LIVRE CINQUANTE-UNIÈME
Il détruisît les lieux réguliers et les églises mêmes, brûla et dissipa tous les titres; et après sa mort, le comte d'Angers et d'autres s'emparèrent des terres de ce monastère. Du temps de Louis le débonnaire, un comte, nommé Roricon, et sa femme, Bilechilde, ayant résolu de quitter le monde, entreprirent de rétablir cette maison, aidés par Lambert, moine deMarmoutier, par Jacob, abbé deComery, et par Ingelbert, abbé de Saint-Pierre-des-Fossés, prés de Paris.
Ce dernier monastère fut fondé en six cent trente-huit, par Blidegisile, archidiacre de Paris, au lieu nommé le camp des Bagaudes, certaine faction qui s'éleva dans les Gaules, sous Mamien et Dioctétien. Comme en bas latin on nommoit un champ fossatum^ ce lieu fut nommé le Fossé ou les Fossés (1). Il est à deux lieues de Paris, dans une péninsule agréable, formée par la rivière de Marne. L'archidiacre, l'ayant obtenu du roi Clovis II, y fonda un monastère dédié à la Sainte-Vierge et à saint Pierre, dont le premier abbé fut saint Bal)olen, que l'église de Paris honore le vingt-sixième de juin. En huit cent quarantecinq, Gauslin, fils ou neveu de Roricon, et premier abbé de Glanfeuil, depuis le rétablissement transféra les reliques de saint Ma ur d'un lieu de l'église à l'autre , et trouva une vieille inscription en parchemin, qui portoit : Ici repose le corps du bienheureux Maur, moine et diacre, qui vint en Gaule du temps du roi Théodebert , et décéda le dix-huitième des calendes de février.
Les courses des Normands obligèrent les moines de Glanfeuil , à transférer ces reliques en divers lieux ; et ils les portèrent jusque sur la Saône , où un comte, nommé Audon , leur donna retraite dans une de ses terres en huit cent soixante-trois (2). Une partie des moines y demeurèrent pour garder le corps saint, et y faire l'office; les autres, retournant en Anjou, rencontrèrent une troupe de pèlerins qui revenoient de Rome, entre lesquels ètoit un clercduraont Saint-Michel, près d'Avranches, qui avoit d'anciens cahiers, contenant la vie de saint Benoit et de cinq de ses disciples, entre lesquels étoit saint Maur. Un des moines de Glanfeuil, nommé Odon, acheta ces cahiers et corrigea le mieux qu'il put la vie de saint Maur, dont le langage lui parut grossier, sans compter les fautes des copistes. Il employa à ce travail environ trois semaines. Cette vie porte le nom de Fauste, disciple de saint Benoit et compagnon de saint Maur; mais Odon y a laissé ou ajouté, sans y penser, plusieurs fautes considérables.
Après que les reliques de saint Maur eurent demcmré trois ans et demi dans la terre du comte Audon, le roi Charles les fit apporter
{i) AclaSS. Ben. lo. 2, p. 5ttl.Sup. l. MU, II. 18.
(2) Praef. Vit. S. Mauri.
Acla SS. B. to. 1, p. 175.
Boli to. 1, p. 1052.
au monastère de Saint-Pierre-des-Fossés, en huit cent soixante-huit, et cette dernière translation fut très -solennelle. Il y eut un grand concours de peuple : Enée , évéque de Paris , reçut le corps saint à l'entrée du monastère , et le porta sur ses épaules jusque dans Tègliso de Saint-Pierre, où il le mit dans un coffre de fer préparé exprès. C étoit le mercredi après le dimanche de la passion, septième jour d'avril. Enée ordonna que tous les ans, à parcMl jour de carême, ses successeurs iroient en procession à ce monastère en mémoire de cette solennité, ce qui a duré pendant plusieurs siècles; de plus, il donna au monastère une prébende entière dans l'église de Notre-Dame de Paris, comme il paroît par ses lettres. La prébende signifioit alors la portion que l'on fournissoit par jour à un chanoine pour sa nourriture (1). C'est le moine Odon, devenu abbé du monastère des Fossés, qui a écrit cette histoire, où il rapporte un grand nombre de miraclt»s arrivés en ces dilîérentes translations de saint Maur.