‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 778 sur 2407 · LI. Leitre de Photius contre le concile · texte numérisé non relu

LI. Leitre de Photius contre le concile

Cependant Photius, lom de s'humilier, témoignoit son mépris contre le concile, par les lettres qu'il écrivoit à ses amis. Yoici comme il parle à un moine, nommé Théodose (1) : Pourquoi vous étonnez-vous que les profanes président aux assemblées des plus illustres prélats? que les condamnés prétendent juger ; que les innocents leur soient présentés, environnés d'épées, afin qu'ils n'osent même ouvrir la bouche ? Vous en avez plusieurs exemples anciens et nouveaux. Anne , Caiphe et Pilate jugeoient ; et Jésus , mon maître et mon Dieu, et notre juge à tous, étoit présenté et interrogé. Il ajoute les exemples Je saint Etienne, de saint Jacques, évêque de Jérusalem, et de saint Paul; et continue : Toute la cruauté des persécuteurs contre les martyrs nous fournit de tels exem-

fdes. Ceux qui avoient plusieurs fois mérité a mort étoient assis gravement , revêtus du nom de juges ; ceux dont le monde n'étoit pas digne, comparoissoient devant eux pour être jugés à mort. JVe vous étonnez donc point de ce que l'on ose faire , et ne croyez pas que la patience de Dieu soit une preuve qu il abandonne les choses humaines : il dispose tout pour notre bien , par les secrets impénétrables de sa providence.

Photius écrit encore au même (2) : Quoique jusqu'à présent il soit sans exemple de transformer en évêques les députés et les esclaves des impies ismaélites , de leur donner les privilèges des patriarches, et les mettre à la tête d un conciliabule , ne le trouvez pas étrange, c'est une suite de leurs autres entreprises. Ils sa voient que la gnke du sacerdoce leur convenoit également aux uns et aux autres : une telle assemblée méritoit d'avoir pour présidents les envoyés des ennemis de Jésus-Christ. Et qui auroit pu s'assembler avec eux pour exercer leur fureur contre tant de prêtres de Dieu , sinon les ministres et les élèves des ennemis de Dieu ? Leur concile est un brigandage de barbares. On n'a produit ni témoins, ni accusateurs, ni formé aucune plainte particulière. Les martyrs, c'est-à-dire lui et ses complices, étoient environnés d'une armée de soldats, Tépée à la main, qui les menacoient de mort ; en sorte qu'ils n'osoient ouvrir la bouche. On les faisoit tenir debout des six heures et des neuf heures entières , parce qu'on ne se lassoit point de les insulter. C'étoit comme une représentation de théâtre , où Ton faisoit paroitre divers prodiges, et on lisoit l'une après l'autre des lettres barbares, remplies de blasphèmes : il veut dire les let-

(l) Episl. 117.

(î) Epist. 118.

très latines. Enfin, le spectacle finissoit sans aucune apparence d'action ni de discours raisonnable , mais par les clameurs insensées comme en des bachanales. On crioit : INous ne sommes pas venus pour vous juger , nous vous avons déjà condamnés : il faut vous soumettre à la condamnation. Quoiqu'un attentat si impie, si imprudent, si inoui, passe tous ceux des juifs, que le soleil a vus et que la lune a cachés , l'insolence des païens , la fureur et la stupidité des barbares, vous ne devez point vous en étonner ni admettre la moindre pensée de murmure contre les jugements de Dieu.

Il écrit encore ainsi à un diacre, nommé Grégoire (1 ) : Il y a long-t( mps que le concile des iconoclastes nous a anathématisés, non-seulement nous , mais notre père et notre oncle , c'est Taraise , les confesseurs de Jésus-Christ et la gloire des évêques. JMais en nous anathématisant , ils nous ont mis , quoique malgré nous , sur la chaire épiscopale. Soyons donc aussi maintenant anathématisés par ceux qui méprisent , comme eux , les commandements du Seigneur , et qui ouvrent la porte à toute sorte d iniquité, afin que, malgré notre négligence, ils nous enlèvent de la terre dans le royaume des cieux.

Et à Ignace , métropolitain de Claudiopolis (2) : L'anathème étoit autrefois à éviter et à craindre quand il étoit lancé contre les impies par ceux qui prêchoient la vraie religion. Mais depuis que limpudonce insensée des scélérats jette son anathème contre les défenseurs de la vraie foi , au mépris de toute loi divine et humaine et de toute raison , et veut faire passer pour loi ecclésiastique une fureur barbare , cette peine si terrible et la dernière de toutes , se tourne en fable et en jeu d'enfant; elle est plutôt désirable aux gens de bien. Car ce n'est pas l'audace des ennemis de la vérité qui rend terribles les peines , principalement celles de lEglise , mais la conscience de ceux qui les souffrent. En sorte que l'innocence se moque de leurs punitions, et attire des couronnes et une gloire immort( IL» à ceux qu'ils veulent punir. C'est pourquoi tous les gens de bien aiment mieux mille fois être outragés et anathématisés par ceux qui sont séparés de Jésus-Christ, que de participer à leurs actions impies en recevant les plus grands applaudissements. Telle étoit la fierté de Photius ; mais quel est le schismatique qui ne puisse en dire autant ?

