‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 834 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-DEUXIÈME

vient à nous , nous ne le recevrons point : c'est notre ennemi déclaré. Enfin, Lambert ayant écrit au pape une lettre où, au lieu de dire votre sainteté, il disoil voire noblesse, comme à un séculier, et trouvait mauvais qu'il er.voyât des légations sans sa permission ; le pape lui en fit des reproches , et lui déclara qu'il renonçoit à son amitié (1).

Nonobstant tous ces avis, Lambert vint à Rome avec Adalbert et une armée , qui ravagea les environs Le pape le reçut à Saint- Pierre, comme ami ; mais Lambert se saisit dt^ portes de Rome, et se rendit maître de la ville (2). Il retint le pape à Saint-Pierre, qui étoit encore dehors, sans permettre, ni aux grands , ni aux évêques ou aux prêtres , ni à ses domestiques, de l'aller trouver, qu'après s'en être fait beaucoup prier. Il empêchoit niême qu'on ne lui portât des vivres. Des évêques, des prêtres et des moines, venant à Saint- Pierre en procession pour y offrir le sacrifice , furent chassés à coups de bâton. Pendant un mois, l'autel demeura nu et l'église sans luminaire, sans aucun office, ni jour ni nuit; les ennemis du pape , c'est-à-dire Formose et ceux qu'il avoit condamnés avec lui , furent ramenés dans Rome (3).

Lambert disoit qu'il agissoit ainsi par ordre du roi Carloman ; et en effet il fit prêter serment à ce prince par les grands de Rome , mais on disoil qu'il se vouloit faire empereur lui-même. Après qu'il se fut retiré, le pape fit porter au palais de Latranle trésor de Saint- Pierre, dont il couvrit l'autel d'un silice, fit fermer toutes les portes de l'église, cesser l'office ; et, ce qui parut de plus horrible, renvoyer les pèlerins , qui y venoient de tous les pays du monde. Le pape excommunia Lambert et ses complices , et résolut d'aller trouver Carloman et les autres rois des François , pour se plaindre de celte violence ; mais comme Lambert lui fermoit les chemins par terre, il s'embarqua sur la mer de Toscane. Avant que de partir il écrivit à Anspert, archevêque de Milan, qu'il vouloit tenir en France un concile universel pour remédier aux maux de l'Eglise, ne pouvant le tenir en Italie ; et lui ordonna de s'y trouver avec tous ses suffraganls. Il écrivit aussi à Jean, archevêque de Ravenne, lui donnant part de tout ce qui s'éloit passé , afin d'en instruire ses suffragants, et que personne n'entrât dans le parti de Lambert.

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