XXV. Charles couronné roi de Lorraine
Car sitôt que le roi Charles eut appris la mort de Lolhaire, il marcha en diligence vers son royaume ; plusieurs seigneurs et plusieurs évéques se donnèrent à lui : il arriva à Metz le cinquième de septembre huit cent soixante-neuf, et le vendredi neuvième il fut couronné solennellement en cette manière (2).
Les évéques présents , au nombre de sept , s assemblèrent dans l'église cathédrale de Saint- Etienne, savoir : Hincmar, archevêque de Reims, Adventius, évéque de Metz , Dation de Verdun , Arnoul de Toul , Francon de Ton- {H-es, Hincmar de Laon, déjà délivré de pris<Jn, et Odon de Beauvais (3). Le roi et les seigneurs y étant , et quantité de peuple , l'évêque adventius prit la parole, et dit : Vous savez <'e que nous avons souffert sous le défunt roi, notre maître, pour des causes qui sont assez eonnues, et la douleur que nous avons sentie de sa malheureuse mort. Tout notre recours a ^té aux jeûnes et aux prières, nous adressant |> celui qui secourt les ailligés, qui donne les j>ODs conseils et distribue les royaumes, pour •p prier de nous donner un roi selon son cœur, ^t de nous réunir tous pour recevoir unanimement celui qu'il auroit choisi. Nous voyons ^ volonté dans le consentement avec lequel ^^us nous sommes volontairement donnés au foi Charles ici présent, légitime héritier de ce royaume. C'est pourquoi nous devons recon- 'ioltre qu'il nous est donné de Dieu , et le prier ^'il nous le conserve long-temps pour la défense de l'Eglise et notre repos. Mais il faut au-
(1) Ann. Berlin.
(2) Cang. Gloss.
(3) Hadr. Ep. 19.
<J) Epist. 21, 22.
(2) An. Bert. 869.
(3) Tom.2, Cap.p. 215.
Tom. 8,Conc. p. 1532. Ap. Hinc. tom. 1,p. 7 AU
paravant qu'il nous fasse, s'il lui plaît, entendre de sa bouche ce qui convient à un roi tres-chretien et à un peuple ûdèle
Alors le roi Charles dit : Ce discours fait an nom de tous les évéques et vos acclamations montrent bien que je suis venu ici par le choix de Dieu et pour votre salut. Sachez donc que je veux conserver son honneur et son service et celui des églises ; honorer et protéger chacun de vous selon son rang, et lui rendre justice selon les lois ecclésiastiques et civiles à condilion que chacun me rendra l'honneur 1 obéissance et le secours, comme vos prédécesseurs ont fait aux miens.
Ensuite , à la prière des quatre évéques de la province de Trêves , l'archevêque Hincmar prit la parole , et dit : Afin que personne ne trouve étrange que les évéques de notre province et moi nous mêlions des affaires d'une autre province, il doit savoir que dans la Gaule BeJn^ique , les églises de Reims et de Trêves passent pour sœurs et de même province et tiennent ensemble leurs conciles, où préside celui des deux archevêques qui est le plus ancien d ordination. De plus, nos confrères de cette province, n'ayant point de métropolitain m ont invité, par la charité fraternelle , à faire pour eux comme pour nous. Est-il ainsi, mes Ireres ? Les évéques de la province de Trêves repondirent que oui. C'est que le siège de Trêves étoit vacant par la déposition et la mort de 1 archevêque Theutgaud.
L'archevêque Hincmar continua : Outre les témoignages de la volonté de Dieu , que l'évêque Adventius vous a représentés , considérez que le père de notre roi, l'empereur Louis de sainte mémoire, descendoit, par saint Arnoul delà race de Clovis, qui fut converti par saint Rémi avec toute la nation des Francs , baptisé dans la métropole de Reims , et sacré roi d'une huile envoyée du ciel , que nous avons encore. Le même Louis fut couronné empereur à Reims, par le pape Etienne; et, après que quelques factieux lui eurent ôté l'empire, il lui fut rendu dans cette église de Metz et devant cet autel de Sfîin(-Etienne, où il fut couronné par les évéques (1). Nous y étions présents. Et parce que nous lisons dans les histoires saintes que les rois se faisoient sacrer pour chaque royaume qu'ils acquéroient , ces évéques jugent à propos, si vous en êtes d'accord, que ce prince soit couronné devant cet autel pour ce royaume, dont vous lui prêtez volontairement l'obéissance. Déclarez si vous en êtes d'ac^ cord. Tous le témoignèrent par leurs acclamations, et l'archevêque dit : Rendons-en grâce à Dieu , en chantant Te Deum. C'est la première fois que l'on ait avancé ces deux faits, que saint Arnoul descendît de Clovis, et que ce roi eût été sacré d'une huile venue du ciel. Ensuite, les six évéques prononcèrent chacun une oraison sur le roi devant l'autel de Saint- Ci) Sup. I. xLvi, D. 21. Ibld. n. 48.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Etienne (1) , et rarchevôque Hincmar ajouta une bénédiction solennelle, pendant laquelle il fit au roi l'onction du saint-chréme sur le front, depuis l'oreille droite jusquà l'oreiUe gauche, et sur la tête. Et, pendant qu'il prononcoit une autre bénédiction , les évéques mirent au roi la couronne, et lui donnèreut la pabne et le sceptre. Tout cela se fit avant la messe, à laquelle on fit mémoire de saint Gorgon , martyr que l'église romaine honore ce môme jour, neuvième de septembre , et on dit les oraisons pour le roi, telles que nous les disons encore (2).J