‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 832 sur 2407 · XLVI. Capitulaires d'Hincmar · texte numérisé non relu

XLVI. Capitulaires d'Hincmar

Hincmar avoit donné depuis peu , c'est-à-dire l'onzième de juillet huit cent soixante-dix-sept, une instruction à deux prêtres qu'il établissoit archidiacres. Elle tend presque toute à les détourner des actions sordides qui apparemment étoient pratiquées par d'autres (2). Quand vous visiterez , dit-il , les paroisses de la campagne, vous suivrez mon exemple , et ne serez point à charge aux curés. Vous ne mènerez point avec vous de gens inutiles , et ne ferez point de longs séjours chez eux ; vous ne visiterez point les paroisses pour vivre aux dépens d'autrui , mais pour instruire les prêtres et le peuple, et vous informer de leur conduite. Vous ne demanderez rien aux curés , en argent ou en espèces , comme des cochons de lait , du poisson , des fromages , pour en donner des repas à votre retour ; vous ne prendrez rien pour votre visite, ou quand ils viendront quérir le saintchréme , s'ils ne l'offrent volontairement.

Vous ne réunirez ni ne diviserez les paroisses à la prière de personne, et ne soumettrez point a d'autres églises celles qui de tout temps ont eu des prêtres. Vous m'enverrez, chacun pour votre détroit, un état de toutes les églises et les chapelles ; vous ne permettrez à personne d'avoir de chapelle domestique sans ma permission ; et vous m'enverrez un état de toutes celles qui ont été établies depuis le temps d'Ebbon. Vous ne recevrez point de présents des prêtres pour dissimuler leur mauvaise réputation, ni pour différer la réconciliation des pénitents, ou les négliger après leur réconciliation. Si quelqu'un retombe, donnez-m'en avis, afin que vous sachiez ce que vous et les curés en devez faire. Informez-vous exactement de la vie et de la science des clercs que vous amènerez à lordinalion ; et ne vous laissez pas gagner par présents pour en amener d'indignes S'il faut établir un nouveau doyen, réservez-m'en l'élection si je suis proche, et si je suis loin établissez - en un par provision. On voit ici l'antiquité des doyens ruraux (3).

XL VU. Affaires d'Italie.

La mort de l'empereur Charles releva fort les espérances de son neveu Carloman, roi de Bavière, et, croyant aisément parvenir au royaume d'Italie et à la dignité impériale, il écrivit au pape des lettres , où il lui pro-

(1) Sup. 1. XLVI, n. 51. to. 8, Conc. p. 521. (ï) Hincm. to. 1, p. 38, (3) 3, 9, 10, 13.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[ An de J. C. 877.

mettoit de relever l'église romaine plus qu'aucun de ses prédécesseurs. Le pape lui répondit : Vous en recevrez la réconipense de celui qui promet d'honorer ceux qui l'honorent. Quand vous serez revenu de voire conférence avec vos frères, nous vous enverrons les articles de ce que vous devez accorder à l'église romaine, et ensuite une légation plus solennelle , pour vous amener à Rome avec la décence convenable , et traiter ensemble du bien de l'état et du salut du peuple chrétien (1). Alors je vous prie de ne donner aucun accès auprès de vous à ceux qui nous sont infidèles, et qui en veulent à notre vie, de quelque manière que vous puissiez les connoitre. J'envoie suivant la coutume le pallium que vous avez demandé pour l'archevêque Théolmar ; et je vous prie de le charger de nous faire tenir tous les ans à Rome les revenus des patrimoines de saint Pierre, situés en Bavière. C'ètoit l'archevêque de Juvave ou Saltzbourg, à qui le pape écrit aussi en particulier : et ces deux lettres sont du mois de novembre huit cent soixanle-dix-sept. Le pape résolut ensuite d'aller lui-même trouver Carloman.

Sergius, duc de Naples, s'opiniàtroit toujours à soutenir l'alliance qu'il avoit faite avec les Sarrasins, nonobstant l'excommunication du pape. Entin , son propre frère , l'évêque Athanase, le prit , lui fit crever les yeux , l'envoya à Rome , et se fit reconnoîlre à sa place duc de Naples. Le pape approuva ext êmement ce procédé , comme on voit par les lettres qu'il en écrivit à l'évêque et aux Napolitains. Il loue l'évêque d'avoir aimé Dieu plus que son frère , et arraché son œil qui le scandalisoil , selon le précepte de l'Evangile , et d'avoir fait cesser dans Naples la domination des séculiers, qui y commettoient beaucoup de crimes, pour y établir un homme de la maison du Seigneur, qui gouverne avec justice et sainteté. Il loue les Napolitains d'avoir puni Sergius , et choisi leur évêque pour juge et pour gouverneur, ce qu'il attribue à l'inspiration divine, et leur promet dans Pâques quatorze cents marcs d'argent. La suite fera voir par quel esprit agissoit l'évêque Athanase (2).

