promises de votre bouche, pour avoir de quoi subsister avec dignité. Si quelqu'un s'y oppose , il sera frappé d'ana- Ihème , et vous-même excommunié si vous y prenez part. Le pape approuve ici tacitement l'abus de donner des abbayes à des personnes séculières.
(1) Epist. 15,12.
(2) An. Bert. 868.
(3) Ibid. 807. Ep.33.