‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 78 sur 2407 · XXIII. Mort de Justinien. Philippitpje, empereur · texte numérisé non relu

XXIII. Mort de Justinien. Philippitpje, empereur

Trois mois après la nouvelle vint à Rome^ que 1 empereur Justinien avoit été tué, et Phihppique mis en sa place; et on en fut affligé , parce que le nouvel empereur étoit hérétique (2). Justinien se rendit si odieux par ses cruautés, que l'arméequ'il avoit envoyée contre la ville de Chersonne, prit le parti des assiégés

(1) Anast.

(2) S. Niceph.p, 30. Tb, «n. 6, p. 316.

[An de J.-C. 710.

jM

et proclama pour empereur un Arménien, nommé Bardane, qui y étoit en exil, et l'appela Philippique. Il vint droit à Constanlinople, et cepipndant on envoya contre Juslinien qui en étoit sorti, et qui fut pris. On lui coupa la léte , que Philippique envoya en Occident , et jusqu'à Rome. Tibère, lils de Justinien, étoit à Conslantinople , et se réfugia dans l'église de Blaquerne, où il tenoit d'une main un des pieds de la sainte table, de l'autre main la vraie croix , et avoit des reliques à son cou. Mais deux patrices , Maur et Jean , étant survenus, ce dernier entra dans le sanctuaire, et, sans s'arrêter aux larmes d'Anastasie, mère de Juslinien et aïeule de Tibère, qui étoit présente et se jetoit à leurs pieds, il arracha Tibère du lieu saint, après lui avoir Ole la croix qu'il posa sur l'autel, et le reliquaire qu'il mit lui-même à son cou. On enleva le jeune homme hors de l'église, et, l'ayant étendu par terre, on l'égorgea. Telle fut la fin de Juslinien et de son fils (1). Bardane ou Philippique étoit monolhélile, comme ayant élé inslruit dès l'enfance par l'abbé Etienne, disciple de Macaired'Antioche. Longtemps avant que d'élre empereur, il alla voir un jour un reclus du monastère deCallislrale, qui éloit aslrologue et lui dit que l'empire lui étoit destine. Bardane en fut troublé; mais le reclus lui dit : Si Dieu l'ordonne , y résisterez-vous ? Or, je vous avertis que l'on a mal fait de tenir le sixième concile. Abolissez-le quand vous régnerez , et voire régne sera long et heureux. Bardane le lui promit avec serment (2) Mais quand il vit Léonce empereur à la place de Juslinien , il alla Irou- Ter le reclus, qui lui dit : Ne vous pressez pas, vous serez empereur. Il y relourna voyant régner Apsimare, et le reclus lui dit encore : Ne vous pressez point , l'empire vous attend. Apsimare, l'ayant appris, fitfoueller Bardane, lui fit raser la léle, et l'envoya chargé de fers à Céphalonie , mais Justinien étanl rétabli le rappela (3).

Philippique, étant donc parvenu à l'empire, tint parole à son reclus ; car, avant que d'entrer dans le palais , il en fit ôter l'image du sixième concile qui étoit dans le vestibule, disant qu'il n'y entreroit point autrement (4). Ensuite il fit tenir un concile où le sixième concile général fut condamné, et le reclus devint aveugle la même année. L'empereur fil aussi chasser de l'église le patriarche Cyrus, le confina dans le monastère de Chora , et mit à sa place Jean , monothélite comme lui. Germain

mélropolilaindeCyzique(5),favorisaaussi cette entreprise de l'empereur, aussi bien qu'André évéque de Crète, Nicolas, savant médecin et questeur, Elpide, diacre delà grande église Antiochus, garde des chartes, et plusieurs

(1) Agalh. l. 6, Conc. p.

1405, A. Thcoph. p. 319.

(2; Sup. I.xv,n. 5i.

(3) Ib. n. 57.

(i) Agalh. Ep.

(5J S. Nie. p. 31.

autres, tant évéques que sénateurs ; et Philippique persécuta ceux qui ne voulurent pas souscrire à ce concile, jusqu'à en bannir quelques-uns. Il fit mettre dans les dypliques les noms de Sergius, d'Honorius, et des autres que le sixième concile avoit condamnés, releva leurs images. Peu de temps après, ayant trouvé dans le palais les actes du sixième concile, écrits de la main d'Agathon , alors diacre et bibliothécaire de la grande église de Conslantinople, il les fit brûler publiquement.

Il envoya au pape Constantin une lettre où son erreur étoit exprimée , mais le pape la rejeta de l'avis de son conseil (1). Le zèle du peuple en fut excité, et on éleva dans l'église de Saint-Pierre une image qui contenoi lies six conciles généraux. Le peuple alla plus loin, il ne souffrit point que l'image de l'empereur hérétique fût portée dans l'église , ni son nom prononcé à la messe : il ne voulut recevoir ni ses lettres ni sa monnoie. Il refusa de reconnoilre Pierre, envoyé de Ravenne avec des lettres de l'empereur pour avoir le gouvernement de Rome, etCristofle, qui en étoit en possession , lui résista à main armée. Il y eut un combat dans la rue sacrée devant le palais, où plus de vingt-cinq hommes, tant de lun que de l'autre parti, furent tués. Enfin le pape envoya des évéques avec des évangiles et des croix qui apaisèrent la sédition. Le parti de Pierre étoit le plus foible, et lui-même désespéroit de sa vie ; mais l'autre parti se retira à l'ordre du pape : ce qui releva celui de Pierre, comme s'il eût élé victorieux. Peu de temps après, on apprit, par des lettres de Sicile,que Philippique avoit été déposé, et Anastase, catholique, reconnu empereur. Ce qui couvrit les hérétiques de confusion. Toutefois, Pierre obtint à la fin le gouvernement de Rome.

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