Cependant , le pape n'ayant point eu de secours de l'empereur Charles contre les Sarrasins, et n'en espérant guère de Carloman ni des autres princes qui régnoient alors, fut enfin obligé de traiter avec les infidèles , et de leur payer par an vingt-cinq mille marcs d'argent. Il songea à s'appuyer de l'empereur Basile , et l'on voit , par deux lettres du dixseptième d'avril huit cent soixante-dix-sept , qu'il en espéroit du secours. L'une est écrite à Ayon, évêque de Bénévent, qu'il pria d'envoyer la lellre jointe au premier des Grecs qui viendra en ces quartiers , et le prier d'eu-

(l)Ep. 03.1 Res?. 11,30. G. 37. Ep. 67. V.'Cang. (2) Ep. 66, MatUi. v, 20, Gloss. Maacuf.

voyer incessamment au secours de Rome au moins dix bâtiments légers. L'autre lettre est adressée à Grégoire, que l'empereur Basile avoit enyoyé en Italie avec une armée (1). Le pape le félicite d'être arrivé à Bénévent , et le prie d'envoyer ces dix bâtiments aux côtes voisines de Rome, pour les délivrer des corsaires arabes, ne doutant point que l'empereur ne le trouve bon.

XL VIII. Paul et Eugène envoyés à Constantinople.

Un an après, l'empereur Basile ayant déjà écrit deux fois au pape, et lui ayant demandé des légats , le pape lui répondit (2) : Vos deux lettres témoignent le désir aue vous avez de rétablir la paix dans l'église deConslanlinuple, et nous sommes sensiblement affligés, qu'après toutes les peines que nous avons pour cet elTet, il y ait encore de la division; que plusieurs personnes consacrées à Dieu soient dispersées en divers lieux, et souffrent encore la p<Tsécution, dont nous les croyions délivrées. C'est que le parti de Photius éloit toujours trèspuissant. Le pape continue : Pour rétablir l'union, nous vous envoyons deux légats, Paul et Eugène , évêques, nos conseillers, dont la science et la fidélité nous sont connues, à qui nous avons donné pour cet effet une instruction par écrit. Nous les avons aussi charges de voir le roi de Bulgarie : c'est pourquoi nous vous prions de les y faire conduire et ramener en sûreté. Paul éloit évêque d'Ancône , et Eugène d'Ostie (3).

Avec cette lettre, il y en avoit une pour le patriarche Ignace , où le pape lui représente qu'il l'a déjà averti deux fois de se désister de sa prétention sur la Bulgarie (4) C'est pourquoi , ajoute-t-il , nous vous faisons cette troisième monition canonique , par nos légats et nos lettres, par laquelle nous vous enjoignons d'envoyer sans délai en Bulgarie des hommes diligents qui parcourent tout le pays, et ramènent tous ceux qu ils y trouveront ordonnés par vous ou par ceux de votre dépendance ; en sorte que dans un mois il n'y reste ni évêques ni clercs de votre ordination. Car nous ne pouvons soutTrir qu'ils infestent de leur erreur cette nouvelle église , que nous avons formée. Que si vous ne les retirez dans ce temps et ne renoncez à toute juridiction sur la Bulgarie, vous demeurerez privé du corps et du sang de Notre Seigneur, jusqu'à ce que vous obéissiez , à commencer deux mois après la réception de celte lettre. Et si vous demeurez opiniâtre ,, vous serez privé de la dignité patriarcale, que vous avez recouvrée par notre faveur. Il semble que cette rigueur contre un si saint évêque n'étoit guère de saison.

La lettre aux évêques grecs et aux autres

(1) Episl. 46.

(2) Ep. 80.

(.3) Epist 203.

(4) Epbt. 78.

An de J.-C. «78. ]

clercs qui étoient en Bulgarie, est sur le même ton , et plus dure encore (1 ). Il les déclare excommuniés, et les meîîace de déposition s'ils ne sortent du pays dans un mois : au contraire, s'ils obéissent , il promet de les rétablir dans l'évêché qu'ils ont eu en Grèce, ou de leur en donner un vacant. Le pape écrivit pour ce sujet à Michel , roi de Bulgarie, l'exhortant à se séparer des Grecs, de peur d'être entraîné dans les hérésies où ils tombent souvent, par l'autorité de leurs patriarches ou de leurs empereurs : enfin , il écrivit au comte Pierre , qui avoit été envoyé à Rome par le même roi du temps du pape Nicolas. Ces lettres sont du seizième d'avril, indiclion onzième, qui est l'an huit cent soixante-dix-huit, et furent toutes données aux légats Paul et Eugène. L(» pape y en ajouta une à l'empereur Basile, portant créance pour ces mêmes légats , qui lui dévoient expliquer de vive voix la persécution qu'il souffroit, et ce qui venoit d'arriver à Rome, afin d'attirer son secours (2).

Page 1