‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 750 sur 2407 · XXIV. Mort de Lothaire · texte numérisé non relu

XXIV. Mort de Lothaire

Le roi Lothaire, étant ainsi rentré dans la communion de l'Eglise, vint au palais de Latran, et dina avec le pape, à qui il fit de grands présents de vases dor et d'argent (1). Il demanda que le pape» lui donnAt une lionne, une palme et une férule , et il l'obtint ; lui et les siens interprétaient ainsi ces présents. Il prétendoit que la lionne signifioit Yaldrade qui lui seroit rendue ; la palme le succès de ses entreprises; la férule l'autorité avec laquelle il soumettroit les évéques qui lui résisteroient. La férule est une plante d'Afrique, dont la tige, ferme et légère, servoit de bâton aux vieillards pour se soutenir, et aux maîtres |M)ur chAlier leurs écoliers; c'étoit alors la marque d'autorité pour les évéques comme la crosse depuis (2); mais le pape Adrien avoit des pensées bien différentes du roi Lothaire. Il réservoit à juger l'affaire de son mariage dans un concile qu'il avoit indiqué à Rome pour le premi<T jour de mars de l'annéi» suivante, et, dès lors, il envoya Formose avec un autre évéque en Gaule, dans le royaume de Charles, pour examiner, avec les évtkjues du pays, les prétentions de Lothaire et en faire leur rapport au concile ; il y manda aussi quatre évéques du royaume de Louis de Germanie, et quelques-uns du royaume de Lothaire. Il pnUendoit que l'affaire seroit encore examinée dans ce concile par d'autres évéques d'Occident, et par quelqu(^ Orientaux qui viendroient avec les légats qu il avoit envoyés à Constantinople. Lothaire sortit de Rome rempli de joie, se croyant au-dessus de ses affaires, et marcha ainsi jusqu'à Luques, où la fièvre le prit. La maladie se mit dans ceux de sa suite , et il les voyoit mourir à tas devant ses yeux, mais il ne voulut point reconnoîtreque la main de Dieu étoit sur lui ; il arriva à Plaisance le samedi, sixième d'août, et y séjourna le lendemain. Ce jour, vers l'heure de none, il s'affoiblit tout d'un coup et perdit la parole. Il mourut le lendemain lundi , huitième d'août , à la deuxième heure du jour, et quelque jk^u de si»s gens, qui étoient restés de cette mortalité, l'enterrèrent dans un petit monastère près de la ville. 11 avoit régné près de quatorze ans depuis la mort de son père.

L'empereur Louis, prévoyant bien que le roi Charles, son oncle, feroit ses efforts pour s'emparer du royaume de Lolhaire , fit écrire par le pape plusieurs lettres pour détourner ce coup (3) ; la première aux st^igneurs du royaume de Lothaire, où il les exhorte à être fidèles à l'empereur Ixmis comme légitime héritier de son frère, et à ne céder aux promesses ni aux menaces de qui que ce soit pour se retirer de son obéissance, sons peine d'excommunication et d'anathème. La seconde lettre est aux seigneurs du royaume de Charles, contenant les

An de J.-C. 809. ]

mêmes menaces , et relevant les services que 1 empereur Louis rend à l'Eglise en combattant k»s Sarrasins, et la sainteté des serments que les rois frères avoient faits de conserver leurs partages entre eux et leurs neveux. Le pape ajoute : Si quelqu'un s'oppose aux justes prétentions de l'empereur, qu'il sache que le saintsiége est pour ce prince, et que les armes que Dieu nous met en main sont préparées pour sa défense. Ainsi, le pape se rendoit arbitre des couronnes.

Cette lettre étoit datée du cinquième de septembre huit cent soixante-neuf, et portée par deux évéques, Paul et Léon, légats envoyés exprés. Ils étoient chargés de deux autres lettres de même date (1) : l'une à tous les évéques du royaume de Charles, l'autre à Hincmar de Reims en particulier. Le pape les exhorte à détourner le roi Charles de cette injuste entreprise , et donne pouvoir à Hincmar d'agir en cette occasion comme délégué du saint-siège, répétant la même menace d'analhème; mais laffaire étoit consommée avant que les légats du papc^ pussent arriver en France.

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