LIVRE CINQUANTE-UNIEME
vous les autres? Ni l'un ni l'autre. Montrez-lemoi, non par vos écritures, maispar des raisons de sens commun. L'évéque reprit : Votre mère vous a-l-elle mis au monde aussi grand que vous êtes? Non, j'étois petit. Qui vous a fait croître ? La nourriture avec la volonté de Dieu. Le pain est donc devenu votre corps? Je l'accorde. Comment Test-il devenu ? Je n'en sais pas la manière. La nourriture étant avalée descend dans l'estomac, et par la chaleur du foie qui l'environne s'y change en chyle , qui se mêle avec le sang, et par les veines se distribue à toutes les parties du corps. Imaginezvous que notre mystère s'accomplit de même. Le prêtre met sur la sainte table le pain et le vin. Il prie, et par cette invocation, le Saint- Esprit descend sur l'offrande, et par le feu de sa divinité change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus- Christ. N 'accordez- vous pas que le Saint-Esprit puisse faire ce que fait votre foie ? Je l'accorde, dit le musulman en soupirant, et il se tut. Quoi qu'il en soit de la justesse de ce raisonnement, on voit clairement ce que Théodore croyoit de l'eucharistie.
Entre les œuvres de Théodore Aboucara, on rapporte une grande lettre dogmatique, envoyée par Thomas, patriarche de Jérusalem, aux hérétiques d'Arménie. Théodore la dicta en arabe, et Michel, prêtre et syncelle, qui en lut chargé, la traduisit en grec. Elle contient la doctrine catholique sur l'incarnation, et la défense du concile de Chalcédoine. Si elle est du même Théodore, qui a assisté au huitième concile, il doit avoir vécu long-temps, car Thomas , patriarche de Jérusalem , mourut près de cinquante ans avant le huitième concile (1).
LUI. Normands en Angleterre.
Cependant les Normands ou Danois faisoient de terribles ravages en Angleterre (2). Ils a voient commencé dès le temps du roi Elhelulfe, mais sous les règnes foibles de ses trois lils, Ethelbalde, ElhelberletElhelred, ils trouvèrent moins de résistance. En huit cent soixante - sept , ils abordèrent en Estangle, d'où ils entrèrent en Norihumbre, prirent la ville d'York et ravagèrent toute la province. Ils détruisirent entre autres le monastère de Rardeney, et tuèrent tous les moines dans l'église. ICn huit cent soixante-dix , ils vinrent encore en plus grand nombre, sous la conduite de plusieurs chefs, dont les plus fameux étoient Unguard et Hubba. Le bruit de leur cruauté s'étant répandu partout, Ebba, abbesse de Collingham, assembla ses religieuses en chapitre, et leur dit : Si vous voulez me croire, je sais un moyen pour nous mettre à couvert de l'insolence de ces barbares. Elles promirent de lui obéir ; et l'abbesse, prenant un rasoir, se coupa
Ni
t. Il
CD C. i. Sud. liv. XLV, (2) WilI.Malmesbp.42. n. 56. Ingulf. p. S65. Mat. Wu«6t.
an. 870.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
(AndcJ.-C.STO
le nez et la lèvre d'en haut jusqu'aux dents. Toutes Tes religieuses en tirent autant, et les Normands qui vinrent le lendemain, voyant ces filles si hideuses, en eurent horreur, et se retirèrent promptemont ; mais ils brûlèrent le monastère et les religieuses dedans.
En celte même irruption, les Normands détruisirent les autres monastères fameux de cette côte. Celui de Lindisfarne, où étoit un siège èpiscopal, comme il a été dit; celui de Thynemoulh, ceux de Jarowetde Viremouth, que Bède a rendus si célèbres; celui de Slreneshal de ûUes, et celui d'Eli, dont ils tuèrent toutes les religieuses. Enfin Edmon, roi d'Estangle, ayantétè pris par les barbares, fut attaché à un arbre, percé de flèches, et décapité le vingtième de novembre, jour auquel l'Eglise Ihonore comme martyr (1).