LIVRE CINQUANTE-UNIÈME
(a)C.2.Socr.v,Hlst.c.22.
(3) Sup. liv. xxvi,n. 60,
ii) Aug. Ep 80.
les Romains sont louables sur cet article ; et , s'ils le comprennent , il faut s'affliger de ce qu'ils parlent contre leur conscience. Si c'est condamner le mariage que de s'en abstenir , il a donc été condamné par tous les saints qui ont gardé le célibat , et par Jésus-Christ même, qui toutefois l'a autorisé, assistantà des noces. Les Romains en usent de même, puisque chez eux on célèbre des mariages. Mais les prêtres suivent le conseil de saint Paul, d'y renoncer, pour être dégagés des soins de la vie, et plus libres pour prier et exercer leur saint ministère (1).
11 n'y a que les évéques qui doivent faire aux baptisés l'onction du saint-chrême sur le front pour leur donner le Saint-Esprit (2). Outre la tradition de l'Eglise , nous avons l'autorité de l'Ecriture dans les actes des apôtres (3) , où il est dit que saint Pierre et saint Jean furent envoyés à Samarie pour communiquer le Saint-Esprit par l'imposition des mains. Ratram cite ici la décrétale du pape Innocent P^ à Décentius (4). Quant à ce que disoient les Grecs, que les Latins faisoient le chrême avec de l'eau , c'est , dit-il , une imposture j nous le fai.sons comme tous les autres , avec dubaïuneetdel'huile.Il est faux aussi que chez nous on consacre un agneau , et que l'on ordonne évêques des diacres sans avoir reçu l'ordre de prêtrise (5). Mais, les Grecs qui nous font ce reproche , ordonnent évêques de purs laïques. Quoique Ratram nie absolument ces deux faits , nous trouvons sur le premier, que Yalafrid Strabon , auteur du même siècle , et mort avant cette dispute , avoue qu'en quelques lieux on offroit près de l'autel un agneau le jour de Pâques : ce qu'il condamne comme un reste de superstition judaïque (6). Toutefois, on trouve encore dans le missel romain k bénédiction d'un agneau à Pâques , qui n'est qu'une simple prière , comme pour bénir le pain et les autres viandes , que les Grecs auroient eu tort de blâmer. S'ils entendoient autre chose, c'étoit un abus que les Latins rejetoient comme eux. Quant aux diacres ordonnés évêques, Enée avoue qu'on l'avoit fait quelquefois , et nous l'avons observé.
Ratram linit par la primauté de l'Eglise, que les Grecs prélendoient avoir passé de Rome à Constantinople avec l'empire (7). Mais, ditil , Socrate , historien grec , parlant du concile d'Antioche, assemblé par les ariens, dit que Jules, évêque de Rome n'y étoit point, ni personne pour lui , quoique la loi ecclésiastique défende de tenir des conciles sans le consentement de l'évêque de Rome. Dans le concile de Sardique , on permet à tout évêque déposé d'appeler à l'évêque de Rome (8). Les
(1) 1 Cor. VII, 6, etc.
(3) Act. VIII, U.
(i) Sup. liv. xxuKn. 32.
(6) V. Mabil. Prœf. to.
6, n. 162. Yalaf. de Rcbus.
Eccl. c. 18. Sup. liv. XLvni, n.ii.
(7) Object. 7. Sup. liv.
XI, n. 34. Soc. II, Hist. c. 8.
Sup. 1. XII, n. 10.
(8) Can. 7.
papes ont présidé par leurs légats à tous les conciles généraux célébrés en Orient , comme à celui de Nicée , par l'évêque Osius et les prêtres Yictor et Vincent. Les conciles qu'ils ont approuvés ont été reçus , ceux qu'ils ont rejelés sont demeurés sans autorité. Il rapporte ensuite ce qui se passa sous saint Léon , pour casser le faux concile d'Ephèse et tenir celui de Chalcèdoine, et le prouve par les lettres des empereurs et de ce saint pape. Puis il vient aux preuves du vicariat de Thessalonique. Enfin il montre que l'évêque de Constantinople a toujours été soumis au pape, et prétend que quand on lui a donné le titre de patriarche avec le second rang , ce n'étoit qu'un titre d'honneur sans juridiction.
XVn. Concile de Wormes.
On travailla aussi en Germanie à 'répondre aux reproches des Grecs , et ces réponses furent approuvées dans un concile tenu à Wormes, le seizième de mai huit cent soixante-huit , en présence du roi Louis (1). Le même concile fit plusieurs canons de discipline : on en compte jusqu'à quatre-vingt , mais on ne trouve que les quarante-quatre premiers dans les meilleurs exemplaires (2). On voit dans ces canons l'usage des pénitences canoniques , avec les différents degrés, comme dans les lettres du pape Nicolas I". Il est défendu aux maîtres de tuer leurs serfs de leur autorité privée, mais la pénitence n'est que de deux ans (3). Les enfants offerts aux monastères par leurs parents étoient encore censés engagés, suivant la règle de saint Benoit , et le quatrième concile de Tolède (4).
XVni. Lettres du pape à l'empereur Basile et au patriarche Ignace.
Les réponses aux reproches des Grecs n'eurent point alors d'effet, parce que Photius, qui en étoit Fauteur , étant chassé , il ne fut plus mention de cette dispute. La première nouvelle de son expulsion et du rétablissement d'Ignace fut apportée à Rome par Euthymius, spa taire ou écuyer , et envoyé de l'empereur (5) . L'abbé Théognoste , qu'Ignace avoit fait exarque des monastères de quelques provinces, étoit venu porter au pape les plaintes de ce patriarche , et demeuroit à Rome depuis environ sept ans. A cette heureuse nouvelle , il s'en retourna à Constantinople avec Euthymius; et le pape le chargea de deux lettres , l'une pour l'empereur Basile , l'autre pour le patriarche Ignace, datées du premier jour d'août, indiction première, qui est l'an huit cent
Cl) Ann. Fuld. [868, to.
8, Conc. p. 941.
(2) Nota Surii, p. 95i.
(3) Can. g5, 26, 27, etc.
(i) Reg. c. 59. Conc.
Toi. c. 49.
(5) Ep. Hadr. to. 8, Conc. p. 1086, £. Sup. 1. 1,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An deJ.-C. 868.
Ande J.-C. 808.]