XXIII. Lothaire en Italie
Cependant le roi Lothaire entra en Italie, voulant premièrement conférer avec l'empereur, son frère, et ensuite aller à Rome; car il espéroit que l'empereur lui feroit obtenir du pape la permission de quitter Thietberge et de reprendre Yaldrade (3) ; c'est pourquoi il ordonna àThietberge de venir à Rome après lui. C'étoit au mois de juin, et Lothaire, étant déjà à Ra venue , y rencontra des envoyés de l'empereur, son frère, occupé au siège de Bari contre les Sarrasins. Il mandoit à Lothaire de retourner dans son royaume sans s'arrêter plus long-temps en Italie, et remettre leur entrevue à un temps plus commode. Lothaire ne laissa pas de passer outre ; il alla trouver son frère à Rénèvent ; et , ayant gagné l'impératrice Ingelberge par prières et par présents , il obtint de l'empereur Louis qu'elle viendroit avec lui au monastère du mont Cassin, et que le pape Adrien s'y trouveroit par ordre de l'empereur. Quand il y fut, Lothaire le fit tant prier par Ingelberge, et lui fit tant de présents, que le pape promit de lui dire la messe et lui donner la communion , pourvu qu'il n'eût eu aucun commerce avec Valdrade, même de paroles, depuis que le pape Nicolas l'eut excommuniée. La communion fut aussi promise à Gonthier, archevêque de Cologne, qui étoit regardé comme le principal auteur du divorce de Lothaire , mais ce ne fut qu'en donnant cet écrit : Je déclare , devant Dieu et ses saints , à vous, mon seigneur Adrien, souverainpontife, aux évêques qui vous sont soumis et à toute l'assemblée , que je supporte humblement la sentence de déposition donnée canoniquement contre moi par le pape Nicolas ; que je ne ferai jamais aucune fonction sacrée si vous ne me
(1) To. 8, Conc p. 1127.
Hincm. tom. 2, p. 604.
Conc. Duziac. p. 1558,1645.
(2) Hincm. to. 2, p. 341«
(3) Ann. Berl. 86».
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rétablissez par j^âce; ot que je n'exciterai jamais aucun scandale contre l'église romaine ou son évéque , à qui je proleste d'être toujours obéissant. La date étoit du premier de juillet huit cent soixante-neuf, en l'église de Saint-Sauveur, au mont Cassin. Le pape ayant reçu cette déclaration, accorda la communion laïque à Gonthier.
Ingelberge retourna près de l'empereur, son époux, et le pape à Rome. Lothaire l'y suivit aussitôt, mais il demeura à Saint-Pierre, hors de la ville ; personne du clergé ne vint audevant de lui , il entra seulement avec les siens jusqu'au sépulcre de saint Pierre faire sa prière , puis il alla au logement qui lui étoit destiné près de l'église, et qu'il ne trouva pas même balayé ; c'étoit un samedi , et , le lendemain, il crut qu'on lui diroit la messe , mais il ne put en obtenir du pape la permission, tant il étoit encorft regardé comme excommunié. Ensuite il entra dans Rome, le pape le reçut avec honneur, et lui demanda s'il avoit observé exactement les avis du pape Nicolas. Le roi Lothaire répondit qu'il les avoit observés comme des ordres du ciel ; les seigneurs qui l'accompagnoient attestèrent qu'il disoit vrai, et le pape reprit : Si votre témoignage est véritable , nous en rendons à Dieu de grandes actions de grâce (1). Il reste, mon cher tils, que vous veniez à la confession de saint Pierre, où. Dieu aidant, nous immolerons l'hostie salutaire pour la santé de votre corps et de votre âme , et il faut que vous y participiez avec nous pour être incorporé aux membres de Jésus-Christ, dont vous étiez stparé.
A la fln d(' la messe, le pape invita le roi Lothaire à s'approcher de la sainte table, et, prenant à ses mains le corps et le sang de Jésus- Christ, il lui dit : Si vous vous sentez innocent de l'adultère qui vous a été interdit par le pape Nicolas , si vous avez fait une ferme résolution de n'avoir jamais en votre vie aucun commerce criminel avec Valdrade, votre concubine, appnichez hardiment, et recevez le sacrement du salut éternel qui vous servira pour la rémission de vos pi'chés ; mais si vous êtes résolu de retourner à votre adultère, ne soyez point assez téméraire pour le recevoir, de p<^ur que ce que Dieu a préparé à ses fidèles comme un remède ne tourne à votre condamnation. Le roi , sans hésiter, reçut la communion de la main du pape, qui se tourna ensuite à ceux qui accompagnoient le roi , et, en leur présentant la communion, dit à chacun d'eux : Si vous n'avez point consenti à ce qu'a fait Lothaire, voire roi, et n'avez point communiqué avec Yaldrade et avec les autres excommuniés par le saint-siège, que le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ vous serve pour la vie éternelle. Quelques peu se retirèrent, mais ils communièrent pour la plupart.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. 860
(1) Ann. Met. 869.