XV. Traité de Ratram. Procession du Saint-Esprit
L'écrit de Ratram contre les Grecs est plus considérable que celui d Enée (3). Il remarque dans sa préface , que les Grecs écrivant aux J'rançois du temps de Louis le débonnaire, ne leur avoient rien reproché de semblable. C'est 5uand Michel le bègue écrivit contre les 'ïuages(4). Ratram reproche aux Grecs que plusieurs hérésiarques sont sortis de chez eux , particulièrement de Constantinople , au lieu
(1) ICor.vilLc. 25, 184.
(3) Tom.8,Conc.p.i77.
(i) Sup. I. XLViU, n. 2
qu'il n'y en a jamais eu dans le saint-siège de Rome. Il avoue toutefois la chute du pape Libère.
L'écrit de Ratram est divisé en quatre livres, dont trois sont employés à traiter la question de la procession du Saint-Esprit, et le dernier à tous les autres reproches (1). D'abord il se plaint que des: empereurs se mêlent de disputer des dogmes et des cérémonies de la religion (2). Leur devoir, dit-il, est d'apprendre dans l'Eglise et non pas d'y enseigner. Ils sont chargés des affaires de l'état et des lois du siècle, qu'ils se tiennent dans leurs bornes, sans entreprendre sur le ministère des èvêques. Pourquoi ces nouveaux docteurs reprennent - ils maintenant ce que leurs prédécesseurs ont toujours respecté : l'église romaine n'enseigne ni ne pratique rien de nouveau.
Entrant en matière, il prouve par l'Ecriture que le Saint-Esprit procède du (ils comme du père (3). Jésus-Christ dit à ses disciples : Quand le consolateur que je vous enverrai de la part du père sera venu, l'esprit de vérité, qui procède du père. Vous insistez , dit-il , sur ces mots : Qui procède du père , et vous ne voulez pas écouter ceux-ci : Que je vous enverrai de la part du père. Dites comment le Saint-Esprit est envoyé par le fils. Si vous ne dites pas que cette mission est une procession, dites donc que c'est un service , et faites , comme Arius , le Saint-Esprit moindre que le fils. Assurément , en disant qu'il l'envoie il dit qu'il procède de lui. Peut-être direz- vous qu'il ne dit pas simplement : Je l'enverrai ; il ajoute : De la part du père. Les ariens ont fait les premiers cette objection , voulant établir des degrés dans la trinité ; mais le fils dit: Qu'il envoie le Saint-Esprit de la part du père, parce qu'il tient du père que le Saint-Esprit procède de lui. Au reste, en disant qu'il procède du père, il ne nie pas qu'il procède aussi de lui. Au contraire, il ajoute (4) : Il me glorifiera, parce qu'il prendra du mien et vous l'annoncera. Qu'est-ce que le Saint-Esprit prendra du fils , si ce n'est la même substance , en procédant de lui ? Aussi ajoute-t-il : Tout ce qu'a le père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra du mien et vous l'annoncera (5). Si tout ce qui est au père est au fils , l'esprit du père est aussi l'esprit du fils ; or, il n'est à l'un ni à l'autre , comme moindre ni comme sujet ; c'est donc comme procédant de l'un et l'autre. Aussi est-il appelé l'esprit de vérité : et le fils est la vérité , comme il dit lui-même (6). Et saint Paul dit : Dieu a envoyé l'esprit de son fils dans vos cœurs (7). Il ne dit pas son esprit, mais l'esprit de son fils : l'esprit du fils est-il autre que l'esprit du père ? Or, si c'est l'esprit de l'un et de l'autre , il procède de l'un et de l'autre. L'auteur rapporte plusieurs autres
(1) Tom. î,SpicU.
(2) Lib. 1, c. 2.
(4) Joan. XVI, U.