LU. Théodore Aboucara.

Entre les évêques qui assistèrent au huitième concile , un des plus remarquables est Théodore , métropolitain de Cari , qui , ayant suivi le parti de Photius, se réunit de bunne

(1; Episl. 113.

(i) Epist. 115.

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JSb,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

t An deJ.-C. 87U.

foi à î^mce et à l'église catholique (1). Il nous reste de lui quelques écrits s(^us le nom de Théodore Abuucara, c'est-à-dire, en arabe , père de Carie : ce sont la plupart desdialoj^ues de controverse avec des in(idèles et dos hérétiques , particulièrement des nestoriens et dos eutyquiens. Ce qui m'y paroît de plus singulier , sont les disputes avec les musulmans , dont voici des exemples.

C'est , dit-il , la coutume des Sarrasins, s'ils rencontrent un chrétien, de ne le point saluer, mais de lui dire aussitôt (2) : Chrétien, rends tém )ignage qu'il n'y a qu'un Dieu sans égal , et que jMahomet est son serviteur et son en- Toyé. Un d'eux ayant donc fait celte p'-oposition à Aboucara, il répondit : N'étt's-vc us pas conl^'nt de porter faux témoignage sans y excitiT les autres ? Le musulman répon;lit : Je ne suis point faux témoin. Ne dites donc point, reprit Aboucara, que Dieu a envoyé M.shomet. Le musulman reprit : Je rends le même témoignage qu a rendu mon père. De cette manière, dit Aboucara, les Samaritains, les juifs, les Scythes , les chrétiens, les païens, seront tous dans la bonne créance , car ils suivent tous la tradition de leurs pères. Ne la suivez-vous pas aussi ? dit le musulman. Il est vrai , dit le chrétien ; mais mon père m'a enseigné de reconnoîlre un envoyé de Dieu , qui a été prédit auparavant , et s'est rendu digne de foi par des miracles. Votre Mahomet n'a ni l'un ni l'autre. Mais, dit le musulman, Jésus-Christ a dit danslEvangile : Je vous envoie un prophète, nommé Mahomet. Le chrétien répond : L'Evangile n'en fait point mention. Il y éloit, dit le musulman , mais vous l'avez effacé. Le chrétien répond : Celui qui demande en jus» lice une dette sans en avoir en main la promesse, qu'obtiendra-t-ildujuge? Rien, dit le musulman; mais quand je n'aurois point de preuves par l'Evangile , je montre que notre prophète est digne do la foi par ses miracles. Et quel miracle a-t-il fait ? Là-d(»ssus le musulman se jeta sur les fables, et fut enfm réduit à se taire.

Un des plus savants musulmans étant entré en conférence avec Théodore , celui-ci lui demanda (3) : De trois sortes d'homm(»sque l'on peut distinguer, sages, idiots et médiocrement raisonnables, y en a-t-il quelqu'espèce qui puisse recevoir un dieu cruritié? Non. Les chrétiens ne sont donc pas des hommes selon vous : toutefois ils sont bien au moins la quatrième partie du genre humain. Mais comment dites-vous que ces trois genres d'hommes ont reçu un dieu crucifié ? Supposez , dit le chrétien , que vous êtes dix chefs d'autant de nations idolâtres , Grecs , Romains , Francs, et ainsi du reste , et qu'il vient tout d un couo un étranger pauvre et mal fait , qui vous dit avec une grande hardiesse : Pourquoi vous

(l> Bibl. p. P. 10. 1, G, (2)C. 19.

