LIVRE CINQUANTE-DEUXIEME
des évéques de sa dépendance, et nous vous aurions condamné sans les prières du duc Ursus. C'est pourquoi nous vous appelons pour la troisième fois , et vous ordonnons dv vous trouver à Rome, à noire concile , le treizième de février. Le pape reproche à deux autres évéques, Félix et Pierre, de n'avoir pas accompagné leur métropoli(ain quand il est venu à Rome, et d'avoir pris le parti de ses ennemis ; il ordonne à Dominique d'Olivole à Venise et à Léon de Capri de demeurer sur les lieux, atin, dit-il, que, si les autres viennent aa concile, vous puissiez suppléer à leur absence pour tout ce qui regarde le ministère épiscopal (1).
En même temps, le pape écrit à Ursus, duc de Venise (2) : Vous aviez promis d'envoyer à Rome Dominique, prétendu évéque, accompagné de votre fils , pour terminer l'affaire de Pierre , évéque de Grade ; mais vous n'avez pas tenu parole. Cependant 1 évéque Pierre est Tenu, sans élre accompagné d'aucun de ses suffragants. C'est pourquoi nous ordonnons à Dominique de se trouver à Rome, du moins au premier de février, pour se purger de la brigue dont il est accusé; et, afin qu'il ne dise pas qu'il ne peut venir sans les évéques , nous en avons mandé deux, Félix et Pierre, pour terminer l'affaire avec ceux qui en ont connoissance. Nous avons aussi mandé à l'archidiacre de Torcelle, l'abbé d'Altino et les autres personnes nécessaires. C'est pourquoi nous vous le faisons savoir, afin que , suivant l'usage des princes chrétiens, vous les aidiez en ce voyage de vos libéralités. Ces quatre lettres sont du premier de décembre huit cent soixante-seize (3). Le pape les adressa à un évéque nommé Deltus , en qui il avoit une confiance particulière, le chargeant de les rendre à ceux à qui elles étoient écrites, et les faire lire à Torcelle en présence du clergé et du peuple, d'en procurer l'exécution autant qu'il luiseroit possible, et en rendre compte au pape.
Le concile de Rome se tint en effet l'an huit cent soixante-dix-sept ; mais les évéques de Vénétie n'y vinrent point, et tout ce qui nous reste de ce concile est la confirmation de Télection de l'empereur Charles , apparemment à cause de l'opposition de Carloman , son neveu , roi de Bavière, qui prétcndoit se rendre maître de l'Italie. Charles avoit envoyé à Rome, au mois de février de cette année, Adalgaire, évéque d' Autun , pour procurer la tenue de ce concile (4). Les actes que nous en avons commencent par un grand discours du pape à la louange de l'empereur Charles , qui ne s'accorde guère, ni avec ce que les papes Nicolas et Adrien avoient écrit contre ce prince , ni même ayoc la vérité de l'histoire. Le pape Jean y dit entre autres choses : Et parce que
(l) Ep. 16.
l (2; Ep. 17.
^ (3) Epist. «5.
(4) An. Fuld. 870, »77 Berl. 877.
nous savons que la même pt^nsée avoit été nivelée au pape Nicolas par inspiration céleste, nous l'avons choisi, de l'avis de nos frères, les évéques, des autres ministres de 1 église romaine, du sénat et de tout le peuple romain; et, selon l'ancienne coutume, nous l'avons élevé solennellement à la dignité impériale, avec l'onction extérieure, signe de l'onction intérieure du Saint-Esprit. 11 ne s'est point ingéré de lui-même à cette dignité, et ne se l'est procurée par aucun mauvais artifice : c'est nous qui l'avons désiré et demandé. C'est pourquoi je vous prie, mes frères, que nous réitérions ici et confirmions celle élection. Les évéques répondirent qu'ils le désiroienl, et le pape prononça le décret de confirmation de l'élection faite Tannée précédente pendant l'indiction neuvième; puis il ajouta : Si quelqu'un veut s'opposer à celle élection, qui vient sans doute de Dieu, qu'il soit frapp<* d'anathème comme ennemi de Dieu et de son église, que les auteurs ou les exécuteurs d'un si pernicieux conseil soient regardés comme perturbateurs du repos public , ministres du diable et ennemis de l'Eglise et de l'étal ; s'ils sont ecclésiastiques qu'ils soient déposés , analhémalisés s'ils sont laïques. C'est ainsi qu'on appliquoit ce que la religion a de plus saint et de plus terrible à une affaire temporelle. Adalgaire apporta à l'empereur Charles une copie de ce concile, comme un grand présent du pape (1); mais ces menaces n cm p<''( lièrent point le roi Carloman de venir la même année en Italie avec une puissante armée.