‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 831 sur 2407 · XLV. Vision de Bernold · texte numérisé non relu

XLV. Vision de Bernold

Quelque temps après la mort de l'empereur Charles, un homme, du diocèse de Reims, nommé Bernold, étant tombé malade, se confessa , reçut l'absolution , l'extrême onction et le viatique ; ensuite il fut réduit à l'extrémité, et demeura quatre jours sans parler ni prendre autre nourriture que de l'eau (2). Le quatrième jour, on n'y sentoit presque plus de respiration. Vers le minuit il ouvrit les yeux, et d une voix ferme dit à sa femme et aux assistants de lui faire venir promplement son confesseur. Le prêtre étant entré, et ayant fait les prières accoutumées , Bernold le fit asseoir, et lui dit : Ecoutez attentivement ce que je vais vous dire, et, après beaucoup de larmes et de sanglots, il dit : J'ai été mené à l'autre monde, et je suis venu en un lieu , où j'ai trouvé quarante-un évéques, entre lesquels j'ai reconnu Ebbon , Léopardel et Enée; on croit que Léopardel est Pardule de Laon : ils étoient en haillons crasseux et noirs , comme s'ils avoient été brûlés, tantôt tremblant de froid, et tantôt brûlant de chaud.

Ebbon m'a appelé par mon nom , et m'a dit r Parce que tu auras permission de retourner à ton corps , nous te prions , mes confrères et moi, de nous aider. J'ai répondu : Comment puis-je vous aider ? Il m'a dit : Va trouver nos vassaux clercs et laïques , à qui nous avons fait

(1) Flod.lII,Hist.c. 19, C2; Hinc. Opus. 50, to. C. 2, 0, p. 539. 2, p. 805.

An de J.-C. 877. J

du bien , et leur demande pour nous des aumônes , des prières et des messes. J'ai répondu que je ne sa vois où étoient leurs vassaux ; ils m'ont donné un guide, qui m'a mené à un grand palais , où étoient quantité de vassaux de ces évéques, qui parloient d'eux. Je me suis acquitté de ma commission, puis je suis revenu avec mon guide au lieu où étoient les évéques, et je les ai trouvés le visage gai , comme rasés et baignés de nouveau , revêtus d'aubt»s et d'étoles , mais sans chasubles. Et Ebbon m'a dit : Tu vois combien ton message nous a servi. Nous avons eu jusqu'ici un gardien très-rude comme tu as vu; maintenant nous sommes sous la garde de saint Ambroise.

Delà je suis venu dans un lieu ténébreux , d'où on en voyoit un autre très-éclairé, fleuri et parfumé. Dans ces ténèbres étoit couché le roi Charles , dans la boue que produisoit la pourriture de son corps , les vers le mangeoient, et il ne lui restoil que les os et les nerfs. 11 m'a appelé par mon nom , et m'a dit : Pourquoi ne m'aides-tu pas? Va trouver l'évêque Hincmar, et lui dis que je souffre ce que tu vois , pour n'avoir pas suivi ses bons conseils et ceux de mes autres fidèles serviteurs ; dis- lui, comme j'ai toujours compté sur lui , qu'il m'aide, et prie de ma part tous mes serviteurs d'en faire autant ; car s'ils font quelqu'eflbrt je serai bientôt délivré de cette peine. Je lui ai demandé quel étoit celui d'où venoit une si grande lumière et une si agréable odeur. C'est, m'at-il dit , le séjour des bienheureux. Je m'en suis approché , conlinuoit Bernold , et j'y ai vu des beautés et des délices que le langage humain ne peut exprimer. J'y ai vu une grande multitude de personnes vêtues de blanc , qui se réjouissoient , et des sièges lumineux dont une partie étoit préparée pour d'autres, qui n'y étoient pas encore. Sur ce chemin j'ai vu une église , où, étant entré, j'ai trouvé Hincmar avec son clergé, préparé et revêtu pour chanter la messe. Je lui ai dit ce que le roi Charles m'avoit ordonné ; et aussitôt je suis revenu au lieu où étoit le roi que j'ai trouvé dans la lumière , en parfaite santé , et revêtu de ses habits royaux , et il m'a dit : Tu vois combien ton message m'a servi.

Bernold vit encore l'évêque Jessé , et un comte, nommé Olhaire, qui soufTroient, et qu'il soulagea comme les autres, et on lui promit à lui-même quatorze ans de vie. Ayant raconté sa vision à son confesseur, il demanda la communion qu'il reçut , puis témoigna avoir appétit , on lui donna à manger, et dès lors il se porta bien. Hincmar, ayant appris cette histoire, fit venir le prêtre qui avoit confessé Bernold , et qui étoit homme sensé et vertueux, et, lui ayant fait tout raconter, il le crut véritable , ayant lu des merveilles semblables dans les dialogues de saint Grégoire , dans l'histoire de Bède, et les écrits de saint Boniface de Mayence, et enfin dans le récit de la vision de Vélin. Il écrivit donc une lettre à tous les fidèles,

Page 1