‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 780 sur 2407 · LIV. Désolation du monastère de Croyiand · texte numérisé non relu

LIV. Désolation du monastère de Croyiand

L'abbé Théodore gouvernoit depuis soixantedeux ans le monastère de Croyiand , dans le royaume des Merciens (-2). Ayant appris la défaite des troupes qui s'étoient assemblées pour défendre le pays contre les Normands , il retint avec lui les moines les plus vieux et les enfants qu'on élevoit dans le monastère, croyant que les barbares en auroient pitié; et ordonna aux plus vigoureux d'emporter avec eux les reliques, savoir, le corps de saint Guthlac, sa dis(ipline et son psautier, avec les principaux joyaux et les titres du monastère, et se cacher dans les marais voisins, attendant l'événement de la guerre. Ils furent trente, dont dix étoient prêtres, qui se retirèrent ainsi, ayant chargé sur un bateau ce qui vient d'être dit. Quant aux vases sacrés, ils les jetèrent dans la fontaine du monastère, avec la table du grand autel, revêtue de lames d'or que le roi Vitlaf leur avoit donnée. Les trente, étant partis, se retirèrent dans un bois voisin, où ils demeurèrent quatre jours.

Cependant l'abbé Théodore et ceux qui étoient demeurés avec lui se revêtirent des habits sacrés, vinrent au chœur, chantèrent les heures, puis tout le psautier. L'abbé célébra la grande messe; lorsque lui et ceux qui le ser voient à l'autel eurent communié , les barbares se jetèrent dans l'église. Un de leurs rois, nommé Osketul, tua de sa main l'abbé sur l'autel, d'autres coupèrent la tête à ses ministres: les enfants et les vieillards qui fuyoient hors du chœur furent pris et tourmentés cruellement pour leur faire découvrir le trésor de l'église. Tugar, âgéde dix ans, voyanttuer le sous-prieur devant ses yeux dans le réfectoire, prioit instamment qu'on le fit mourir avec lui. Mais un comte normand, nommé Sidroc , eut pitié de cet enfant, qui

(t) Sup. I. xxxxni,n.l9. Martyr. R. 20nov. Abbo. ap. Sur. 20 nov. (2; Ingulf. p. 806.

étoit très-bien fait , et, lui ayant ôtéra cuculle, lui donna un manteau danois, et lii dit de le suivre sans le quitter; ainsi il fut seul conservé de ce massacre. Les Normands , ayant tué tous les moines sans trouver les trésors qu'ilscherchoient, brisèrent tous les tombeaux des saints, qui étoient des deux côtés de celui de saint Guthlac , faits de marbre , et n'y trouvant point de richesses ; de dépit ils mirent en un monceau tous les corps des saints et les brûlèrent , avec les livres sacrés , l'église , et tous les bàliments du monastère, le troisième jour de leur arrivée, qui étoit le vingt-sixième d'août huit cent soixante-dix.

Le lendemain ils marchèrent vers le monastère de Médeshamsted , dont ils trouvèrent les portes fermées et des gens pour le déf<Midrc. Ils 1 attaquèrent , et au second assaut le frère du comte ïlubba ayant été dangereusement blessé, celui-ci en fut si outré, qu'après la prise du monastère il tua de sa main tous ceux qui portoient l'habit monastique , au nombre de quatre-vingt-quatre. Tous les autels furent renversés, les sépulcres brisés, la bibliothèque, qui étoit nombreuse, brûlée, les titres déchirés, les reliques foulées aux pieds, Tégli>e brûlée avec tous les lieux réguliers , et le feu y dura quinze jours.

Le jeune Tugar, s'étant sauvé, revint à Croyiand , où il trouva que les trente moines étoient revenus et occupés à éteindre le feu, qui duroit encore dans les ruines du monastère. 11 leur compta comment labbé et les autres; avoient été tués, et toutes les circonstances de ce désastre. Après avoir répandu beaucoup de larmes, ils continuèrent leur travail, et, au bout de huit jours , trouvèrent près de l'aulel le corpsde labbé Théodore sans tête , dépouille de tous ses habits, à demi brûlé, écrasé par la chute des poutres et enfoncé en terre. Ils trouvèrent ainsi les autres en divers temps, et plusie rs loin des lieux où ils avoient été tués : deux, qui avoient vécu plus de cent ans, furent trouvés dans le parloir; c'étoit un lieu joignant le cloître , où l'on pouvoit parler dans les temps permis par la règle. On p<uit juger, par cet exemple, ce qui se passa dans les autres monastères ruinés par les Normands.

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