XXVI. Légats du pape à Constantinople
Tandis que ceci se passoit en France , les légats du pape Adrien arrivèrent en Grèce. Ils étoient trois, Donat, évéque d'Ostie, Etienne, évéque de JNépi, et Marin, un des sept diacres de l'égUse romaine, qui fut depuis pape (3) . Ils étoient chargés de deux lettres, l'une à l'empereur Basile, l'autre au patriarche Ignace, pour répondre à celles qui avoient été adressées au pape Nicolas. Dans la lettre à l'empereur , le pape Adrien déclare que lui et toute l'église d'Occident ont eu très-agréable ce qu'il a fait à l'égard d'Ignace et de Photius (4). Quant aux schismatiques , dit-il, comme ils ont péché diversement , ils doivent être diversement jugés, et nous en remettons la connoissance à nos légats avec notre frère Ignace. Yous pouvez compter que nous userons de clémence envers eux, excepté Photius , dont l'ordination doit absolument être condamnée. Nous voulons que vous fassiez célébrer un concile nombreux où président nos légats , et où l'on examine les dilîérences des fautes et des personnes (5). Que dans ce concile on brûle publiquement tous les exemplaires du faux concile tenu contre le saint-siege, et qu'il soit défendu d'en rien garder, sous peine de déposition et d'anathème. Nous vous demandons aussi que les décrets du concile de Rome, contre ceux de Photius, soient souscrits de tous, dans le concile qui sera tenu chez vous , et gardés dans les archives de toutes les églises. Nous vous prions de nous renvoyer Basile, Pierre, Zosime et un autre Basile, qui, se sentant coupables et animés de passion , ont abandonné leurs monastères, et, sans lettres de recommandation, sont allés à Constantinople. Nous voulons les faire rentrer dans les maisons où ils ont été élevés et ordonnés prêtres , et ceux qui les retiendront ne demeureront pas impunis. Ces moines étoient ceux qui avoient porté des plaintes à Photius contre le pape Nicolas , comme il paroit par sa lettre aux Orientaux, où il nomme Basile et Zosime (6).
(An de J.-C. 8079
An de J.-C. 869, 5 Oct]
(1) Ap.Hincm. I,p.744.
(2) Miss. Rom.
(3) Tom. 8, Conc. Vita Hadr. p. 889. Yila Ignat.
(6) Sup. liv. L, n. 57, p.
Dans la lettre au patriarche Ignace, le pape Adrien déclare qu'il suit en tout la conduite et les décrets de Nicolas, son prédécesseur, principalement contre Grégoire de Syracuse et contre Photius. Quant aux évéques, ajoutet-il, et aux clercs, qui ont été ordonnés jpar Méthodius et par vous, s'ils ont résistera Photius et souffert persécution avec vous, je les compte entre les confesseurs de Jésus- Christ, et suis d'avis qu'ils aient une place distinguée dans votre église , et reçoivent la consolation qu'ils méritent (1). Mais ceux d'entre eux qui ont pris le parti de Photius , s'ils reviennent à vous, en faisant la satisfaction dont nous avons donné le modèle à nos légats , nous avons jugé qu'on leur doit pardonner et leur conserver leur rang. La lettre est datée du dixième de juin , indiction seconde , qui est l'an huit cent soixante-sept.
Les légats , étant arrivés à Thessalonique, y furent complimentés par Eustache, palaire ou écuyer , que l'empereur Basile avoit envoyé au devant d'eux (2). Il les accompagna jusquà Sélimbrie ou Sélivrée , à cinquante milhs , c'est-à-dire seize lieues de Constantinople, où ils furent reçus par Sisinnius , protospataire, et par labbé Théognoste, qui avoit été à Rome de la part d'Ignace. On donna aux légats quarante chevaux de l'écurie impériale, un service entier de vaisselle d'argent pour leur table, et des officiers pour les servir. Ils arrivèrent ainsi au Château -Rond ou Strongile , aux portes de Constantinople , et y furent logés à une église magnitique , dédiée à saint Jean l'évangéliste. C'étoit le samedi, vingt-quatrième de septembre. Le lendemain, dimanche , ils firent ainsi leur entrée à Constantinople On leur donna de la part de l'empereur à chacun un cheval , avec sa selle dorée , et toutes les écoles ou compagnies des officiers du palais vinrent au devant jusqu'à la porte de la ville , avec tout le clergé en chasubles. De là ils commencèrent à marcher, précédés par Paul, garde-livres ,» Joseph , garde des vases sacrés , Basile , sacellaire ou trésorier, revêtus de leurs habits ecclésiastiques , avec tous les syncelles du patriarche. Les légats étoient suivis de tout le peuple avec des cierges et des flambeaux. Ils allèrent descendre au palais d'Irène, et y furent reçus par le secrétaire et l'écuyer Stratégius , qui les prièrent , de la part de l'empereur, de ne pas trouver mauvais s'il ne leur donnoit pas audience le lendemain , qui étoit le jour de sa
naissance.
Cette fête étant passée , l'empereur envoya au devant d'eux toutes les compagnies du palais , et leur donna audience dans la salle dorée. Sitôt qu'ils parurent il se leva , prit de sa main les lettres du pape, qu'ils lui présentèrent , et qu'il baisa. Il leur demanda des nouvelles de l'église romaine, de la santé du pap*î