XIV. Traité d'Enée de Paris contre les Grecs
Ce fut environ le même temps qu'Enée , évéque de Paris, écrivit son traité contre les erreurs des Grecs. La lettre du pai)e Nicolas sur celte matière ayant été apportée en Francedès la fin del'annéi» huit cent soixante-sept (2), Hincmar la lut au roi Charles en présence de plusieurs évcVjues, à Corbény, maison royale du diocèse deLaon, et il fut résolu quel'onferoit écrire les évéqueset les docteurs les plus renommés. Hinemar envoya la lettre aux autres archev(H|ues , suivant l'ordre du pape; et le vingt-neuf décembre huit cent soixante-sept, il (nrivit à Odon, évéque de Beau vais, son suffragant, pour l'exciter à écrire sur cette matière. Odon le fit, et envoya son ouvrage à Hincmar, qui y trouva quelque chose à corriger. Katram, moine de Corbie, dans la même province de Reims, écrivit aussi sur ce sujet , par ordre des évéques, et dans la province de Sens cette cx)mraissi()n fut donnée à l'évéque de Paris.
De tous les écrits qui furent faits sur ce sujet, il ne nous reste que ceux d'Enée et de Ratram , composés vraisemblablement en huit cent soixante-huit. Car il neparoit pas qu'ils sussent encore la mort de l'empereur .Michel ni les démarches de Basile pour la réunion avec l'églist^ romaine. Le traité d'Enée de Paris est divise en sept questions ou objections. La première est celle de la procession du Saint-Esprit , sur laquelle il cite plusieurs passages du prétend u livre de saint Alhanase, de l'Unité delà trinilé. 11 cite ensuite saint Ambroise, saint Cyrille, saint Hilaire, Didyme d'Alexandrie, et enlin saint Augustin et d'autres pères latins (3). Car
tout son ouvrage n'est qu'un tissu de citations , sans dire presque rien de lui-même. La seconde question est celle du célibat des ministres de l'Eglise , sur laquelle il rapporte , premièrement, des passages de saint Paul (1) en faveur de la continence , les décrétales des papes saint Sirice, saint Innocent , saint Léon , et plusieurs autorités des conciles et des pères , la plupart pu concluantes. La troisième question est le jeûne du samedi et l'abstinence du carême. Sur quoi Enée dit ces paroles remarquables : L'usage de l'abstinence est différent selon les |)ays. L'Egypte et la Palestine jeûnent neuf s^'maines avant Pâques ; une partie de l'Italie s'abstient de toute nourriture cuite des trois jours de la semaine, pendant tout le carême et se contente des fruits et des herb(»s, dont le pays abonde. Mais ceux qui n'ont pas cette diversité d'herbes et de fruits ne peuvent se I^asser de quelque nourriture cuite au feu. La Germanie en général ne s'abstient p(»ndant tout le carême , ni du lait , du beurre et du fromage, ni des œufs, sinon par dévotion particulière.
La quatrième question est de l'onction sur le front par les prêtres; la cinquième, de l'usage de rascT la barbe; la sixième, de la primauté
(1) Gang. Glos. et 483. V. Mabill. Prsf. lo.
(2) Sup. n. 5. Flod. m, 0. Act. c i, n. 160. Hisl. c. n. Hinc. Opust% (3) To. 7, Spicil. iuit- ^*' 51. Flod. III, c. 33, p. 47\) 20, 35.
primauté du pape , sur quoi il cite principalement les lettres des papes , et ajoute à la fin (2) : Après que l'empereur Constantin se fut fait chrétien , il quilta Rome, disant qu'il n'étoit pas convenable que deux empereurs, l'un prince de la terre, l'autre de l'Eglise, gouvernassent dans une même vilh». C'est pourquoi il établit sa résidence à Constantinople et soumit Rome, et une grande partie de diverses provinces au siège apostolique. 11 laissa au pontife romain l'autorité œyale, et en fit écrire l'acte authentique, qui fut déslors répandu par tout le monde. On voit bien qu'il entend la prétendue donation de Constantin, si bien convaincue de faux dans les derniers siècles , et c'est le premier auteur que je sache qui l'ait allèguw. Il finit la question des diacres élevés immédiatement à l'épiscopat. Sur quoi il convient du fait , et dit, que l'épiscopat contient éminemment tout le sacerdoce. Il connoissoit si peu Photius, qu'il suppose que t^'est un homme marié , que l'on a tiré d'entre J^ bras de sa femme pour le mettre sur le î^iége épiscopal.