LIVRE CINQUANTE-UNIÈME
étant un péchour manifeste , vous avez refusé d'entrer dans le concile de peur d'élre condamné. C'est pourquoi , par celle seconde monil.on, nous ordonnons que vous y serez amené malgré vous. Ensuite on le Gl entrer dans le concile.
Alors les légats du pape dirent au sénat : Qui est cet homme qui se lient deboul à la dernière place de ce concile? Les sénateurs répondirent : C'est Photius. Les légats reprirent: Esl-ce là ce Photius qui a donné tant de peine à l'église romaine depuis plus de sept ans ? qui a renversé de fond en comble l'église de Constantinople et fatigué jusqu'*! présent les églises mêmes d'Orient ? Les sénateurs dirent : C'est lui. Les légats du pape demandèrent s'il recevoit les .rdonna nées des pères. Les sénateurs dirent qu'il falloit l'interroger, elle lui firent demander par George , concierge du palais; mais Photius ne répondit point. Les légats du pape lui firent la même question , et y ajouté- ,rent : Recevez-vous l'exposition du pape \ïcolas? Et il ne répondit point Recevez-vous ce qu'a fait le pape Adrien, son successeur ? qu'il parle, qu il parle ! Photius cimtinua de ne poin répondre Les légats ajoutèrent *• ^ous avons ouï-dire qu'il est cloquent, et m)us savons que c'est un prévaricateur et un adultère; qu'il parle, qu'il parle ! Photius dit : Dieu entend ma voi\ s;ms que je parle. Les légats du pape lui dirent : Le silence ne vous délivrera pas d'une condamnation plus manifeste. Photius dit : Jésus même par son silence n'évita pas la condamnation.
Les légats d'Orient dirent : Celte comparaison de vous à Notre Seigneur Jésus-Christ, ne mérite point de réponse. 11 n'y a rien de commun entre la lumière et les ténèbr s (i), Jésus-Christ et Déliai. Mais repondez à la question de nos frères si vous recevez l(»s jugements des pontifes romains. Photius ne rép indil point. Les légats du pape dirent : Qu'il s'humilie, qu'il confesse son fiéché de vive voi\ el par écrit , qu'il analhématise ses écrits injurieux el ses procédures insolentes, faites par deux fois contre le patriarche Ignace, qu'il promette de ne plus rien entreprendre contre lui , mais de le reconnoître pour son véritable évêque , et qu'il embrasse avec respect les jugements du saint-siége, touchant Ignace cl lui. Comme Pho.ius conlinuoil de se taire, les légats ajoutèrent (2) : Voici un homme qui a bouché ses ohm Iles comme l'aspic, et ne veut point enlendre la voix du concile. Qu'on lise les lettres envoyées à son suj(^l par l'église romaine. On lui la lettre du jwpe Nicolas à l'empereur Michel, il la lettre à Pholius, portée par llodoalde el Zacharie , qui avoienl été lues dans la session précédente. Apréi la L'Clure de celte seconde, les métropolitiins demandèrent à Phoiius pourquoi il n'y réponduit point ; mais il demeura dans le si-
lence. On lut encore la loKre à l'empereur , envoyée par le secrétaire Léon (f ) ; el enfin la première à Pholius, du vingt-cinquième de décembre huil cent soixante, qui n'avoil point encore été lue, où le pape approuve sa confession de foi et refuse d'approuver son ordination.