égarez-vous en préférant l'impiété à la vraie religion ? Et quelle est, direz-vous, celle vraie religion ? C'est, dit-il , d adorer un dieu crucifié. Aces mots, grinçant les dents, vous vous jetez sur lui pour le tuer; et vous ne pouvez. Vous recommencez à l interroger, et lui dites : Dis-nous clairement cette doctrine si étrange. Il reprend ainsi : Dieu est descendu du ciel , s est incarné au sein d'une femme et s'est fait homme , il a été nourri comme un enfant ; étant poursuivi par ses ennemis, il a fui en Egypte : à son rel(mr il est pris, on lui donne des soufflets, on crache sur lui, on le couronne d'épines, on le met en croix, il expire, on l'ensevelit , le troisième jour il ressuscite, pour montrer qu'il n'avoit pas trompé ses disciples dans les grandes choses qu'il avoit dites. Après l'avoir ouï parler, nous direz : Mon ami, il n'y a pas un plus grand fou que loi. Mais encore, celui qui a tant souffert, qu'a l-il ordonné à ceux qui croiroienl en lui ? Il répond : De mener une vie dure, de s'abstenir du plaisir , de renoncer à la pluralité des femmes ; si on nous frappe sur une joue, présenter l'autre ; si on nous ùte le manteau , donner encore la tunique : aimer nos ennemis, bénir ceux qui nous maudissent, et prier pour eux. Vous demandez : Quelle récompense promet-il 'Il répond : Rien en ce monde ; mais quand vous serez ressuscité au dernier jour , vous jouirez d'une abondance infinie de biens éternels. Vous répondez : Mon ami , la foiblesse de celui que lu prêches est évidente , aussi bien que la difficulté d'observer ses préceptes ; mais la récompense est bien éloignée et bien douteuse : qui voudraembrasser cette religion' 11 répond: Dites moi , la créature obeit-elle à un autre qu'au créateur.^ Non, amenez-moi un aveugle. Je te dis , au nom de Jésus-Christ Nazaréen , né de Marie à Bethléem , pris par les juifs , crucifié, enseveli , ressuscite, ouvre les yeux. Aussitôt l'aveugle recouvre la vue; et par la même invocation il guérit des lépreux, et fait toutes sortes de mira< les. Tous ceux qui le voient, Siiges , idiots et entre deux, reccmnoissent clairement que le Nazaréen est Dieu et fils de Dieu, et qu'il a souffert tout cela volonliiremcnt, pour une cause qui nous est cachée. C'est ainsi que Théodore prouvoil la religion par les bassesses apparentes de Jésus-Christ, montrant en cette parabole la ma niére dont elle s'est effective ment établie.

Une autre fois, un musulman lui dit (1) : Evèquo , pourquoi croyez-vous plus permis d'avoir un<' femme que d en avoir plusieurs? O qui est mauvais en général est aussi mauvais en ses parties. Théodore répondit : Cette partie n'est pas comprise sous le général comme un tel homme sous la nature hun*aine, mais opposée comme le modéré à l'excessif, le juste à linjuste. Montrez-h'-moi , non par Isaïe ou Matthieu, à qui je ne crois pas, mais

An deJ.-C. 870.]

par des conséquences nécessaires de principes accordés. Comme il vous plaira. On se marie ou pour le plaisir, ou pour avoir des enfants. Depuis Adam jusqu'à présent, connoissez-vous quelqu'un à qui Dieu ait donné plus de délices qu'à lui ? Non. Et combien forma-t-il pour lui de femmes? Une seule. Donc le plaisir que donne une femme est plus parfait que celui qu'en donnent plusieurs. La conséquence est bonne ; mais il semble qu'on doit avoir plus d'enfants de plusieurs femmes. Théodore , y a-t-il eu un temps où la multitude des enfants fut plus nécessaire qu'en celui-là ? Non. C'est donc contre l'ordrede Dieu et par l'amour delà chair que l'on a permis la polygamie après la multiplication du genre humain , puisque , dans le temps où les hommes étoient si rares , le créateur a ordonné de se contenter d'une femme. Le musulman demanda une autre preuve, et l'évéque dit : Supposons deux esclaves d'un même maître qui les envoie voyager ensemble. Il permet à l'un de s'habiller autant qu'il voudra , et défend à l'autre de mçllre plus d'une tunique, à la charge que celui des deux qui aura froid recevra quatrevingts coups de fouet. Ce maître vous paroît-il juste, principalement si c'est au plus foible qu'il défend de porter plus d'une tunique ? Le musulman répondit : 11 est injuste. Et l'évéque reprit : Vous accusez donc Dieu d'injustice en disant qu'il a ordonné à la femme, qui est plus fragile, de se contenter du quart d'un homme ; et permis à l'homme , qui est plus fort , d'avoir quatre femmes , sans les troupes de concubines, sous peine de quatre-vingts coups de fouet pour chaque faute ? L'évéque avoit raison d'employer la comparaison des habits, car c'est celle donc Mahcmiet se sert lui-même , disant souvent dans l'Alcoran : Vos femmes vous sont nécessaires comme vos vêtements.

Autre preuve : Dieu aime-t-il la paix ou la guerre? La paix. Croyez-vous qu'un homme qui a plusieurs femmes soit plus en paix que s'il n'en avoit qu'une? Peuvent-elles jamais s'aimer entre elles? Non. N'emploient-elles pas souvent le poison contre leur mari et contre leurs rivales? et ne causent-elles pas des inimitiés irréconciliables entre leurs familles? Au lieu que le mariage de deux personnes réunit les parents de lun et de l'autre. Donc la monogamie est plus honnête et plus légitime que la polygamie.

Une autre fois un musulman lui dit (1) : Pourquoi vous moquez- vous des chrétiens, vous autres prêtres? De la même farine vous faites deux pains, vous en laissez un pour la nourriture ordinaire, vous distribuez l'autre au peuple en petits morceaux , que vous nom- Wîez le corps de Jésus-Christ , et vous assurez Qu'il peut donner la rémission des péchés. Vous trompez-vous vous-même, ou trompez-

CDC. M.

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