‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 829 sur 2407 · XLII. Sarrasins prés de Rome · texte numérisé non relu

XLII. Sarrasins prés de Rome

Cependant le pape ne cessoit de presser le secours de l'empiTeur Charles contre les Sarrasins, et pour cet effet il lui envoya encore deux évéques, Pierre tle Fossembrune, qui avoit été en France l'année précédente, et Pierre de Sinigaille. La lettre à l'empereur, dont ils étoient chargés , est du second jour de février huit cent soixanle-dix-sept, et le pape y parle ainsi : Ce qui reste du peuple dans Rome est accablé d'une extrême pauvreté , et au dehors tout est ravagé et réduit en solitude. La campagne est entièrement ruinée par ces ennemis de Dieu ; ils passent déjà à la dérobée le neuve qui vient deTibur à Rome, et pillent la Sabine et les lieux voisins. Ils ont détruit les églises et les autels ; ils ont emmené captifs, ou tué par divers genres de mort les prêtres et les religieuses, et fait périr tout le peuple d'alentour. Souvenez-vousdonc des travaux et des combats que nous avons soutenus pour vous procurer l'empire , de peur que, si vous nous mettez au désespoir, nows ne prenions peut-être un autre con«^'t- Car, outre les ravages des Sarrasin*, nous sommes encore a tlaqué<i p«i les mauvais chréliens, qui

achèvent de nous ruiner ; envoyez-nous avec vos troui)es des personnes fidèles, qui puissent réprimer ces desordres 11 y avoit une lel- Ireà l'impératrice Richilde, tendant à même fin; et le pape écrivit ensuite aux évéques du royaume de Charles, afin de presser ce secours, comme une affaire capitale à la religion (1).

Il parle de même du traité que les Napolitains et quelques autres peuples d'Italie avoient fait avec les Sarrasins, par le moyen duquel ils alloient par mer faire des descentes jusqu'aux portes de Rome. Le pape fit tous ses efforts pour les obliger à rompre cette alliance, comme il paroit par plusieurs lettres des mois de mars et d'avril de celle année huit cent soixanle-dix-sept. H envoya pour cet effet les deux premiers évéques ses suffragants, Valbert de Porto et Pierre d'Oslie,.à la prière de Docibilis et de Jean , ministre de l'empereur de Constanlinople; il leur en écrivit, aussi bien qu'à Pulcar, préfet d' A nialfi, et à Sergius, duc de Naples , le principal auteur de ce traité, qui trompa plusieurs fois le pape en

f^romettant de le rompre , sans jamais venir à 'exécution. Le pape lui en fit des reproches et à son frère , Tévêque Athanase , soutenant que , s'il ne pouvoit corriger son peuple , il devoit l'abandonner. Enfin le pape alla lui-même à Traietto , près de Gaïetle , pour terminer cette affaire. Dans ces lettres, il dit que, par une telle alliance , les chrétiens abandonnent leur créateur pour porter le joug avec les infidèles, et renoncer à l'alliance qu'ils ont faite avec Jésus-Christ dans le baplême , comme si on ne pouvoit faire de traité avec des musulmans ou d'autres infidèles sans embrasser leur religion (2).

Les légats que le pape avoit envoyés en France trouvèrent l'empereur Charles à Compiègne, où il avoit passé le carême et la fête de Pâques , qui , celte année huit cent soixanledix-sept, fui le septième d'avril (3). Ils appuyèrent si fortement par leurs discours les lettres pressantes du pape, que l'empereur prit la résolution d'aller au secours de Rome. Mais , avant que de partir, il assembla à Compiègne, le premier jour de mai, les évéques de la province de Reims et de quelques autres, et fit dédier avec grande solennité , en sa présence et celle des légats , l'église qu'il y avoit fait bâtir pour mettre les reliques de saint Corneille et de saint Cyprien, accompagnée du monastère qui subsiste encore. Les reliques de saint Cyprien avoient été apportées en France du temps de Charlemagne , il y avoit soixante-dix ans , et on prètendoit avoir aussi celles du pape saint Corneille (4). Ensuitel'emperear, ayant donné ordre à l'étal du royaume pendant son absence, marcha vers l'Italie; et,

ayant passé le mont Jura , il rencontra à Orbe Adalgaire , évéque d' Autun , qui lui apporloit le concile de Rome, contenant la confirmation de son élection , et l'avertit que le pape venoit au devant de lui jusqu'à Pavie.

XLUI. Concile de Ravenne.

En même temps, le pape convoquoit un concile à Ravenne de tous les évéques du royaume d'Italie, c'est-à-dire de Lorabardie, pour remédier aux désordres de l'Eglise et de l'état. 11 en écrivit aux archevêques de Ravenne et de Milan, à Antoine, évéque de Bresse, à Pierre et Léon , évéque de Yénélie, et à IJrsus, duc de Venise , pour y régler laffaire de l'archevêque de Grade , qui duroit depuis si longtemps. Ce concile se tint le vingt-deuxième de juillet huit cent soixanle-dix-sept. 11 s'y trouva cinquante évéques , en comptant le pape Jean , Ansper, archevêque de IVl ilan , Jean, archevêque de Ravenne, et Pierre, patriarche de Grade. Ils firent dix -neuf canons , dont voici les plus remarquables (i) : Le métropolitain enverra à Rome, dans les trois mois de sa consécration, pour exposer sa foi et demander le pallium , et jusque-là il n'exercera aucune fonction. L'évéque élu sera consacré dans trois mois , sous peine d'excommunication ; après cinq mois il ne pourra plus être consacré, ni pour la même église, ni pour une autre. On excommunie les ravisseurs , les pillards et ceux qui communiquent av c les excommuniés ; et, afin qu'on les conm isse, les évéques en enverront les noms aux évéques voisins et à leurs diocésains , et les feront afficher à la porte de 1 église. Et comme plusieurs , craignant d'être ainsi dénoncés, éviloient de venir aux paroisses , on déclare excommuniés ceux qui s'en absenteront trois dimanches. Nous avons déjà vu une défense pareille dans le concile de Trulle. Au reste, il est tant parlé d'excommunications dans ce concile , qu'on voit bien qu'elles étoient fort méprisées. Défense de demander en bénéfice, c'est-à-dire en fief ou autrement , les patrimoines de 1 église romaine, sous peine de nullité, de resti-

lulion des fruits, et d'anathème contre ceux qui donneront ou recevront ces patrimoines ,

ou leurs dépendances (2).

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