Alors les vicaires d'Orient ayant demandé à parler, Elie monta sur la tribune, cl dit (2) : Vous savez que de tout temps ce sont les empereurs qui ont assemblé les conciles et fait venir les députés de toute la terre. On voit bien qu'il ne parlequedes conciles généraux, comme remarque Anaslase. Elie continu(î : L'empereur peut rendre témoignage d'où el par qui nous avons été envoyés. Depuis que nous sommes ici , où nous avons demeuré près de deux ans avant les légats de Home , un jour l'empereur nous mil au cou son reliquaire el nous dit : Dieu vous demandera compte au jour du jugement de celui que vous devez prononcer au nom de l'Eglise. Prenez donc garde, étant si avancés en âge, de ne ri<'n faire par prévention pour ou contre personne. Nous avons résolu de suivre inviolablemenl celle rè^lc. Ainsi , ce n'est poinl parce qu'Ignace est asbis dans ce trône el qu'il est en autorité que nous le recevons ; ce n'est pas aussi |)arce que Pholius esl ici debout cl paroit sans crètlit, que nous le condamnenms, mais nous n'aurons pas non plus pour lui une compassi(m déraisonnable. Vous voyez son profond silence, fondé sur ce qu'il rejette ce concile, comme il a fait assez enlendre par le peu qu'il a dit. P(»ur moi, qui suis syncelle de l'église de Jérusalem depuis sept ans entiers, je sais fort bien quo nous n'avons point reçu de lettres de lui, ni no lui en avons envoyé. Vous avez souvent ouï ce qu a dit li^ Irès-saint Thomas, mélropolitain de Tyr. 11 le dit encore, que le siège d'Antioch»' n'a point reçu de lettres de Photius , ni ne lui en a envoyé. Vous avez aussi vu ce que l'église romaine a ordonné de lui. C'est pourquoi je lui dis <Micore en face, afin qu'il le voie de >esyeux el lenlende de ses (ireilles. Car il esl condamné dès là qu'il n est reçu par aucune des chaires patriarcales; el c'est mal à propos qu'il alTecle de garder aujourd'hui le silence pour faire croirequ'il ne manque fH)int de raisons, il n'a rien à dire pour sa justification. Nous savons tous avec qu<'lle violence il a envahi le siège de Constantinoplo, el quelle violence il a exercée tant qu il l'a gardé. Nous lui conseillons donc el l'admonestons maintenant de reconnoître son péché ; et, s'il se repenl sincèrement, nous sommes d avis qu'il soit reçu dans l'église comme un simple fidéh' , avec espérance de la vie élernelle.
Ensuite on lut lavis des légats du pape en ces termes : Vous avez vu, mes frères, et vous avez ouï ce qui a été dit el fait en celte affaire depuis long-temps : tout le monde a
^V a Cor. yi, 15.
2) Ps. LVIf, 5
(t) Sup. I. L, n. 11
VU que la promotion de Photius n'étoît point recevable; et la déposition du patriarche Ignace injuste el irrégulière. Nous ne prononcenms donc point un nouv( au jugement , mais celui qui a été prononce par le pape Miolas et confirmé par le pape Adrien . Qui pourra désormais , s'il veut passer pour chrétien, recevoir <'elui qui n'a été reçu ni par noire siège apostolique , ni par les sièges des Orientaux ? Nous rejetons cet attentat, el nous défendons, sous peine d'analhème , que jamais à l'avenir, dans tous les sièges, un évéque légitime soit chassé par la faction séculière pour en mettre un autre à sa place, contre les règles. Dites si vous approuvez cet avis ; mais, quand vous ne l'approuveriez pas , nous élèverions notre voix dans le concile, comme sur une haute montagne , pour vous déclarer la procédure que nos pères ont faite. Après celle lecture, les légats demandèrent l'avis au concile, qui l'approuva entièrement.
lis admonestèrent encore Pholius de se soumettre au concile el à Ignace pour être reçu à la communitm laïque, el le patrie e Rabanes lui dit : Parlez, seigneur Photius, dites loul Ci» qui peut vous justifier ; le monde entier est ici , autrement craignez qu'enfin le concile ne vous ferme ses entrailles. Où voulez-vous avoir recours ? à Rome ^ voici des Romains; à l'Orient ? voilà des Orientaux. On fermera la porte ; et si ceux-ci la ferment , personne ne l'ouvrira. Dites, homme de Dieu, quelle esl votre justification. Pholius rèpimdit : Mes justifications ne sont pas en ce monde ; si elles éloient en ce monde , vous les verriez. Rabanes reprit : Nous croyons que la confusion el la crainte vous ont troublé l'esprit ; vous ne savez ce que vous dites; c'est pourquoi le concile vous donne du temps pour penser à votre salut. Allez; on vous fera revenir. Photius dit : Je ne demande p«jint de temps ; quant à rae renvoyer , il esl en votre puissance. Rabanes l'avertit encore de penser à lui , de considérer qu'ap es le départ des légats loul ce qu'il jKJurroit dire ou faire seroil inutile; mais, quoi qu'on lui put dire, il demeura obstiné dans son silence. Le c<»nciledit: Qu'il s'en aille, cl qu'il examine ce qui lui convient. Pholius sortit et on finit la session.